Cessez vos luttes fratricides!

Serions-nous envieux ? Envieux de la capacité qu’ont nos jeunes médecins de dire « non » ? Jaloux de constater qu’ils ne capitulent pas comme nous l’avons fait? Quant au...

LE CRI DU COEUR DU DOCTEUR CN

PAR DENISE DROLET, MD  

Pour le meilleur ou pour le pire, la communauté médicale fait bien souvent les manchettes. Bien qu’occupant encore une place de choix dans le cœur de plusieurs patients, les médecins sont constamment évalués, analysés, critiqués, remis en question par différentes instances, mais aussi, hélas, par leurs pairs. En effet, on lit fréquemment des commentaires acérés, parfois percutants, parfois désobligeants, trop souvent méprisants, de médecins envers certains de leurs collègues. Encouragées par nos dirigeants, toujours très adeptes du « diviser pour mieux régner », ces opinions se retrouvent parfois dans les médias, où chacun se défoule par courriels interposés. Réglerons-nous nos difficultés sur la place publique ? Est-ce utile de se critiquer mutuellement au vu et au su de la population ? Celle-ci gardera-t-elle sa confiance et sa reconnaissance à l’endroit des médecins quand ils s’accusent publiquement d’être responsables des maux du réseau de la santé ?

Jeunes médecins, avez-vous le temps de pratiquer la médecine ? « Un bébé, un an de congé, j’ai le droit ! » Bien. Ce sont les droits de l’individu par rapport aux droits de la société. Or, la société aussi a le droit de recevoir des soins. Les médecins, elle les a formés, elle les rémunère bien et a mis en place les hôpitaux et tout un réseau de soins pour cela. Alors, je rappelle aux jeunes médecins : « On vous a formés parce qu’on a des besoins, et voici que vos droits individuels priment sur les besoins de tous ! » Dre Ruth Vander Stelt, Profession Santé, 24 janvier 2013

Pourquoi sommes-nous si durs envers nos pairs ? Est-ce vraiment nécessaire ?

Eh oui, je n’ai pris que trois mois de congé après chaque grossesse… Mes enfants ont donc aussi payé pour rembourser ma fameuse dette envers la société. Dois-je vraiment reprocher à mes jeunes collègues de refuser de négliger leurs responsabilités familiales au profit de leurs responsabilités sociales ? Et pourquoi le ferais-je ? Pour qu’eux aussi subissent les reproches d’une charmante progéniture outrée de réaliser à 20 ans que leur mère n’a pas suivi les recommandations à propos de l’attachement mère-enfant et les a laissés aux mains (aussi expertes soient-elles) d’une tierce personne ?

Les médecins plus âgés ont la critique aisée devant le désir pourtant très légitime des plus jeunes de préserver du temps pour leur vie personnelle. Sur le même ton, ils ne manquent pas une occasion de railler leur apparent manque de sens clinique qui serait remplacé par l’utilisation excessive d’outils informatiques, ou les accusent de manquer du plus élémentaire sens des responsabilités sociales.

Serions-nous envieux ? Envieux de la capacité qu’ont nos jeunes médecins de dire « non » ? Jaloux de constater qu’ils ne capitulent pas comme nous l’avons fait? Quant au sens clinique, est-ce que ça s’apprend à l’école ? Peut-on demander aux novices de notre belle profession d’avoir tout de suite un bon sens clinique, alors que ce genre de compétences est le fruit de l’expérience ? Et que dire de leur iPhone, iPad, iN’importe quoi ? Personnellement, j’aimerais savoir les utiliser aussi bien qu’eux pour compenser les défaillances inévitables du cerveau humain. Pourquoi critiquer au lieu de profiter de ce que chaque âge peut nous apprendre ?

N’oublions pas qu’il y a toujours eu des conflits intergénérationnels; nous n’avons pas le monopole de la critique de la jeunesse…

« Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui seront incapables de maintenir notre culture. » Cette citation, vieille de plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d’argile dans les ruines de Babylone…

Pourrait-on être assez intelligents pour ne pas reproduire éternellement les mêmes tendances ?

Hélas, les jeunes docteurs sont parfois, eux aussi, bien rapides à critiquer leurs aînés. Certains se révoltent devant le fait que les médecins cumulant plus de 20 ans de pratique médicale n’ont pas les mêmes obligations qu’eux. Mais la plupart d’entre nous ont été soumis à la même obligation pendant plusieurs années et les plus anciens travaillaient sans compter les heures. Comme le diplôme en médecine n’immunise pas contre les effets du vieillissement ou de la maladie, il devient difficile, avec le temps, de travailler des journées de 10 à 12 heures ou d’assurer les gardes de nuit. On peut être encore de très bons médecins avec tous les avantages qu’apporte l’expérience, tout en devant terminer plus tôt la journée de travail et en ayant une cadence un peu moins rapide. Il est utopique d’imposer de lourdes tâches après 55 ou 60 ans. On doit respecter les limites du corps humain, incluant le cerveau. Comme tout le monde !

Mais, il faut constater que bien des milieux de travail du réseau de la santé ont de la difficulté à accepter dans leur équipe un collègue qui demande une diminution des tâches. Plusieurs jeunes médecins préfèrent voir partir les médecins plus âgés pour prioriser des jeunes plus fringants. Mais ce n’est pas parce qu’un membre de l’équipe travaille moins qu’il ne peut plus rien apporter à l’équipe ou à la société. Pourquoi ne pas accepter deux ou trois médecins avec certaines restrictions entraînées par l’âge ou par la maladie pour pourvoir un poste à temps plein ? Pourquoi ne pas se réjouir de garder toute cette expertise, cette quantité de connaissances cliniques auprès d’une jeunesse en pleine forme qui pourra en profiter même si elle doit accepter de couvrir les gardes ou les heures difficiles que ces derniers ne sont plus vraiment en mesure de faire ?

Et là-dessus, je ne peux m’empêcher de réagir aux propos qui suivent :

… certains chirurgiens se sont vus donner des certificats d’incapacité partielle permanente de telle sorte qu’ils ne peuvent, soi-disant, faire de garde… Mais ils peuvent continuer d’opérer des cas électifs sans problème : le beurre et l’argent du beurre. Et je ne parle pas ici de chirurgiens âgés ou atteints d’une pathologie sévère… Dr Georges L’Espérance, Profession Santé, 4 février 2013

De quel droit peut-on porter ce genre de jugement ? Qu’est-ce qu’une « pathologie sévère » ? L’intégrité du médecin qui signe ce genre de certificat, Docteur, qu’en faites-vous ?

Tous les médecins qui traitent des collègues comme je le fais depuis quelques années ont une grande difficulté à les convaincre d’accepter un arrêt de travail, même quand il est clair que cela s’impose. Nous avons tous travaillé dans de mauvaises conditions, en rejetant du revers de la main le manque de sommeil, les douleurs de toutes sortes, la fièvre, la peine, et j’en passe.

Mais qui voudrait se faire opérer par un chirurgien qui n’a pas dormi depuis 36 heures, qui travaille avec une grippe, une tendinite du poignet, une angine instable ? Bien sûr, il y en a encore qui pensent qu’un médecin est un dieu et qu’il peut travailler dans n’importe quelles conditions! Cela s’appelle de la pensée magique et ce n’est acceptable que chez les adolescents…

Et que dire de toutes ces manifestations de mépris entre médecins spécialistes et omnipraticiens, entre spécialistes de différentes sortes et même entre médecins hommes et femmes ? Est-ce utile à la profession ? Quelle image cela donne-t-il à la population ? Des adultes intelligents, cultivés, bien nantis qui se chicanent sur leurs différences respectives au lieu de se regrouper pour les soigner ? Comment peut-on espérer conserver le respect de la population si l’on ne fait que se critiquer les uns les autres ?

Est-ce utopique de penser que notre belle profession peut être exercée par toutes sortes de médecins, jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes, omnipraticiens ou spécialistes, en très bonne forme ou un peu malades, à temps partiel ou à temps plein… et même à temps très plein puisque certains semblent y tenir ?

Est-ce utopique de penser que l’on puisse faire preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance envers nos pairs ?

Malgré mon optimisme naturel, il m’arrive d’en douter !

S’il vous plaît, aidez-moi à garder mes illusions… Envoyez-moi des exemples de collaborations entre médecins afin de me rassurer et de me prouver que les médecins sont capables de solidarité et de tolérance !

Merci d’avance !

 

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

La parole est à vous!

Pour poser une question, envoyer un commentaire, une lettre, un témoignage, un article d’opinion ou une analyse personnelle…

Quoi d’neuf, Docteur?

Quelles sont les dernières nouveautés susceptibles d’avoir des impacts sur  votre vie personnelle ou votre pratique médicale ? 

Vieilles bouteilles, frais bonheur

«D’un point de vue vigneron, le bouchonnage reste l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. C’est aussi la seule qu’il…»

Pétoncles poêlés, salsa maison

«Quand vient le temps de passer de la terrasse au confort de notre salle à manger, c’est aussi l’occasion de profiter pleinement…»

Fonds communs pour médecins

– Fonds FMOQ
– Fonds Professionnels
– Gestion MD