Afrique vinicole

Lorsqu’il s’agit de choisir un vin pour accompagner un bon repas, le premier réflexe de l’amateur de vin est de se diriger vers des pays dont la réputation n’est plus à faire.

Un vignoble africain en Afrique du Sud

Afrique vinicole

PAR DANIEL BERGERON

Lorsqu’il s’agit de choisir un vin pour accompagner un bon repas, le premier réflexe de l’amateur de vin est de se diriger vers des pays dont la réputation n’est plus à faire. On pense notamment à la France, l’Italie, l’Espagne, ou bien on regarde du côté de l’Amérique, avec un vin californien ou même chilien. Cependant, plusieurs autres pays produisent de bons vins, ce qui est le cas de l’Afrique du Sud.

Depuis une dizaine d’années, la quantité de vins de ce pays disponibles dans notre province devient de plus en plus appréciable. On retrouve d’ailleurs plus de 150 produits disponibles présentement dans le réseau de la SAQ, dont des vins rouges, des vins blancs et aussi des vins de desserts. La majorité des vins qu’on retrouve au Québec sont des rouges, avec plus de 110 cuvées disponibles, tandis que les blancs secs occupent une place plus limitée avec une trentaine de produits. Les vins liquoreux sont très peu représentés ici, avec moins de 10 vins de dessert.

C’est au milieu des années 1600 que débuta la culture de la vigne en Afrique du Sud, mais c’est beaucoup plus tard qu’un vin mythique y fut développé, et apporta une certaine renommée à ce pays. En effet, le fameux vin de Constance, du vignoble Klein Constantia, a acquis une renommée mondiale dans les années 1800. Ce vin était d’ailleurs considéré comme un des meilleurs vins liquoreux au monde; Napoléon Premier était un grand fervent de ce divin nectar. Malheureusement, ce vignoble connut un déclin vers la fin des années 1800, et ce n’est qu’au début des années 1980 qu’il reprit vie. Maintenant, la viticulture sud-africaine est en plein développement et on produit plus de 9 millions d’hectolitres de vin annuellement au pays, ce qui se compare avec la quantité produite au Chili. L’Afrique du Sud occupait le septième rang mondial à ce chapitre en 2010.

La grande majorité des vignobles sont concentrés dans la partie sud-ouest, nommée « Western Cape », où l’on retrouve un climat méditerranéen, donc propice à la culture de la vigne. On y dénombre cinq régions de production : Coastal, Boberg, Breede River Valley, Olifants River et Little Karoo. Ces dernières sont divisées en une vingtaine de districts, dont les plus réputés sont Stellenbosch, Constantia, Paarl et Worcester. Enfin, ces districts sont délimités en terroirs plus spécifiques, Ward et Estate.

Le climat particulier dans le vignoble sud-africain s’explique par la présence du courant de Benguela qui provient de l’Antarctique et qui favorise la culture de la vigne. En effet, il est responsable des étés chauds et secs, de même que des hivers doux et humides de la région du Western Cape. À preuve, les températures maximales moyennes avoisinent les 26 °C  en été, avec près de 350 heures d’ensoleillement mensuelles, alors qu’en hiver, on parle de 17 °C, avec moins de 200 heures d’ensoleillement. Les minima observés sont d’environ 15 °C l’été, et 7 °C pendant l’hiver. Concernant les précipitations, les étés sont très secs, avec moins de 20 mm de pluie par mois, et les hivers, relativement humides, avec une moyenne plus de 80 mm pour les mois les plus froids.

En ce qui concerne les cépages utilisés pour l’élaboration des vins blancs, c’est le chenin blanc qui occupe la plus grande place. On retrouve aussi ce cépage dans la vallée de la Loire d’où nous viennent

des vins blancs secs et liquoreux de qualité (comme les vins de l’appellation Vouvray). D’autres cépages sont aussi utilisés en blanc, pensons au sauvignon blanc, au chardonnay, au colombard et au muscat. Ce dernier, une fois atteint du botrytis, permet de vinifier le magnifique vin de Constance. On trouve présentement le millésime 2005 de cet excellent vin de dessert à la SAQ au prix de 62,75 $ pour 500 ml.

En rouge, le cabernet sauvignon et la syrah occupent une place importante dans la viticulture sud-africaine. On retrouve aussi le merlot, le cinsault et un cépage uniquement cultivé dans ce pays : le pinotage. Ce cépage est issu d’un croisement, obtenu en 1925, entre le pinot noir et le cinsault qui est aussi appelé « hermitage » en Afrique du Sud, ce qui explique son nom. Il se caractérise sur le plan olfactif par ses arômes de fruits rouges et ses notes herbacées, tandis que son fruit bien mûr, ses notes d’épices et une carence en acidité le décrivent bien en bouche; certaines personnes le comparent même au zinfandel, un cépage très répandu en sol américain.

Voici la description d’un vin blanc sec et d’un vin rouge que j’ai dégustés dernièrement et qui sont disponibles en ce moment à la SAQ.

Ken Forrester, Chenin blanc, Reserve Stellenbosch, 2010
Code SAQ : 11093126 – 19,10 $

Ken Forrester, Chenin blanc, Reserve Stellenbosch, 2010

Ce vin blanc, qui vient dans une bouteille à capsule dévissable, est constitué à 100 % de chenin blanc, et arbore une robe jaune intense aux reflets verts. En ce qui concerne les arômes perçus au nez, on y détecte d’abord des notes de pain grillé caractéristiques de l’élevage en barrique. Après une aération d’une vingtaine de minutes, ces dernières s’estompent pour laisser la place aux fruits, soit la pêche, la poire et l’ananas. Lors de la mise en bouche, l’attaque possède une bonne vivacité redevable à une acidité bien présente. On perçoit aussi l’élevage détecté initialement au nez sans que celui-là prenne toute la place, le fruit étant aussi de la partie; la pêche ressort avec une touche de zeste de lime lui conférant une légère amertume. La finale agréable est d’une bonne allonge. Je conseille de servir ce vin à une température de 10 °C, car, au-dessus de cette température, il affiche une certaine lourdeur qui laisse l’acidité au second plan. De plus, un passage en carafe de 30 minutes lui permettra de libérer le fruit de l’élevage pour le rendre plus équilibré. On pourrait le servir avec un poisson à chair blanche grillé au barbecue ou même avec un poulet rôti.

 

Rust en Vrede Estate, Stellenbosch, 2007
Code SAQ : 11154961 – 35,50 $

Rust en Vrede Estate, Stellenbosch, 2007

Voici un vin rouge qui s’adresse aux amateurs de sensations fortes. Composé de cabernet sauvignon (61 %), de syrah (30 %) et de merlot (9 %), il montre de prime abord une coloration rouge très foncé et opaque qui laisse présager une forte concentration. Quant aux arômes détectés au nez, ce sont la torréfaction et la vanille provenant de l’élevage en barrique qui se démarquent. Viennent ensuite des flaveurs de fruits confits, on croirait littéralement plonger son nez dans un pot de confiture de mûres fraîchement préparée. En bouche, c’est très dense et concentré et même quasiment sucré, ce qui confère un côté un peu moelleux à l’ensemble très compact et joufflu. Le côté boisé demande à s’intégrer avec la masse du fruit et les tannins jeunes et asséchants.

 

Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d'une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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