Le suicide dans la communauté médicale

Le principal objectif de ce texte, et donc, de ma démarche, est de nourrir la réflexion concernant les changements sociaux et comportementaux des générations...

Pistes de réflexion pour la prévention

PAR RADU PUSCAS, MD

Le principal objectif de ce texte, et donc, de ma démarche, est de nourrir la réflexion concernant les changements sociaux et comportementaux des générations à venir au sein de la communauté médicale. Par cette démarche écrite, je vise à aider les futurs médecins à évoluer dans une communauté professionnelle en santé, tout en contribuant au bien-être biologique, psychologique et social de la société qu’elle soigne.

LA PERSONNALITÉ PARTICULIÈRE DE LA MAJORITÉ DES MÉDECINS

 

Des éléments qui peuvent se retourner contre nous à n’importe quel moment

Depuis plus d’une décennie, il s’est écrit une multitude d’articles concernant la santé de médecins. De nombreux sujets qui nous propulsent vers de nouveaux horizons, car ils concernent les changements graduels de la mentalité des médecins.

Ces changements peuvent être comparés aux bouleversements qu’a connus le domaine de la philosophie. La philosophie contemporaine, en rupture radicale avec l’humanisme moderne, la cosmologie grecque et les grandes religions, est largement héritière des contributions de Nietzsche. Cette nouvelle philosophie au marteau a réussi à casser les idées — « les idoles », comme disait Nietzsche lui-même. La médecine n’échappe pas à ce renversement. Nous commençons à contribuer à la déconstruction des caractéristiques et attitudes de nos idoles : le médecin fort, parfait, perfectionniste à l’extrême, en quête de contrôle dans la plupart des circonstances, aux prises avec un sens des responsabilités aigu, un souci de plaire démésuré, un esprit tourmenté par le doute perpétuel et souvent, un sentiment relatif de culpabilité…

Un médecin qui fait face à un stress lié aux attentes que l’on entretient envers lui autant sur le plan personnel que social, un médecin qui doit jongler avec une surcharge du travail dans le contexte d’un système de santé complexe loin d’être parfait. Être confronté quotidiennement à la souffrance et à la mort devient le facteur ultime qui précipite le médecin vers l’épuisement professionnel, puis, parfois, l’entraîne à commettre un geste aux conséquences fatales. Malgré cela, la plupart craignent le jugement d’autrui, ou le fait que l’image qu’ils veulent projeter puisse être ternie. Par conséquent, certains nient inconsciemment la maladie, hésitent à demander de l’aide et finissent par s’isoler. Trouver des solutions qui pourraient contrer cette détresse, si souvent ensevelie sous le poids des tabous et de la stigmatisation sociale au sein même de la communauté médicale, devient de la plus haute importance.

SUICIDE CHEZ LES MÉDECINS

Même si l’on tient compte du fait que le taux élevé du suicide des médecins, comparativement à la population générale, demeure un problème de taille, je désire proposer des pistes de réflexion et, éventuellement, trouver des solutions pratiques aux questions suivantes :

1. Serait-il possible de faire de la prévention au sujet de cette profonde détresse, tout en en comprenant les véritables causes ? Pourrions-nous, au-delà des critères existants, baser la sélection des candidats au programme de doctorat en médecine en tenant compte également de leur capacité à demander de l’aide?

2. Peut-on faire usage, lors du processus d’admission en médecine, d’un procédé qui permettrait d’identifier, dans le but de les aider, certains types de personnalités qui auraient une prédisposition à l’épuisement professionnel et au suicide? Suivre les cohortes et effectuer des activités de prévention auprès d’elles pour amener les étudiants à reconnaître la capacité et la nécessité de ventiler les émotions dans des situations difficiles ? Faire comprendre aux aspirants médecins qu’ils devront composer avec leur propre faiblesse, parfois avec l’échec et, surtout, qu’ils devront être capable d’accepter la réalité ? Et nous devrons nous demander si ce processus sera stigmatisant en soi, même si nous le faisons avec les meilleures intentions.

3. Comment diminuer les exigences que ces étudiants s’imposent si nous leur répétons sans cesse qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur, qu’ils doivent constamment dépasser leurs limites ?

4. Peut-on trouver une façon de changer cette culture du milieu médical, culture qui accorde une faible priorité à l’aspect pourtant si important de la santé mentale des médecins, plus particulièrement celle des étudiants ? Un changement d’attitude par rapport à ces cohortes de jeunes étudiants aurait pour effet d’atténuer cette peur et cette honte d’être perçu comme faible. La peur de se faire juger par ses pairs ou la peur ou la menace de ne pas obtenir son permis de pratique dans le cas où la santé mentale battrait de l’aile peuvent être si paralysantes pour eux !

5. Comment faire comprendre aux médecins que le fait de prendre soin de soi implique un changement de mentalité ? Cela implique de ne pas prendre certains enseignements au pied de la lettre, comme celui selon lequel, dès l’entrée en médecine, il faudrait s’oublier totalement pour pouvoir se dévouer et prendre soin d’autrui. Cesser d’exister, de dormir, de manger ne devrait pas primer sur notre devoir de répondre à nos propres besoins fondamentaux, pas plus que cela ne devrait être des qualités à rechercher chez ceux qui désirent s’inscrire aux études de doctorat en médecine. Apprendre aux jeunes médecins à ralentir le rythme, tout en leur donnant la possibilité de le faire, devrait être une priorité. « Être aidé et accepter de se faire aider » devrait être la maxime première de chaque médecin.

MESURER LA RÉSILIENCE

Certaines personnes sont peu outillées pour faire face aux difficultés; d’autres, au contraire, ont la faculté de trouver les ressources et ont l’énergie nécessaires pour rebondir: ils savent réagir positivement face à l’adversité, notamment grâce à une prise de conscience salvatrice lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes. Le degré de résilience est fonction du tempérament de chaque personne, mais également de son entourage.

Des chercheurs américains, qui étudient depuis de nombreuses années la résilience, ont identifié plusieurs éléments essentiels qui en font partie:

• La capacité d’identifier et de résoudre les problèmes rencontrés, de définir ses limites face à son entourage tout en développant des relations saines avec celui-ci.

• La capacité à se maîtriser et à maîtriser l’environnement proche sans tomber dans l’excès.

• La capacité à tourner en dérision des situations pourtant tragiques, et l’aptitude à s’accorder des moments de plaisir afin d’évacuer le stress quotidien (pratiquer un sport, développer son côté artistique, faire du bénévolat, avoir un animal de compagnie…)

Chacun est unique, chacun a des capacités qui lui sont propres et réagit à sa manière face aux difficultés rencontrées.

Il est très difficile d’objectiver la résilience. Plusieurs chercheurs ont pourtant essayé : Rosenzweig, qui a tenté d’évaluer la capacité de résistance à la frustration, Gail M. Wagnild et Heather M. Young, qui ont créé l’échelle de résilience, et bien d’autres. Serons-nous capables de trouver un test permettant de déterminer la personnalité caractéristique de certains médecins à risque et d’administrer périodiquement ce test aux étudiants en médecine dès leur admission ? Le but en est fort simple : la prévention du suicide.

Quel beau défi que d’essayer de trouver des pistes pour identifier ces éléments de déficience partielle de résilience en observant et en travaillant avec ceux qui porteront les mentalités de demain : les étudiants en médecine. Pour cela, il faudrait les suivre dès leur admission dans ces longues études et essayer de faire la prévention, et ce, précocement dans le processus menant au permis de pratique.

PISTES À DÉVELOPPER

Se concentrer sur la prévention de la détresse chez les médecins par une méthodologie heuristique et convenir d’une méthode d’exploration procédant par évaluations et hypothèses successives implique une collaboration étroite de tout un chacun. À partir de ce texte, j’espère trouver un jour avec vous, les pistes stratégiques les plus adaptées pour favoriser la santé de nos futurs médecins.

Radu Puscas est Médecin de famille à la Clinique d'urgence Ste-Thérèse

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