4 médecins, 1 futur ministre de la Santé

Que retenir de ce débat? Globalement, le ton des échanges est resté très mesuré dans le confortable salon de l’hôtel Delta Centre-Ville, où étaient réunis une centaine de médecins...

Politiques de santé : les médecins parlent aux médecins

PAR ANTOINE PALANGIÉ

 « Quatre médecins comme candidats au poste de ministre de la Santé, c’est une première au Québec, et même au Canada ! », a lancé Ruth Élaine Vander Stelt, la présidente de l’Association médicale du Québec (AMQ) en ouverture du débat La santé : une priorité?

Les docteurs Gaétan Barrette de la CAQ, Yves Bolduc du PLQ, Réjean Hébert du PQ et Amir Khadir de Québec Solidaire s’expliquaient le 28 août dernier devant leurs pairs.

Pour ce débat conçu « pour des médecins, par des médecins », la consultation menée auprès des membres de l’AMQ au cours de deux dernières semaines a désigné l’accessibilité, le financement, les effectifs, et l’informatisation comme les quatre grands thèmes à aborder.

Renforcer la première ligne

À la question : « Quelles mesures concrètes pour améliorer l’accès aux équipes médicales et aux plateaux techniques? », les quatre candidats tombent d’accord sur l’importance fondamentale de la « porte d’entrée du réseau de santé ».

Amir Khadir constate un « mépris affiché » pour cette dernière et la pratique en CLSC. Il propose 600 M$ d’investissements (dont la moitié pour les plateaux techniques) afin de rendre ces centres accessibles en permanence et 200 M$ pour y encourager la médecine familiale. L’objectif ultime de Québec solidaire : désengorger les urgences.

Même constat de la part du PQ, qui s’appuierait davantage sur le réseau des GMF, dont 100 nouveaux seraient créés, et l’environnement de travail rendu « plus intéressant pour mobiliser les finissants ». 96 M$ seraient ainsi consacrés notamment à l’embauche de trois professionnels de la santé (nutritionniste, par exemple) pour chaque GMF.

Pour Yves Bolduc, le réseau des GMF « marche », il faut le porter à 300 d’ici la fin de 2013. La question centrale reste de mieux « répartir les ressources et le personnel », notamment géographiquement.

Gaétan Barrette prend acte des plaintes des omnipraticiens, notamment en terme d’accès aux soins spécialisés, et propose de leur réserver des plages horaires dans les pratiques.

Imputables, pas imputables?

La question posée par la Dr Sandra Woods, « Quelles mesures concrètes pour évaluer les performances des établissements et du réseau? », montre que les membres de l’AMQ se préoccupent en priorité du financement à l’activité.

Gaétan Barrette plaide pour un système où l’imputabilité serait centrale, mais reconnaît que le financement à l’activité requiert un « étalonnage pour établir les budgets ».

Yves Bolduc considère que l’expérience est concluante en chirurgie, et propose de généraliser les pratiques du lean management pour traquer les gaspillages.

Selon Réjean Hébert, assujettir les ressources au service rendu génère des effets pervers, notamment plus de bureaucratie. Il propose un meilleur suivi grâce à « un système informatique décent, digne du 21e siècle » et des bases de données « qualitatives, pas seulement quantitatives ». La suppression des agences de santé proposée par la CAQ serait « jeter le bébé avec l’eau du bain » et négligeable financièrement, il faut en revanche « clarifier leur rôle aux différents niveaux ».

Amir Khadir dénonce des « économies de bouts de chandelles » et une « privatisation sournoise » dans les plans de la CAQ et du PLQ. C’est dans le coût des médicaments « que nous payons trois à six fois trop cher », soulignant au passage que l’on peut aller y chercher 2 G$ d’économie.

Les pilules sont dures à avaler, ce point fait consensus. Réjean Hébert juge les prix payés par le Québec « alignés sur les sept pays les plus chers ». Il propose un recours accru aux médicaments génériques. Selon Yves Bolduc, la générisation est déjà en marche. Gaétan Barrette propose quant à lui la traque aux médicaments inutiles et rappelle qu’il a parlé le premier des génériques en 2010.

Mieux employer les effectifs

Dans l’optique de renforcer la première ligne, tous les candidats s’entendent sur la nécessité d’alléger le fardeau des omnipraticiens, mais les moyens diffèrent.

Selon Réjean Hébert, il faut rééquilibrer la pratique médicale entre les hôpitaux et les cabinets, tout en rendant la médecine familiale « plus attrayante ».

L’importante cohorte des malades chroniques pourrait être davantage prise en charge par des infirmières praticiennes spécialisées, considère Yves Bolduc. Sortir les omnipraticiens de l’hôpital est risqué, car ils y ont « un rôle essentiel, surtout en région ». Le recours accru au privé doit aussi venir compenser l’accès au système public qui se restreint.

Même analyse chez le candidat de la CAQ, qui se défend de vouloir privatiser et voudrait au contraire dissuader les omnipraticiens d’aller au privé. « Mais si j’amène le système public à sa pleine capacité et que j’ai encore des besoins, quels sont mes choix? Augmenter les impôts, ou faire un mix avec le privé », a-t-il déclaré.

Amir Khadir veut mieux reconnaître le travail des omnipraticiens pour les ramener dans le public, et fustige surtout le recours au privé. La solution au sous-effectif réside dans l’intégration des centaines de médecins étrangers « qui ont passé les examens, sont disponibles et ne demandent qu’à servir ».

 Bogues informatiques

Déjà obsolète, pas compatible, pas centralisé, souvent absent : le dossier médical généralisé est un échec complet, selon la CAQ, le PQ et Québec solidaire. Yves Bolduc a eu bien du mal à défendre le système mis en place depuis 2001 en plaidant notamment le manque de coopération des médecins.

Courtoisie et bonne humeur

Que retenir de ce débat? Globalement, le ton des échanges est resté très mesuré dans le confortable salon de l’hôtel Delta Centre-Ville, où étaient réunis une centaine de médecins attentifs, parfois hilares des bons mots des candidats, Gaétan Barrette en tête.

Amir Khadir a toutefois été de loin le plus combatif, comparant par moments le ministère de la Santé au ministère des Transports en matière d’attribution des marchés publics, qualifiant de « vautours » les promoteurs de la privatisation et dénoncé la soumission des libéraux aux « milieux d’affaires et aux lobbies pharmaceutique et informatique ».

Gaétan Barrette s’est posé en gestionnaire pragmatique, saluant ironiquement la « passion » d’Amir Khadir.

Bien que chacun à une extrémité de l’échiquier politique, le porte-parole de la CAQ comme celui de Québec solidaire se rejoignaient cependant dans une énergie nettement plus offensive que chez leurs homologues des « vieux partis », PLQ en tête, qui se sont retrouvés très souvent en position de devoir défendre le bilan de leurs années au pouvoir.

santeinc.com

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