Auguste

Danny St Pierre est non seulement une étoile montante de la gastronomie d’ici, mais fort probablement aussi un artiste à part entière de la courtepointe culturelle québécoise.

Auguste soirée

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

Bistro chic
Sherbrooke
*****

En langage soutenu, le mot auguste signifie « qui inspire la vénération ». Et l’expérience d’aller manger chez Auguste, il est vrai, se rapproche d’une vénérable et majestueuse expérience…

Premièrement, il faut le souligner, Danny St Pierre est tout un personnage. Un rigoureux qui a du fun. Un expressif, un excessif, un fou dingue de son métier. Il suffit de le voir observer sa brigade travailler dans son (superbe!) bistro chic estrien et de l’entendre parler de ses idées ou de ses créations pour savoir qu’on n’a pas affaire à un type « tout ce qu’il y a de plus ordinaire ». Coupe de cheveux un peu léchée, savamment placée, lunettes un rien hipster, moue involontairement séductrice, regard perçant bleu acier… tout concourt à faire de Danny St Pierre non seulement une étoile montante de la gastronomie d’ici, mais fort probablement aussi un artiste à part entière de la courtepointe culturelle québécoise. Lors de notre visite, il fallait le voir s’échiner à satisfaire les précieux palais de ses convives, fin prêts pour la Grande Séduction papillaire. Installées au bar, tout près du passe-plat, mon invitée et moi sommes donc allées, sans retenue, à la rencontre d’Auguste, le magnifique…

Notre épopée gastronomique en terre sherbrookoise a commencé par quelques huîtres South Lake accompagnées d’une mignonnette de pomme, de la poutine inversée et, enfin, un ceviche de cardeau au pamplemousse et à la coriandre. Les huîtres, bien douces, charnues et légèrement salées, se sont laissé engloutir le temps d’un claquement de doigts. Délicieuse mignonnette, mais à peine nécessaire quand des produits aussi frais en jettent autant ! La poutine inversée, des boulettes de pomme de terre frites et farcies de fromage fondant et de « sauce brune » n’est quant à elle pas un classique de l’Auguste pour rien. Savoureux à souhait, ce petit en-cas n’a pas laissé la moindre trace de son passage dans l’assiette… et ne se laisse pas oublier facilement non plus. Bon d’accord, ce n’est pas si compliqué que ça me direz-vous que d’inverser l’ordre de présentation des ingrédients de la poutine traditionnelle. N’empêche, il fallait vraiment y penser. Et le résultat est plus qu’heureux.

Sûr d’avoir réalisé un premier coup de maître en nous présentant ce premier service (et on lui donne raison), Danny nous envoie ensuite un morceau d’aiglefin tout juste pané ce qu’il faut, accompagné d’une agréable salade de concombre, de crevettes et de radis ainsi que d’une sauce tartare fort réussie. Encore là, difficile de ne pas s’avouer vaincues : le poisson est moelleux et le plat équilibre parfaitement le croquant et le tendre, la douceur et le piquant.

Le plat suivant, quelque peu surprenant, nous fait penser à un morceau de courgette frite, mais à notre grand étonnement, le petit cylindre frit déposé sur une petite mare de « moutchup » (ou de « ketcharde » si vous préférez, un simple mélange de moutarde et de ketchup) n’est pas un légume, mais… de la saucisse William Suisse frite. Si vous connaissez ce type de saucisse, vous savez aussi qu’elle est farcie de fromage. Un pogo fancy franchement délicieux, mais à consommer avec modération… et un comprimé de Lipitor de préférence !

Pour ma part, les deux plats de la soirée qui m’ont renversée : le risotto aux champignons et son gâteau de boudin noir, ainsi que les ravioles de patate douce et amandes au beurre noisette sauge et citron. Le  riz du risotto est bien al dente et bien arrosé de jus de veau, parsemé de délicats champignons, et se marie parfaitement au gâteau de boudin (le meilleur que vous n’aurez jamais mangé !). Le gâteau de boudin est habituellement accompagné d’une purée de pommes de terre toute spéciale, mais je vous laisserai le soin d’y goûter vous-même et de nous en redonner des nouvelles, nos estomacs commençant à se distendre sérieusement arrivés à ce moment du repas.

Quant au plat de ravioles, on lui accorde carrément l’étoile de la soirée. Il est chouette de constater que certains chefs s’efforcent d’offrir des plats végétariens en plus grand nombre à leur menu avec les années… et quand ce sont des plats réellement bien fignolés, qui revêtent plus d’intérêt que l’incontournable « wrap aux légumes grillés », je dis trois fois bravo. Les ravioles sont succulents, d’une texture douce, presque crémeuse, et surtout, goûteux à souhait. Le beurre noisette sauge-citron est irréprochable et parfume parfaitement bien l’affaire. Même le dessert — une légère pavlova accompagnée d’un curd de canneberges, de mûres sauvages et de crème chantilly — bien que sucré et rafraîchissant, n’a pas réussi à détrôner le mignon plat de ravioles auquel notre palais s’est abandonné.

J’ai l’air « bon public » en encensant ainsi chacun des plats, mais la cuisine de Danny St Pierre est réellement réussie, tout en étant sans flafla. On y fait de la magie avec des ingrédients simples. C’est là tout le défi d’être un bon chef : de bons produits, de bonnes techniques… et de bonnes idées ! Et le chef d’origine lavalloise en a plus d’une sous sa jolie crête capillaire…

En ce qui concerne le service, le personnel est affable, chaleureux, mené par une main de fer dans une mitaine de four.

Une mention spéciale à la sommelière Jessica Ouellet, une jeune femme au magnifique sourire qui connaît très bien ses produits et qui saura à coup sûr vous dénicher la perle rare pour accompagner les différents services de votre auguste repas. Enfin, la seule question qui vaille maintenant est : quand est-ce qu’on y retourne ?

+ : les ravioles à la patate douce
– : quelques idées peuvent sembler « faciles » a priori, mais quand c’est aussi bon, pourquoi faire compliqué ?

AUGUSTE
PRIX : 75 $ POUR DEUX
(EXCLUANT VINS, TAXES ET SERVICE)

82, RUE WELLINGTON NORD
SHERBROOKE
819 565-9559 


UNE CAFÉTÉRIA D’ANTAN NOUVEAU GENRE

Augustine, c’est tout d’abord le prénom de la grand-mère d’Anik Beaudoin, la partenaire d’affaire de Danny St Pierre. Mais c’est aussi un nouveau comptoir traiteur à Sherbrooke, où l’on peut évidemment acheter de délicieux plats et bouchées maison pour recevoir ou des boîtes à lunch pour le bureau, mais aussi se restaurer le matin et le midi. On y retrouve quelques classiques de l’Auguste comme le pogo de William suisse ou la poutine inversée, et d’autres nombreux plats très réconfortants. Pour organiser vos événements, un coup de fil leur est passé et tout se fait comme par magie ! Psst ! Leur gigantesque cigare au chou est fantastique…

CHEZ AUGUSTINE CAFÉ TRAITEUR
1836, RUE KING OUEST
SHERBROOKE  
819 562-0004

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada et pigiste pour d'autres médias.

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