Dubaï l’intrigante

Cheikh Saïd ne savait pas que son monde était en mutation; depuis peu, dans les lointaines îles du Pacifique, on pouvait cultiver les perles avec de vulgaires semences...

Dubaï l’intrigante

PAR CLAUDE GARCEAU, MD

Dubaï Creek, 1929. Il n’y avait alors ici qu’un grand désert de silice. Cheikh Saïd, le patriarche à la longue barbe, portait une dague en corne de rhinocéros, et contemplait, du haut de sa tour à vents, le départ des shows en partance vers les autres ports de la mer Rouge, ou du golfe du Bengale. Chaque jour, on lui apportait sa quotepart de nacre. Ses intrépides pêcheurs plongeaient une mince liane attachée à leur cheville dans les profondeurs. Ils cherchaient les perles parfaites qui se retrouveraient sur toutes les têtes couronnées d’Europe. Cheikh Saïd ne savait pas que son monde était en mutation; depuis peu, dans les lointaines îles du Pacifique, on pouvait cultiver les perles avec de vulgaires semences. Mais Cheikh Saïd se contentait de simples bonheurs : une chevauchée aux confins du désert, le cri de ses faucons excités à la vue de proies et la douceur du thé lorsque les millions d’étoiles perçaient la nuit.

Puis, Dubaï allait se réinventer et devenir le lieu de tous les commerces. Dans ses immenses entrepôts s’amassent les armes destinées à ceux qui prennent part aux conflits de toute cette partie du monde, ainsi que les diamants de l’Afrique, et de l’or pour les dots des Indiennes du continent.

Puis il y eut l’époque de l’or noir… Un rêve d’alchimiste. Des profondeurs du sol s’écoule une substance poisseuse qui transforme tous les hommes à son contact. Elle fait naître les rêves les plus fous. Comme draguer le Creek et, sur les remblais, aligner des tours de verre reflétant, tels de gigantesques miroirs, les mouvements de l’eau et les éclats du ciel. Pour que l’Occident soit aveuglé… Dans ce pays assoiffé, où l’eau est la vraie richesse, on fera apparaître une mer d’eau douce, où les hommes peuvent calmement promener leurs femmes voilées, toutes de noir vêtues. Puis, les 828 mètres de Burj Khalifa, la plus haute tour du monde. Si j’interprète bien le dessein de l’architecte, elle se veut un doigt tendu vers Dieu. D’autres, cependant, n’y verront que la mesure de l’orgueil de Mohammed bin Rashid Al Maktoum, le petit-fils de Cheikh Saïd, qui veut que Dubaï rivalise avec Manhattan.

Mohammed, je peux t’appeler ainsi, je t’ai vu toute la semaine. D’abord à l’inauguration de l’hôpital pour enfants diabétiques de Dubaï. Tu es inoubliable sur les immenses affiches que l’on retrouve près du World Trade Center. Comme un sage, ton regard, déterminé, porte au loin. Mais que vois-tu au juste? Probablement cette étonnante montagne artificielle, pour faire du ski dans un pays de sables brûlants, sertie dans un souk moderne aux 1000 échoppes, aux noms si « traditionnels » comme Prada, Lanvin ou Dior. Ou encore, cet étonnant hôtel, Burj al-Arab, cette voile tendue sur la mer. Oui, j’ai bien aimé l’invitation à l’héliport; j’ai adoré le style arabesque de la chute intérieure de l’hôtel, haute de sept étages, avec, à son sommet, un immense arbre de Noël et les cadeaux du Père Noël qui pendent à ses branches. La chambre sept étoiles à 4000 $ la nuit m’a ému. J’ai aussi vu la grande ouverture d’esprit de ton pays, Mohammed. Faisons place aux démunis de ce monde, offrons-leur travail et chaleur. Quelle réussite! ils sont plus de 200 000, tous les jours, à construire le Nouveau Monde, heureux d’envoyer 50 dollars par mois à leur famille sur le continent indien, à Manille ou à Addis Abeba! Comme le disait le chauffeur de limousine me ramenant au Hyatt : « Merci à l’or noir qui sauve certains du travail et en donne à d’autres », sagesse du partage oriental.

Mais Mohammed, je ne serais pas « fairplay » si je ne t’avouais pas le plaisir qu’il y a à contempler du haut du ciel ta ville s’étendant jusqu’aux confins du désert. Babylone, je te jure, n’avait pas de plus belle terrasse. Hébété, je contemplai tout en bas le flot incessant des bolides mécaniques filant comme des météores vers les contrées exotiques de Muscat, Aden ou Qatar. Je réfléchis à toute cette semaine passée ici dans ta ville. Je suis un peu pisse-vinaigre, mais au fond, je suis le Gaulois amené par les légions de César à Rome.

Mais, dis-moi, d’où te vient cette obsession de dépasser l’Ouest? D’où te vient la satisfaction de voir ta main baisée par la reine d’Angleterre? Dernièrement, les goûts simples de ton grand-père t’auraient-ils rejoint? Fini, l’idée d’ouvrir une succursale du Musée du Louvre 2? Tu as bien compris que toutes les peintures classiques de femmes dénudées et aux formes pleines ne conviennent pas à ta région du monde, où des révolutions se font par des photos échangées avec d’autres barbus sur Facebook ou Twitter…

Je serais mauvais joueur en te disant que je n’ai pas aimé la tolérance sur cette terrasse du Hyatt. Moi, consommant mes pintes de Newcastle, et mes voisins, dignes et élégants dans leurs tuniques blanches, buvant du thé et fumant du Midi Saar, ce tabac âcre fumé par petites portions dans les pipes à eau. Ne manque que la magnifique Syrienne qui a dansé pour nous dans un resto près de la marina. Que veux-tu, Mohammed, je ne suis qu’un barbare à Rome — pardon un barbare à Dubaï —, mais ton monde est vraiment la perle de ton grand-père. Rome fut bien bâtie par ses esclaves, mais 2000 ans plus tard, on admire encore ses ruines. Tandis que Dubaï, elle…

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MD. Spécialiste en médecine interne, Hôpital Laval. Pour lui écrire : claudegarceau@videotron.ca

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