6 mythes et vérités sur l’assurance-vie

Dans ma pratique de planificateur financier, la plupart du temps, j’aborde avec mes clients le volet de la planification successorale. Si cette question les préoccupe, c'est qu'ils...

PAR : LUC RODRIGUE, PL. FIN.
CONSEILLER EN SÉCURITÉ FINANCIÈRE
LAFOND SERVICES FINANCIERS

Dans ma pratique de planificateur financier, la plupart du temps, j’aborde avec mes clients le volet de la planification successorale. Si cette question les préoccupe, c’est qu’ils soupçonnent un écart entre leur situation actuelle et celle qu’ils désirent. Bien souvent, cet écart est comblé par une solution d’assurance vie et une révision du testament. Il arrive régulièrement que cette solution d’assurance soulève une émotion chez mes clients : de la contrariété. Certains comprennent bien ce que la solution apportera à leur planification, mais d’autres présentent une foule de résistances qui les empêchent de mettre en application les solutions appropriées à leur situation. Il est vrai que ce n’est pas plaisant d’en parler, mais il est responsable de le faire en profondeur.

Mon constat est que ces résistances sont d’abord issues d’un manque de compréhension ou de connaissance, et explicables en partie par des facteurs culturels; ici, il est courant d’éviter de traiter de sujets tournant autour de l’argent et de l’accumulation. Nous ne sommes qu’aux premiers balbutiements d’une culture d’affaires qui considère l’enrichissement comme une chose acceptable. J’ajoute que cette résistance peut aussi simplement avoir pour origine un égoïsme pur et simple.

Ces résistances se manifestent par des déclarations que j’entends régulièrement. Chaque fois que je les entends, je vis, moi aussi, une émotion entremêlée de respect des opinions d’autrui, de difficulté d’informer adéquatement, et je me dis toujours qu’il y a là une belle occasion d’aider au développement du réflexe de création de valeur avec de l’assurance dans notre société.

Dans ce texte, j’aimerais démystifier quelques-unes de ces déclarations en vous énonçant comment je les interprète généralement, et en y apportant mes corrections.

« L’ASSURANCE VIE, C’EST UNE DÉPENSE ! »

Ce que j’interprète…

Lorsqu’on est incorporé, il est essentiel de connaître et de comprendre l’effet multiplicateur du compte de dividende en capital (CDC) que procure l’assurance vie. Cette notion est essentielle.

Les rectifications

Investir des sommes discrétionnaires, qui sont « emprisonnées » dans une société de portefeuille, dans un contrat d’assurance vie a pour effet de diminuer vos impôts annuels sur les revenus de placements, de procurer un capital-décès progressif, et vous permet de transmettre à la génération suivante des sommes encore plus importantes en franchise d’impôt, le tout par ce CDC. En effet, il est possible de transférer une partie du portefeuille de placements ou des épargnes annuelles de votre société de portefeuille dans un contrat d’assurance. Il s’agit ici de transférer ces sommes d’un environnement fiscal taxable à un environnement non taxable. En résumé, cette démarche fait augmenter le capital assuré de façon significative, en plus de maintenir un accès possible à ces sommes investies. N’eût été cette démarche, ces sommes auraient probablement été imposées au décès. Avec l’assurance, une majeure partie de ces sommes deviennent à près de 92 % à 95 % non taxables par l’entremise de ce CDC. À titre d’exemple, un homme de 50 ans qui transfère des sommes annuell ment pendant 10 ans dans un tel contrat pourra transférer près de 3 fois plus d’argent à sa succession à 85 ans, tout en ayant à sa disposition ce portefeuille. Il s’agit aussi d’une excellente façon de diversifier ses classes d’actifs.

Par ailleurs, il est à noter que, en 2014, le gouvernement fédéral abaissera probablement le plafond d’investissements dans ces contrats, ce qui en réduira les effets bénéfiques. La teneur exacte de cette réforme n’est pas encore connue, mais des discussions en vue de sa réalisation sont en cours.

 

« ON EST LE PEUPLE LE PLUS ASSURÉ AU MONDE. »

Ce que j’interprète…

On considère ici l’assurance comme une dépense, et non comme un investissement qui vise à créer de la valeur et un patrimoine. On assimile donc l’assurance vie à l’assurance de nos biens matériels, ce qui est erroné. Il s’agit a priori de deux produits financiers distincts qui ne jouent pas du tout sur le même terrain.

Les rectifications

Cette affirmation est tout à fait vraie en ce qui concerne les dépenses des individus pour l’assurance de leur auto, de leur maison, de leurs biens personnels. Au Québec, les gens dépenseraient plus pour

l’assurance de leurs biens personnels qu’ailleurs dans le monde. Pour l’assurance vie, c’est tout le contraire. Selon une analyse empirique, dans 95 % des interventions d’un planificateur financier, il manquera de liquidités successorales pour combler les besoins et objectifs exprimés par ses clients. Il existe deux solutions pour éliminer ce déficit : réviser à la baisse les objectifs, ou combler le déficit avec… un contrat d’assurance-vie. Je le répète, dans 95 % des évaluations auxquelles je participe, il y a un déficit vis-à-vis des objectifs personnels énoncés, et, souvent, ce déficit est gigantesque. Mon rôle de planificateur financier est d’élever le niveau de conscience des gens par rapport à ce déficit afin qu’ils puissent détenir tous les éléments nécessaires pour pouvoir décider comment en tenir compte.

 

« QUAND J’AURAI 60 ANS ET QUE MES ENFANTS SERONT ASSEZ GRANDS, JE N’AURAI PLUS BESOIN D’ASSURANCE. »

Ce que j’interprète…

Lorsque j’entends cette phrase, je me dis que la personne qui la formule tente de justifier pourquoi elle optera pour une protection temporaire plutôt que permanente. Il s’agit ici d’une belle occasion pour moi d’expliquer la possibilité de créer un patrimoine instantané avec un contrat d’assurance vie permanent. Encore une fois, pour le considérer comme un investissement à long terme, il faut l’intégrer dans un plan de vie, et faire abstraction d’une vision orientée sur la dépense encourue et le court terme.

Les rectifications

Premier constat à faire sur un produit permanent : le taux de rendement interne1 du déboursé est très positif (TRÈS!). Le seul moment où il le devient moins, c’est après 90 ans. Donc, considéré sous cet angle, ce n’est pas de l’argent perdu. Si votre préoccupation réelle est de créer de la valeur, ce sera probablement le placement le plus payant de votre vie! Il est entendu qu’il faut avoir les moyens de ses intentions, c’est-à-dire être en mesure d’intégrer un dépôt permanent dans son budget. Certaines familles fortunées ont compris comment fonctionne cette mécanique et n’hésitent aucunement à l’utiliser pour perpétuer leur patrimoine ou enrichir la génération suivante. Pendant ce processus, ils utilisent la portion résiduelle de leur patrimoine à d’autres fins, de telle sorte que cette pratique est complètement intégrée à la gestion des affaires familiales. Voir les choses ainsi permet de considérer l’assurance comme un produit à rendement certain dont on ne connaît cependant pas l’échéance.

Récemment, je rencontrais un président de société publique dont le leitmotiv est la création de valeur. Il réussit très bien et l’entreprise qu’il gère est plus que profitable. Il s’est donc enrichi d’une façon importante, et je lui tire mon chapeau pour ses belles réalisations. Toutefois, il est d’avis que l’assurance vie est conçue pour des familles qui n’ont pas de moyens financiers. Cette perception est toute une barrière. Après avoir vendu une partie de ses actions, il a empoché une gigantesque somme d’argent après impôts et a, dès lors, manifesté le désir de la conserver pour ses enfants, à son décès notamment. Je lui ai alors demandé s’il trouvait intéressante l’idée de consacrer un dixième de cette somme pour l’investir dans un contrat d’assurance qui multiplierait par 10 le résultat successoral (capital-décès) de ladite somme, et de s’amuser avec les 90 % restants en investissant ou en prenant soin de sa Fondation préférée… Je lui ai aussi demandé : « Saviez-vous qu’il existe toutes sortes de façons d’organiser des dons planifiés, fiscalement intéressants, avec un tel produit ? » Cette question ne l’a pas laissé indifférent.

 

« J’AI TRAVAILLÉ FORT, J’AI ACCUMULÉ DE L’ARGENT, ILS DEVRONT EN FAIRE AUTANT. »

Ce que j’interprète…

De deux choses l’une, ou bien je suis en présence d’une personne centrée sur elle-même, ou bien il s’agit de quelqu’un qui craint la façon dont ce patrimoine successoral pourrait être utilisé, et qui ne connaît pas les mécanismes disponibles pour protéger les héritiers d’une utilisation abusive de ce patrimoine.

Les rectifications

Pour la personne centrée sur elle-même, je ne peux rien faire. Pour celui qui est mal informé des mécanismes disponibles, je l’inviterais, par exemple, à consulter un fiscaliste qui lui fera part des enjeux que contient la fiducie testamentaire. Elle a notamment pour objet de dicter les règles d’utilisation du capital successoral (et de ses fruits) laissé en héritage afin de remettre à chacun des bénéficiaires ce dont il a besoin, tout en prévoyant comment les choses devront se dérouler après le décès. J’ajouterais également que, s’il y a des enfants ou héritiers qui n’ont pas un comportement souhaité avec l’argent, il serait souhaitable de leur suggérer de consulter un « coach » financier qui contribuera à leur éducation financière en leur apprenant comment utiliser sainement leur capital, et pour les rallier à la politique familiale. Il existe, sur le marché, ce qu’on appelle des gestionnaires de Family Office (bureau de la vigie patrimoniale) qui aident les familles fortunées à bien intégrer la gestion financière familiale et à atteindre les objectifs personnels de chacun.

 

« JE FAIS PLUS D’ARGENT AVEC MES PLACEMENTS OU MON ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE. »

Ce que j’interprète…

Il y a de ces gens qui ont le don de tout transformer en or, mais quand même, il s’agit d’exceptions. Encore là, une mauvaise décision, ne serait-ce qu’une seule, peut tout faire basculer. Manifestement, la personne qui déclare faire plus d’argent n’est pas bien informée sur le principe du partage de risque que permettent l’assurance vie et le taux de rendement interne.

Les rectifications

Si on fait le calcul des dépôts payés dans le temps en chiffres absolus, on ne passera jamais au travers du capital-décès. Pourquoi ? Parce que le risque de décès est partagé entre ceux qui décèdent et… ceux qui ne décèdent pas. Heureusement, ces derniers sont beaucoup plus nombreux pour soutenir ce principe. Et ce partage de risque se matérialise par un dépôt. Dans ce dépôt, on tient compte de frais administratifs et du taux de déchéance du contrat (profitabilité future en cas d’annulation du contrat).

Revenons sur le taux de rendement interne expliqué précédemment (voir note). Un dépôt de 11 000 $ par an (l’investissement) permettant d’obtenir un capital-décès de 750 000 $ (le rendement) prendra plusieurs décennies avant de ne plus être rentable (voir la note sur le taux de rendement interne).

Souvent, les personnes qui avancent cela sont des investisseurs dans l’immobilier. Lorsqu’ils me demandent pourquoi investir dans l’assurance quand ils peuvent « toucher » à leurs immeubles, je leur réponds que c’est par souci de diversification, et je leur demande pourquoi ils investissent dans l’immobilier s’ils n’habitent pas tous leurs immeubles d’investissement. Sans doute parce c’est rentable pour eux. Il en va de même avec l’assurance vie; elle n’est pas faite de briques, mais sera matérialisée le lendemain de votre décès et elle aidera à mettre en œuvre vos objectifs successoraux. L’ennui, c’est que ce n’est pas vous qui en profiterez.

 

« L’ACTION DE LA COMPAGNIE ABC VIE A FORTEMENT RECULÉ, ELLE EST DONC EN MAUVAISE POSITION. »

Ce que j’interprète…

Il faut informer les gens sur la façon dont fonctionnent les réserves actuarielles, qui n’a rien à voir avec le capital d’une société d’assurance vie.

Les rectifications

Les réserves actuarielles (en fiducie) ne font pas partie du capital d’un assureur. Ces réserves servent à indemniser les assurés et sont assujetties à des règles strictes de gestion financière et de prévisions actuarielles qui sont édictées par l’Inspecteur général des institutions financières (IGIF). Il s’agit d’un organisme de surveillance. En résumé, ce qu’il faut établir ici, c’est qu’il y a une différence entre le niveau de rentabilité des opérations et la gestion des réserves actuarielles. Je me rappelle qu’à la suite de la débâcle boursière de 2008, un assureur majeur de l’échiquier nord-américain avait choisi de couper son dividende annuel de 50 % pour se concentrer sur le renflouement des réserves actuarielles de façon encore plus conservatrice qu’avant. L’action avait alors reculé de près de 70 %. Certains analystes prédisaient, à tort, que cet assureur était au bord du gouffre. Aujourd’hui, comme il l’a presque toujours été, cet assureur est le chef de file nord-américain dans son secteur, et il l’a démontré en 2008 en faisant prévaloir la sécurité financière qu’il a vendue à ses clients, et ce, au détriment du prix de son action. Il faut retenir que la sécurité financière d’un assureur et sa crédibilité sur le marché se reflètent dans la qualité de la gestion de ses réserves actuarielles (vision à très long terme), et non dans le prix de son action qui est basé sur des paramètres d’évaluation à plus court terme (généralement un an).

En conclusion, il faut prendre conscience du fait que, le jour de notre décès, notre patrimoine, lui, continue de vivre et d’être géré parce qu’il est assujetti à toutes sortes d’embûches de taille, comme l’impôt.

Enfin, au-delà de la rentabilité financière et fiscale que peut présenter l’assurance vie, il faut toujours connaître concrètement à quel besoin ce produit financier répondra et l’intégrer adéquatement à sa planification successorale. On dit toujours que derrière tout contrat d’assurance vie se cachent une ou des personnes aimées dont on veut le bien et le confort. Il peut s’agir également d’une œuvre de charité qui oeuvre pour une cause qui nous est chère.

NOTE

1 Le taux de rendement interne (TRI) représente le taux de rendement net sur le versement annuel des dépôts nécessaires pour obtenir le résultat de l’investissement, soit le capital-décès. Ainsi, si un homme de 50 ans est assuré pour 750 000 $, que le dépôt coûte 11 000 $ par an et qu’en plus la réclamation au décès a lieu dans 25 ans, il aurait fallu 7,5 % net (ou 14,5 % avant impôt de 48 %) pour avoir le même résultat à partir d’un placement traditionnel. Après 30 ans, 5,1 % net (ou 9,9 % brut), après 35 ans 3,6 % net (ou 7 % brut), après 40 ans 2,6 % net (ou 4,9 % brut).

Conseiller en sécurité financière chez Lafond Services financiers.
luc-rodrigue@lafond.ca

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