Divine Toscane

Qui ne se souvient pas de cette fameuse bouteille recouverte de paille qui symbolisait jadis le vin italien ? Certes, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous; c’est pourquoi...

BIEN BOIRE

PAR DANIEL BERGERON
PROFESSEUR TITULAIRE DE CHIMIE ORGANIQUE ET DE CHIMIE DU VIN
CÉGEP DE LÉVIS-LAUZON
TITULAIRE D’UNE MAÎTRISE EN CHIMIE ORGANIQUE
ADMINISTRATEUR DU SITE FOUDUVIN.CA

Située au centre de l’Italie, la Toscane représente une des plus célèbres régions viticoles de ce pays. Cette merveilleuse contrée est d’ailleurs mondialement reconnue pour son célèbre chianti. Qui ne se souvient pas de cette fameuse bouteille recouverte de paille qui symbolisait jadis le vin italien ? Certes, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous; c’est pourquoi une réglementation plus stricte a été adoptée au cours des années afin d’offrir aux consommateurs des produits beaucoup plus intéressants. Les méthodes de vinification se sont ainsi beaucoup améliorées, ce qui a permis au cépage roi de cette région, le sangiovese, de se dévoiler pour offrir de superbes vins.

Beaucoup de vins produits en Toscane sont exportés vers le marché étranger. À preuve, le tiers des vins italiens que l’on retrouve au Québec proviennent de cette région. En effet, on compte un peu plus de 550 produits toscans, majoritairement des rouges, sur les tablettes de la SAQ, comparativement à environ 1700 vins provenant de l’Italie dans son ensemble. Même si la Toscane se divise en 7 DOCG, 37 DOC et 6 IGT, la majorité des vins retrouvés ici proviennent de deux DOCG, Chianti Classico et Brunello di Montalcino, et de l’IGT Toscana, d’où proviennent d’ailleurs les fameux « super toscans ».

Le Chianti Classico a reçu l’appellation «DOC»en1967,puis«DOCG»en1984. Le principal cépage autorisé, le sangiovese, doit représenter au moins 80 % de la composition des vins de l’appellation. Les autres cépages autorisés peuvent être le canaiolo et le colorino, deux cépages locaux, ainsi que le cabernet sauvignon et le merlot. Avant 2005, il était possible d’utiliser des cépages blancs, comme le malvasia et le trebbiano, ce qui n’est plus permis. De plus, le vin peut obtenir la mention « riserva » après un vieillissement d’au moins deux ans en barrique, et de trois mois en bouteille. Les Chianti Classico se caractérisent par leurs arômes de violettes et de fruits, et développent des notes de cuir, de sous-bois et de tabac en vieillissant, en même temps que leurs tannins s’atténuent. Ces vins peuvent bien vieillir sur une période de cinq à dix ans, voire plus pour les meilleures cuvées. Au Salon des vins de Québec de mars dernier, j’ai d’ailleurs eu l’occasion de déguster un Poggio delle Rose, Chianti Classico Riserva 1996 de la maison Castell’In Villa, qui s’est avéré très « en forme » pour un vin de 17 ans d’âge. Ce vin fut d’ailleurs mon coup de cœur de ce salon. J’ajouterais qu’on peut facilement trouver en succursale d’excellents Chianti Classico à moins de 30$ et je me permets de vous dresser une liste de produits que j’aime particulièrement à chaque millésime.

Il y a également l’appellation Brunello di Montalcino qui se démarque favorablement en Toscane, et c’est en 1980 qu’elle devint officiellement une DOCG. Située près de Montalcino, cette aire de culture de la vigne donne des vins d’une grande qualité qui sont très recherchés par l’amateur averti. Le raisin utilisé à 100 % pour l’élaboration de ces vins est le sangiovese grosso, qui se nomme aussi brunello; il s’agit d’un clone du sangiovese. Pour respecter les exigences de l’appellation, le vin doit vieillir un minimum de deux ans en barrique et quatre mois en bouteille. Un vieillissement plus prolongé pourra lui valoir la mention « riserva ». Les brunellis posséderont des caractéristiques organoleptiques semblables aux Chianti Classico, avec plus de concentration en matière, plus de structure, ainsi qu’un élevage habituellement plus marqué. Ils seront moins accessibles en jeunesse et demanderont plus de temps pour s’épanouir, ce qui leur confère un potentiel de garde plus intéressant. À titre d’exemple, j’ai pu déguster, à ma succursale SAQ, un Campogiovanni, Brunello di Montalcino 2007 de la maison San Felice, qui dévoilait d’intenses arômes de violettes et de cerises avec une grande structure en bouche et une bonne acidité. Même s’il est relativement accessible, ce vin a besoin de vieillir pour exprimer tout son potentiel. Il deviendra assurément superbe dans plusieurs années. J’ai donc pris la décision avisée d’en placer trois bouteilles au cellier pour un certain temps, car pour 48,75 $, on obtient un très bon rapport qualité-prix pour un brunello. J’ajouterai deux autres produits que je considère de bons achats pour l’appellation, le Argiano Brunello di Montalcino 2007 à 43,50 $ et Castelgiocondo Brunello di Montalcino 2007 à 51 $.

D’autres vins à ne pas dédaigner sont ceux qui se classent dans l’IGT Toscana. L’appellation IGT est moins restrictive qu’une DOC ou une DOCG. Elle permet par exemple à un producteur d’utiliser d’autres cépages que ceux autorisés ou de les utiliser dans des proportions différentes que celles définies. Cependant, les raisins doivent provenir à 85 % de la zone spécifiée par l’IGT. Par exemple, Villa Antinori possédait la dénomination DOCG Chianti Classico jusqu’en 2001. À partir de l’année suivante, le producteur décida de réduire le pourcentage de sangiovese à 60 % et de le combiner à du cabernet sauvignon (20 %), du merlot (15 %) et de la syrah (5 %). Ne respectant plus le pourcentage minimum requis en sangiovse pour l’appellation DOCG Chianti Classico, il a dû commercialiser son vin sous l’appellation IGT Toscana.

Avant l’instauration de l’appellation IGT Toscana dans les années 90, certains vins toscans étaient qualifiés par l’amateur de vin de « super toscans ». Ils sont habituellement très denses, se vendent à des prix très élevés et sont élaborés par des producteurs renommés avec des cépages bordelais comme le cabernet sauvignon, le merlot et le cabernet franc, mais on peut y retrouver du sangiovese ou d’autres cépages. On peut penser au Solaia (cabernet sauvignon, sangiovese et cabernet Franc) au Masseto (merlot) ou Tignanello (sangiovese, cabernet sauvignon et cabernet franc) qui se vendent à fort prix. J’ai eu l’occasion de déguster le Masseto (Ornellaia) 2009 au mois de mars 2013 et je dois dire que ce vin rare à 100 % de merlot montrait une concentration extrême avec sa couleur noire comme de l’encre et une matière d’une densité que j’avais rarement sentie en bouche. Sa finale était interminable et les saveurs se succédaient en crescendo. Tellement complexe qu’il était difficile de bien le saisir et de le décrire adéquatement, mais l’expérience fut très enrichissante. Cependant, il faut spécifier que ce vin se vend 500 $ alors qu’un Lamaione 2007 (100 % merlot), qui se vend à 60 $, a fait très belle figure lors de cette soirée et je peux affirmer qu’il n’est pas huit fois moins bon que le Masseto. Ce Lamaione, que je décrirai plus bas, a d’ailleurs été mon préféré et n’a pas eu à rougir devant plusieurs vins se détaillant à plus de 200 $.

  • Castell’in Villa Chianti-Classico 2008, Code SAQ : 00908228, 21,55 $
  • Brolio Chianti-Classico 2010, Code SAQ : 00003962, 24,95 $
  • Mazzei Fonterutoli Chianti-Classico 2010, Code SAQ : 00856484, 25,70 $
  • Monsanto Chianti-Classico Riserva 2008, Code SAQ : 11546973, 26,10 $
  • Fontodi Chianti-Classico 2009, Code SAQ : 00879841, 27,25 $
  • Querciabella Chianti-Classico 2010, Code SAQ : 10277986, 28,15 $
  • Marchese Antinori Chianti-Classico Riserva, 2008, Code SAQ : 11421281, 29,45 $

En ce qui concerne les millésimes des années 2000 en Toscane, notons qu’outre le millésime 2002, plutôt médiocre, et le 2003, assez capricieux, la qualité est au rendez-vous. J’ai particulièrement aimé les vins issus des millésimes 2001, 2004, 2006 et 2007.

Voici la description de deux vins de la Toscane qui ont constitué de gros coups de cœur dernièrement.

Piccini Chianti Classico Riserva 2007, code SAQ : 11768795, 20,20 $ :
Le nez montre d’abord des arômes de vanille qui s’estompent rapidement à l’aération pour faire place à des notes expressives de cerises rehaussées par une touche de menthe. L’attaque en bouche possède une bonne acidité et un fruit bien présent, encore la cerise et le noyau de cerise. Ce n’est pas très dense, mais l’ensemble mise plutôt sur la fraîcheur et l’équilibre avec une belle sensation soyeuse. Lafinale est d’une allonge correcte. Considérant le prix, ce Chianti Classico riserva représente un très bon achat et je le recommande comme vin de semaine, surtout pour ceux qui aiment les vins tout en finesse. L’accord fut excellent avec un poulet parmigiana, car son acidité s’est bien amalgamée avec la sauce tomate.

Castelgiocondo Lamaione 2007, Toscana IGT, code SAQ : 10234134, 60 $ :
Comme je le mentionnais précédemment, ce vin, constitué de merlot, a fait très belle figure en comparaison avec des vins beaucoup plus dispendieux. On perçoit d’abord une couleur très foncée laissant présager une grande concentration. Au nez, la prune et les raisins de Corinthe se distinguent d’abord, suivis de notes de graphite et d’épices. La bouche est très dense, le fruit y est bien concentré et l’acidité apporte un bel équilibre. De jolies notes rappelant la réglisse noire s’ajoutent subtilement pour nous entraîner vers une finale longue et savoureuse. J’ai eu l’occasion de déguster ce vin dans quelques millésimes ces dernières années, et il a toujours été impressionnant. Au moment d’écrire ces notes, il y en avait encore dans plus d’une trentaine de succursales du réseau. Si jamais vous le manquez dans le millésime 2007, vous pouvez miser sur le prochain les yeux fermés. Il accompagnera merveilleusement votre gigot d’agneau.

Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d'une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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