L’AJMQ s’est prononcée

Lors de la dernière campagne électorale, l’AJMQ a donc demandé aux partis politiques de s’engager à faire voter les deux amendements législatifs qui permettront de régler cet...

Deux amendements législatifs pour améliorer l’accès

PAR DR FRANÇOIS-PIERRE GLADU

Combien de fois, depuis vingt ans, avons-nous entendu les partis politiques promettre de régler le problème de l’engorgement des urgences? Combien ont dit qu’ils feraient le nécessaire pour que chaque citoyen ait son médecin de famille? Voilà pourtant la condition sine qua non pour éliminer les attentes à l’urgence et dans les hôpitaux.

Les citoyens ont pourtant élu ces politiciens sans que ceux-ci aient eu à expliquer comment ils s’y prendront pour corriger ces deux problèmes. Le 9 août dernier, l’Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ) est intervenue dans les médias pour rappeler qu’il est primordial de comprendre « comment » évaluer la crédibilité des promesses électorales en matière de santé.

L’AJMQ étudie les problèmes de listes d’attente en santé depuis quinze ans. En 2006, nous avons été les premiers à tirer la sonnette d’alarme quant au fait que 2 millions de Québécois n’avaient pas de médecin de famille, et ce, malgré que le Québec dispose déjà de 15 % de plus de médecins par personne au Québec1. Ces patients orphelins se présentent donc à l’urgence lorsqu’ils ont besoin de consulter un médecin, ce qui, pour un problème classé P4 ou P5, soit 45 % des visites, coûte 8 fois plus cher à l’État que s’ils avaient consulté un médecin de famille.

Depuis la décision du ministre libéral Marc-Yvan Côté en 1992 d’imposer les activités médicales prioritaires (AMP), la législation du Québec sur les AMP oblige les nouveaux médecins de famille à dédier une partie de leur temps de travail à la pratique en milieu hospitalier, et ce, pendant 20 ans. La mesure a d’abord touché 500 médecins, pour progressivement s’appliquer à 3000 d’entre eux. Cela a eu pour effet de réduire la présence en cabinet des médecins de famille, qui représentait alors 57 % de leur temps de travail, alors que les médecins des autres provinces y consacrent toujours 80 % de leur pratique. Les jeunes médecins d’ici passent 30 % de leur temps en cabinet et 70 % à l’hôpital.

L’imposition des AMP aux médecins de famille était-elle avisée? Pourquoi les avons-nous contraints de consacrer 43 % de leur temps de travail à des soins hospitaliers, soit deux fois plus qu’ailleurs, alors que le Québec dispose d’un surplus de spécialistes? Sans surprise, aucune autre province n’a suivi le Québec. Voilà pourquoi ailleurs au Canada, la proportion de citoyens sans médecin de famille est si basse (11 %) par rapport à la nôtre (27 %). Les responsabilités hospitalières mieux partagées dans le ROC permettent aux médecins de famille de s’y concentrer sur la prise en charge en cabinet. Or, des données probantes, tant à l’échelle pancanadienne qu’internationale, nous indiquent que des soins de santé efficients ne peuvent exister sans une première ligne de services médicaux solide.

Patiemment, nous avons rallié à notre cause, les différents acteurs du le domaine de la santé. D’abord, le président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne, a proposé une réévaluation de la législation sur les activités hospitalière afin d’augmenter la présence des médecins en cabinet. Le groupe de réflexion multidisciplinaire Espace Santé a à son tour appuyé l’AJMQ pour l’abolition des AMP. La Fédération des médecins résidents (FMRQ), en 2009, puis la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), en 2010, ont suivi.

Parallèlement, il est devenu de plus en plus évident que la nature même du travail de médecine familiale en cabinet rend nécessaire une mise à niveau de la Loi sur l’assurance-maladie. En effet, un médecin ne peut être rémunéré par la RAMQ pour un acte qu’il n’a pas lui-même fait. Or, si un patient des années 70 consultait la plupart du temps un médecin pour problème aigu, celui de 2012 présente, de façon quasi systématique, des problèmes de santé chroniques et multiples nécessitant une prise en charge plus approfondie.

Actuellement, le médecin de famille joue tous les rôles : secrétaire, technicien, infirmière, puis médecin. Tous y gagneraient s’il pouvait déléguer à une équipe de soins certaines des étapes obligées de la visite de chacun de ses patients, comme c’est d’ailleurs déjà le cas en médecine dentaire, en pharmacie et en médecine hospitalière2.

Toutes ces activités sont importantes, et doivent rester sous la responsabilité du médecin afin d’en assurer la coordination, mais elles devraient être déléguées aux autres employés afin d’augmenter le temps mis à la disposition du médecin pour le diagnostic et le traitement des problèmes de santé de ses clients. Nul besoin d’une formation universitaire pour remplir ces tâches moins complexes. Nul besoin non plus de reproduire le modèle bureaucratique des CLSC, et, dans une moindre mesure, celui des GMF, où les ressources ne sont pas affectées en fonction des besoins des patients, mais plutôt en accord avec des impératifs politiques.

Lors de la dernière campagne électorale, l’AJMQ a donc demandé aux partis politiques de s’engager à faire voter les deux amendements législatifs qui permettront de régler cet « hospitalocentrisme », qui pousse le réseau de la santé à la faillite, en redirigeant les patients vers les cabinets.

Seul François Legault de la Coalition Avenir Québec a répondu à l’appel et s’est engagé formellement à appuyer ces deux propositions législatives. Comme ces amendements visent à traiter la cause de plusieurs maux, ils permettront de régler les problèmes d’accès aux médecins de famille, de consommation inappropriée de médicaments, et d’engorgement des urgences au Québec.

De plus, lors des discussions de fond avec l’AJMQ, la CAQ s’est engagée à ne plus imposer de mesures coercitives aux médecins. Elle privilégiera plutôt les incitatifs pour parvenir à faciliter l’accès aux services de santé. Enfin, la CAQ a fait part de son intention de réinvestir 500 M$ en médecine familiale, dans les GMF et autres cabinets médicaux, et à mieux contrôler les dépenses pharmaceutiques et administratives, qui sont hors de contrôle, et ce, seulement au Québec.

Le programme de la CAQ en santé nous est donc apparu comme le plus crédible pour mettre derrière nous les problèmes d’accès qui minent le réseau, découragent les patients et augmentent l’attrait du privé. Le tout a culminé le 29 août dernier, lors d’une conférence de presse conjointe (AJMQ-CAQ) à Saint-Bruno. Monsieur Legault, son porte-parole en santé, le Dr Gaétan Barrette, et moi-même avons pris la parole devant les journalistes et quelques dizaines de citoyens.

Ironie du sort, c’est François Legault lui-même, alors qu’il était ministre de la Santé d’un gouvernement péquiste en 2002, qui avait prolongé de 10 à 20 ans le nombre d’années d’AMP obligatoires. Dix ans plus tard, il a néanmoins eu l’honnêteté de reconnaître que les AMP ont duré trop longtemps et qu’ils constituent un boulet pour le réseau. Nous aurions aimé que le PQ et le PLQ fassent aussi preuve d’humilité. Un politicien qui avoue avoir eu tort ne démontre-t-il pas qu’il est plus raisonnable?

Le Dr Barrette, que nous avions convié, le 8 février 2012, dans les journaux de Gesca, à unir ses efforts à ceux de l’AJMQ pour l’abolition des AMP, a clairement expliqué que l’abolition de l’obligation de travailler dans les hôpitaux et la délégation d’actes fera passer les médecins de famille « d’une Lada à une Formule 1 ».

Pour ma part, j’ai repris dans mon allocution plusieurs éléments de cet article pour expliquer le diagnostic des problèmes du réseau et le traitement proposé. Les médecins de famille demeureront malgré tout 50 % plus présents dans les hôpitaux du Québec que ceux du ROC, mais en leur déliant les mains et en misant sur les forces de chacun, on permettra une synergie d’actions qui « réoxygénera » un réseau au bord de l’asphyxie. Les citoyens ont spontanément applaudi à ce qui devait leur paraître comme une leur d’espoir tant attendue.

Malheureusement, la conférence de presse n’a pas eu tout l’impact médiatique que laissait présager la réaction citoyenne.

Néanmoins, nous voyons enfin la lumière au bout du tunnel pour nos patients. L’AJMQ félicite la CAQ pour sa compréhension du problème et sa volonté d’agir au-delà du statu quo. L’engagement de la CAQ pour ces deux amendements législatifs envoie le signal qu’il n’est plus acceptable d’attendre 20 ans avant de régler les problèmes. Il est entendu que cet engagement électoral sera tenu dans l’opposition.

Le gouvernement minoritaire nouvellement élu représente une chance pour la promotion et la promulgation des deux amendements législatifs que nous proposons. D’un côté, les interlocuteurs médicaux, tant le Dr Godin de la FMOQ que le Dr Barrette de la FMSQ, y sont favorables.

De l’autre, la première ministre Marois et son nouveau ministre de la Santé, le Dr Hébert, réaliseront-ils tout le potentiel d’économie de fonds publics et d’amélioration d’accès aux services médicaux que les amendements rendent possible, surtout dans le contexte d’un manque à gagner de 1 milliard $ à prévoir lorsque sera éliminée la taxe santé? Le PLQ verra-t-il dans la promotion de ces amendements une façon de faire oublier un lourd bilan de dix ans d’immobilisme et de « structurite » en santé, dont sont responsables les ministres Couillard et Bolduc?

Le PQ et le PLQ cesseront-ils d’excuser leur inaction des vingt dernières années par le fait qu’il manquerait 1000 médecins de famille au Québec, sans avouer qu’il y en a plus que partout au Canada? Et que cette pénurie ressentie de 1000 médecins n’existe qu’en raison de l’hospitalocentrisme dont ils sont responsables, le Québec demeurant la seule juridiction en Occident à s’obstiner à sortir les médecins de famille des cabinets?

Les politiciens savent-ils que 1000 médecins coûtent environ 1,5 milliard$ en prescriptions de médicaments, de tests et de consultations par année ?3 Qu’attendre 1000 autres médecins ne fera qu’empirer les choses au lieu de les régler?

En tous les cas, l’AJMQ assure les futurs parlementaires de sa collaboration pour parvenir à donner à chaque Québécois un médecin de famille, objectif essentiel au fonctionnement efficient du réseau de la santé, et à la correction des déséquilibres qui handicapent le réseau public de la santé.

 

RÉFÉRENCES
1 13 % pour les médecins de famille, 15 % pour les autres spécialistes.
2 Voir mon dernier texte dans Santé inc.
3 Issues in science and technology. Consulté le 10 octobre 2012.

A propos de Dr Francois-Pierre Gladu

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Médecin de famille et président de l’Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ). Pour lui écrire : fpgmd@yahoo.fr

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