Tête à chapeaux

Bien qu’il puisse s’enorgueillir d’un parcours déjà remarquable pour un médecin de la jeune trentaine, Antoine Groulx souhaite repousser plus loin ses limites. Passionné, déterminé...

DR ANTOINE GROULX

PAR CAROLINE ARBOUR

Passionné, déterminé, optimiste, le Dr Antoine Groulx affiche un parcours des plus impressionnants. Et c’est pourtant loin d’être fini. Portrait d’un médecin qui veut changer les choses au Québec.

Le monde de la santé est l’arène d’une multitude de débats qui animent tant le milieu médiatique que politique, et auxquels prennent aussi part les citoyens et

Le Dr Antoine Groulx

les médecins, que ces débats concernent de près. Les questions de la place du privé et de l’accessibilité à un médecin de famille figurent parmi les principaux enjeux. D’un côté, on trouve ceux qui souhaitent ouvrir de plus en plus la porte au privé, de l’autre, les fervents défenseurs de notre système de soins publics. Dans ce contexte, les politiciens doivent débattre publiquement de ces questions et en faire une priorité, mais ce sont surtout les médecins eux-mêmes qui ont intérêt à s’impliquer de façon croissante dans ces débats, car ils sont, au final, ceux qui connaissent le mieux le dossier « de l’intérieur ».

Le Dr Antoine Groulx est un exemple d’une telle implication. Quoiqu’il ait maintenant un pied bien ancré dans la mer politico-administrative de la médecine, il y est arrivé sans l’avoir planifié, porté par les conseils de ses pairs. D’une implication purement sociale au début de ses années universitaires, Antoine Groulx passe de la Fédération médicale étudiante à la Fédération internationale des étudiants en médecine. Il se découvre des qualités de rassembleur et de mobilisateur et apprend à établir des ponts entre diverses organisations. Fort de ses expériences et des encouragements de ses collègues, il se fraie un chemin jusqu’à la vice-présidence de la Fédération des médecins résidents du Québec, puis jusqu’à la présidence de l’Association des médecins résidents de Québec. Ayant pris goût à ces engagements, il poursuit sur sa lancée en s’impliquant au sein du Collège des médecins de famille du Canada, puis au sein du Collège québécois des médecins de famille. Maintenant président sortant du comité de direction, il oeuvrera encore une année comme président du conseil d’administration.

Vivant de passion et refusant de faire les choses à moitié, il quitte la ville une fois son diplôme en poche et choisit d’aller pratiquer la médecine familiale en région, à Gaspé : « J’aime beaucoup la diversité ; pratiquer en région offre plus de latitude. La médecine de famille en ville me paraissait moins intéressante et moins stimulante, limitée, entre autres, par l’omniprésence des spécialistes. » Ce besoin de diversité l’amène parallèlement à se tailler une place dans le domaine de l’enseignement de la médecine ; d’abord chargé d’enseignement, il est maintenant professeur agrégé de clinique à l’Université Laval.

Se mouiller pour aider

Bien qu’il puisse s’enorgueillir d’un parcours déjà remarquable pour un médecin de la jeune trentaine, Antoine Groulx souhaite repousser plus loin ses limites. Afin de pouvoir occuper un poste de gestionnaire dans le domaine de la santé, il entame, à l’automne 2009, une maîtrise en administration de la santé à l’Université de Montréal. Cela lui permet d’accéder à des postes plus importants au niveau politico-administratif de la médecine, et donc, à y jouer un rôle de premier plan.

À peine un an après le début de ses études, il est nommé directeur des services professionnels et des affaires médicales au CSSS de La Côte-de-Gaspé. Même si ces fonctions sont réputées difficiles, Dr Groulx prend un « plaisir fou à faire ce que beaucoup d’autres médecins détestent faire. » Ce contrat, parfois décrit comme une « mission-suicide », n’atténue pas la détermination de cet optimiste

« J’aime m’impliquer, prendre des décisions et avoir le pouvoir d’aider mes collègues, même si cela veut parfois dire mettre ma tête sur le billot », souligne-t-il. Il vient d’ailleurs tout juste d’accepter un poste en tant que directeur d’organisation des soins de première ligne intégrée au sein du MSSS.

Comment arrive-t-il à porter tous ces chapeaux à la fois ? Selon lui, il est primordial d’avoir un sens rigoureux de l’organisation. « Je suis un TOC de l’organisation », remarque-t-il en souriant. Il ajoute qu’il est essentiel de s’imposer une discipline de vie et de faire preuve d’une certaine résilience pour mener une carrière comme la sienne. « Ces postes demandent aussi de faire preuve de détermination, de générosité, d’un certain don de soi. Je fonctionne à la drive. Je m’alimente de passion, et j’aime voir que ça rend les gens heureux. », ajoute-t-il avec honnêteté. Dans les moments plus difficiles, se retrouver avec sa femme et ses enfants l’aide à mettre les choses en perspective.

Bien que le nombre de ses fonctions ne semble que s’accroître, le Dr Groulx espère pouvoir toujours travailler en clinique, auprès des patients : « D’abord, la clinique m’apporte un degré de satisfaction important. Ça aide à rester groundé et ça permet de voir l’impact réel des décisions. » Selon lui, cette présence sur le terrain lui confère une certaine crédibilité en tant que gestionnaire et lui permet aussi de conserver une vision plus globale du domaine de la santé.

Fervent convaincu

Le Dr Groulx est, depuis toujours, un fervent défenseur de notre système de soins de santé public, et ses études en administration de la santé n’ont fait que renforcer ses convictions. Le président du CQMF croit que la médecine familiale doit constituer la pierre angulaire d’un système de soins de santé rentable. Selon lui, cette rentabilité passe inévitablement par un système de soins public. « La santé de la société correspond à la santé de son patient le plus malade. Quand l’écart [entre les systèmes privé et public] se creuse, l’état de santé globale se détériore. Plus le privé est présent, plus les inégalités sont probantes », soutient-il avec conviction.

Depuis quelques années, la proportion de médecins qui se sont désinscrits de la RAMQ est à la hausse, et cette désaffection est encore plus manifeste en médecine familiale. Le Dr Groulx ne voit pas là un phénomène inquiétant, mais croit tout de même que cela traduit un problème sérieux : « l’inconfort et l’insatisfaction de ces médecins dans leur pratique ». Selon lui, il est essentiel de pallier ces problèmes en faisant des soins de première ligne une priorité. Il ajoute que le contexte favoriserait de tels changements. « On doit mieux soutenir les médecins de famille et leur donner les ressources nécessaires afin d’améliorer l’efficience et la qualité de proximité des soins », précise-t-il. Il importe aussi que les médecins de famille se mobilisent afin d’obtenir ce qui leur revient. Selon lui, au cours des dernières années, la situation s’est améliorée, mais il reste encore du travail à faire.

De nature optimiste, Antoine Groulx se définit comme un redresseur et un mobilisateur. « Je veux être capable de changer les choses », confie-t-il. Son ambition, son engagement et son impressionnant parcours préludent à un avenir prometteur. Il prend un sincère plaisir à jouer chacun de ses rôles et ne semble pas prêt à mettre de côté l’un ou l’autre de ses nombreux chapeaux. Parions qu’en fin politicien et en talentueux gestionnaire qu’il est, il en étonnera encore plus d’un par ses idées et ses convictions.

 

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