Aventure africaine

Musiciens africains Musiciens africains
Un Un "hippo" comme dans les rêves d'enfant...
On voudrait leur mémoire pour se rappeler à tout jamais leur beauté On voudrait leur mémoire pour se rappeler à tout jamais leur beauté
Les pingouins ne peuplent pas que le Nord de la planète Les pingouins ne peuplent pas que le Nord de la planète
Plage en Afrique du Sud Plage en Afrique du Sud
Mandela, avec tes 90 ans, tu domines en vieux mâle solitaire cette fin de continent... Maintenant, je comprends pourquoi des Blancs comme nous ont quitté le confort de...

Aventure africaine

PAR CLAUDE GARCEAU, MD

Bien en sécurité sur une des esplanades de la montagne de la Table, je ne me lasse pas de contempler les silhouettes des alpinistes qui font 200 mètres de rappel. Derrière eux, tout en bas, Cape Town, la perle de l’Afrique, brille comme un diamant enchâssé entre mer et montagnes. Noirs et Blancs ont façonné cette pointe de l’Afrique depuis plus de 400 ans.

Les Blancs ont légué un monde de grande beauté : des vignobles et des vergers sertis de ces manoirs aux murs blanchis et aux accents de vielle Hollande. Les Noirs, ceux qui vivaient là depuis des millénaires ont été chassés au loin comme les girafes et les lions. Puis, tous les autres, les esclaves malais importés d’Indonésie et les autres Noirs du reste de l’Afrique, sont restés pour le dur travail de la ferme ou, pire encore, pour extirper des diamants dans les sombres profondeurs des mines.

Tout ce petit monde se doit de vivre encore ensemble. Même si des plaies béantes sont ouvertes sur tous ses membres, l’Afrique du Sud ne vit que par les miracles que fit cet homme, maintenant un doux petit vieillard de 92 ans : Nelson Mandela. Il a su empêcher la gangrène de se répandre et sauver son pays des affres de la vengeance ou de l’implosion raciale comme ce fut le cas tout près, au Zimbabwe.

Vers l’ouest, dans la région de Franschhoek, les descendants des huguenots français se sont établis. Aujourd’hui, des centaines de vignobles s’y étendent à perte de vue. Un cépage typique, le pinotage, produit des vins sombres et robustes… Mais, depuis 15 ans, les Sud-Africains sont devenus des maitres dans l’assemblage complexe de shiraz ou de cabernet sauvignon. Une dégustation dans les chais entourés de bassins d’eau et de sculptures en bronze nous transporte en Toscane pour de savoureux instants, ou, mieux encore, dans les vignobles d’esthètes de la Napa Valley…

Vers l’est, c’est la route des baleines… On y trouve aussi de petits villages côtiers, avec leurs retraités qui vivent dans une autarcie presque complète. Sur les plages, de petits pingouins toisent de grandes autruches hautaines. Les bateaux ramènent chaque matin les fruits de la pêche miraculeuse; l’air du soir s’emplit des odeurs de poisson grillé. Dans les assiettes, le snook, le kabeljou ou, encore, le saumon du Cap feront compétition aux très relevés caris malais.

De retour à Cape Town, l’architecture nous rappelle que cette ville fut occupée par les sujets de la reine Victoria pendant plus de 200 ans. Nous sommes descendus à l’épicentre de l’Empire britannique dans cette région : l’Hôtel Mount Nelson, aux jardins adossés à la montagne de la Table. Il est trois heures, c’est le temps du High Tea et les nouveaux riches Noirs s’attablent, après être arrivés avec leurs coches du 21e siècle : Lamborghini ou autres extravagances de cet acabit. Ces fiers contemporains, toujours membres de l’ANC (African National Congress), ont rapidement pris les habitudes de leurs anciens maitres : thé, petits gâteaux, cigare room… À 15 km de là, près d’un million de personnes s’entassent dans des cabanes de tôle, partagent des toilettes communales portatives, et attendent leur livraison d’eau en bidon tous les deux jours. Dans ces « districts », la justice est efficace et expéditive. Cet adolescent noir qui a volé un sac à main a eu le châtiment qu’on réserve aux voleurs : le necklacing, un pneu imbibé d’essence auquel on met le feu. On a vu le corps embrasé du jeune homme à la télé. Il a été le sixième à subir la justice de l’endroit en un mois. Et ce, dans l’insouciance de la communauté blanche…

Au nord, ce sont les grands espaces. Le parc Kruger, c’est la lubie de quelques visionnaires qui, totalement écœurés par leurs excès de chasse, ont décidé de sauver une partie de l’Afrique originelle pour les générations futures. Le Yellowstone de l’Afrique…

Un "hippo" comme dans les rêves d'enfant...

Le petit avion nous a déposés dans une réserve du parc. Nous avons un territoire de plus de 50 km2 pour notre unique jouissance, nous, les 12 invités dans un Lodge de la Sabi River. La cabine tout en verre se fond dans la colline. Bien protégé par les mousselines, je dors sur la petite terrasse. Tout en bas, les hippopotames font leur sortie de nuit. Gare à celui qui se retrouvera malencontreusement sur leur chemin pour chercher de l’eau à la rivière. Les singes hurlent, les chauves-souris voltigent à la recherche d’insectes, et des rugissements très près de ma couche me rappellent qui est le roi de la savane… Cette nuit, je partirai seul avec la guide dans la Land Rover ouverte. Les autres résidants du Lodge sont bien trop occupés à faire du tapis roulant, à répondre à leurs courriels pressants ou, peut-être, ce qui serait tout de même un peu mieux, à contempler la pleine lune et les derniers rayons du soleil.

Notre Land Rover roule depuis 20 minutes. Rien, rien, rien, rien que la savane… Nous nous arrêtons à un point d’eau. Toujours sous la protection d’un grand fusil, je m’asseois sur un rocher en contrefort de la mare. Plusieurs hippopotames, curieux, surgissent des profondeurs et tentent d’intimider les intrus. Vues de très près, leurs mâchoires apparaissent comme des gouffres béants, capables de saisir un gros homme dans toute sa largeur… Nous remontons en toute hâte dans la Land Rover. Puis vient le temps du coucher de soleil. Lueurs crépusculaires inoubliables, le soleil agonise et ses derniers feux embrasent les confins de ce bout de terre. La chape de la nuit nous révèle des constellations étranges. Bientôt, pour les zèbres, les gnous et les girafes, la longue torpeur et l’insouciance du jour feront place à une vigile anxieuse. Une troupe de lions (ils sont 14) émerge des herbes hautes, où ses membres s’étaient blottis durant le jour. Les félins étaient si bien dissimulés et immobiles dans leur paresse que notre Land Rover roulant hors piste aurait pu facilement les transformer en descente de lit.

La brise d’est souffle vers nous; pas besoin d’être un grand chasseur pour sentir les odeurs de l’œstrus d’une éléphante. Elle ne nous a pas vus. Elle surgit à moins de 4 mètres de nous, immense. Moment tendu. Nous, stupéfaits et un peu ridicules, le verre de champagne à la main, sommes pétrifiés dans la Land Rover ouverte. La matriarche, battant des oreilles, fait un simulacre de charge. En moins de deux, elle pourrait renverser le véhicule et nous piétiner à mort. Notre guide commence à chanter comme on le fait pour calmer un enfant dans ses nuits de terreur nocturne. L’éléphante envoutée se calme, elle communique avec le reste de la troupe, qui défile à moins de trois mètres de nous pour se rendre au point d’eau.

On voudrait leur mémoire pour se rappeler à tout jamais leur beauté

Deux jeunes mâles, la cervelle dominée par la testostérone printanière, libèrent leur excès d’énergie. Les ivoires s’entrechoquent dans des nuages de poussière. Il n’y a pas de gagnant, mais bien calé dans mon fauteuil, je n’ose croire à ma chance. Ils se battent à dix mètres de moi tout au plus. La lune est pleine et, en ce moment, je pourrais pratiquement invoquer tous les dieux primitifs et y croire. Comme dans un film de la grande époque du cinéma muet, la scène se termine avec les deux protagonistes épuisés, incapables de se séparer, comme des boxeurs à la 13e ronde avec en arrière-plan la lune pleine et bien centrée. Ma caméra est réglée, je ne tremble pas, je presse le déclencheur et hop huit clichés en rafale. Partagées avec vous, ces images volées accèdent à l’immortalité.

Mandela, avec tes 90 ans, tu domines en vieux mâle solitaire cette fin de continent… Maintenant, je comprends pourquoi des Blancs comme nous ont quitté le confort de l’Europe pour s’établir sur ces rives australes, qu’ils s’y sont accrochés jusqu’à en perdre la raison : ce fut pour un temps l’apartheid. Cette terre d’Afrique les avait envoutés, libérant le meilleur et le pire de leurs âmes ensorcelées. Cela, tu l’as compris, peut-être finalement pardonné… mais il n’est pas donné à tous d’être un Saint Homme. Ce coin d’Afrique est un paradis originel, un paradis qui, comme la genèse, n’est que l’antichambre de l’enfer.

Mandela ne meurt pas.

MD. Spécialiste en médecine interne, Hôpital Laval. Pour lui écrire : claudegarceau@videotron.ca

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