San Miguel de Allende

San MIguel de Allende au Mexique, au crépuscule San MIguel de Allende au Mexique, au crépuscule
Demeures mexicaines Demeures mexicaines
Alcôve dans une demeure de San Miguel Alcôve dans une demeure de San Miguel
Dans ce refuge qu’est devenu San Miguel, on ne voit pas beaucoup de corps sveltes ou de regards langoureux, mais bien plus des visages burinés et prêts à un dernier...

Récit de voyage

PAR CLAUDE GARCEAU, MD

Au nord, les lueurs de décembre sont éphémères. Le douzième mois montre rapidement sa vraie nature : longues nuits noires, vie au ralenti, petits enfants devenus grands, parents qui se consument lentement, cœur meurtri, froid qui s’immisce partout.

Mais dans l’autre hémisphère, tout au sud, la sève jaillit et la chaleur envahit les hommes.

San MIguel de Allende au Mexique, au crépuscule

D’une dérive Google à une autre, je découvre San Miguel de Allende. La tradition y place le cœur du Mexique révolutionnaire. Mais cent ans après la révolution, d’autres hommes poussés par les vents de l’histoire et de la vie s’y sont échoués. Pour eux, les survivants, les GI de la Deuxième Guerre, San Miguel devint le lieu de l’oubli. L’oubli des engelures des Ardennes ou du sang teintant les lagunes de Guadalcanal.

Avant eux, San Miguel était une vieille dame fardée qui ne dissimulait plus ses rides et se préparait à la déchéance. Pourtant, elle fut pendant trois siècles une étape resplendissante de la grande route de l’argent, ce métal soutiré des marches érigées par l’empire espagnol. Un flot incessant de navires l’apportait vers la Castille ou les autels de Séville.

Puis, inexorablement, la source se tarit, et San Miguel de Allende redevint une petite bourgade oubliée par le cours de l’histoire.

Mais il était dit que cette vieille bourgade décatie devait renaître et éblouir à nouveau. Les amants venus du Nord ont retapé avec amour ses vieilles pierres ; ils devaient insuffler une nouvelle vigueur à la place centrale : El jardin. Avec une passion aveugle, ils ont habité ses palais fanés et ses masures décaties. Avec dévotion, ils ont tout rebâti et ont enfin libéré les âmes qui hantaient sans but ses murs écroulés.

Dans ce refuge qu’est devenu San Miguel, on ne voit pas beaucoup de corps sveltes ou de regards langoureux, mais bien plus des visages burinés et prêts à un dernier combat d’honneur. C’est que les enfants et petits-enfants de ces rescapés de la dernière Guerre mondiale sont maintenant des artistes, des écrivains, des musiciens ou des cinéastes. Ils y viennent rendre un ultime hommage à la vie avant le dernier tour de piste. Ces retraités de l’art sont partout. Sur les terrasses, ils gribouillent pendant des heures les pages d’improbables romans, fument cigarette sur cigarette et abordent tout étranger avec sollicitude.

Je marche lentement vers la Parrocchia (la cathédrale). Tous les chemins finissent vers Dieu dans ce village du XVIe siècle, et l’ordre naturel des choses y semble respecté. Les murs des maisons sont teintés de toutes les couleurs de la vie : le brun de la terre, l’ocre de la passion et de l’amour, le bleu du ciel et le jaune apaisant de la lumière du jour. sur les terrasses, les oiseaux chantent le nouveau Monde, et, sur les toits, les cactées puisent l’énergie de l’azur. au bout de l’allée montante, il y a el Jardin : le cœur révolutionnaire du Mexique n’est qu’un simple un carré entouré d’arcades, une cathédrale en pierres toutes roses construite il y a plus de 400 ans par un illettré, une petite fontaine et des bancs en fer forgé, où toute la ville vient trouver repos. il y fait bon. Quelle douceur que de rêvasser sous les platanes, d’entamer la discussion avec Jack, qui a mis deux semaines à conduire jusqu’ici depuis les fins fonds du Yukon, ou d’écouter sarah, qui ouvre son bar jazz ce soir avec, comme vedettes-surprises, deux gagnants des Grammy Awards venus humer l’air du bon temps.

Mais il y a aussi le petit peuple, le peuple fondateur effacé, fruit de la fusion des conquistadors et des vaincus : de petits hommes bruns des forêts et des femmes sauvages des savanes.

En ce 6 janvier, ils sont tous là, les vaincus. C’est la fête des rois. un grand gâteau de 35 mètres a été cuit, puis posé près du parvis de la cathédrale. Quelque part dans ce gâteau,

Demeures mexicaines

une petite fève est enfouie. une petite indienne la trouvera et, l’espace d’un instant, elle deviendra princesse. elles sont là, les femmes des villages et de la campagne qui borde san Miguel. elles ont les yeux sombres et leurs pupilles humbles ne s’élèvent pas vers le ciel, mais on y sent, en ce jour de la fête des rois, une force tranquille, sourde, résiliente et inexorable. un jour pas si lointain, ces silhouettes courbées redresseront l’échine.

L’effigie d’un Jésus souffrant est portée vers la cathédrale par quelques zélotes dans l’indifférence générale. Le prêtre, résigné, bénit le nouvel ordre des choses du monde… 

Dans l’avion, nous avons rencontré une groupie de l’art, du beau et des hommes qui le font. elle vient de nashville. son mari, as she said, IS ALWAYS ON THE ROAD, il est musicien… elle s’ennuie (je crois), elle vient chercher à san Miguel la magie de l’instant. elle nous parle du studio de toller Cranston, où elle ira peindre jour et nuit pendant plus de trois semaines.

Toller fut l’un de nos grands athlètes : trois médailles aux olympiques d’hiver en patinage. il était un artiste sur lames, un mortel à la plastique parfaite. trente fois, il s’est rendu à Moscou et, à ses dires, les tsars lui donnaient l’accolade. il fut, pour un temps, celui que tout le monde voulait voir : la persona grata. trudeau (père) l’a un temps côtoyé, et Karen Kane, notre élégante ballerine, était sa muse.

Les comètes ne brillent qu’un temps, et maintenant, toller vit à san Miguel. un exil imposé. Mais comme pour bien d’autres avant, la magie de san Miguel a opéré pour lui et a libéré ses forces créatrices. emporté dans un grand frisson tellurique, il a produit en 15 ans plus 70 000 objets d’art : peintures, sculptures, dessins. son atelier est un lieu totalement déconcertant. un vaste palais avec des arcades fleuries et des alcôves secrètes, des verrières, des foyers tordus et un encombrement hétéroclite de milliers d’objets colorés. Ce kaléidoscope est totalement fascinant, mais s’est lentement transformé pour l’homme artiste en un piège : il n’est plus qu’un musée à sa gloire, presque un tombeau. asphyxié, le prince cherche l’oxygène des courtisans qui affluent. Les groupies chuchotent, satisfaites de vivre dans l’intimité d’un homme de la renaissance, disent-elles.

Mais l’artiste a vieilli, il a beau mettre de la musique à fond dans l’atelier de peinture, rien n’y fait. C’est le début de son l’hiver et l’angoisse l’envahit. il voudrait repartir de san Miguel, sa villa est à vendre, mais où ira-t-il une fois libéré de sa prison dorée ? il me parle de riopelle et de l’île aux Grues : il aurait aimé les chutes Montmorency, car il se

Alcôve dans une demeure de San Miguel

rappelle Krieghoff. il m’écoute quelques secondes lui parler de la mort de Jean-Paul Lemieux et des vautours qui tournaient autour de son linceul dans mon hôpital.

Au fond, il n’y a là qu’un homme angoissé par les heures qui passent. Mais en même temps, il y a aussi l’inexorable énergie opérante du créateur. soir après soir, nous serons captivés par ses histoires magnétiques. Hébétés, nous repartirons avec deux grandes toiles sous le bras.

San Miguel, c’est une musique du sud. La lumière y est forte, mais, à midi, les ombres y sont opaques. La poésie des sources et l’aridité du désert, la beauté insolente des jeunes Mexicaines et la démarche courbée de leurs mères vieillies par le labeur. aux fenêtres, des vierges en habits dorés et en vigogne. Le grand ballet de l’existence : la vie et la mort unies en une seule valse tragique.

Les monarques, nos beaux papillons, se laissent emporter par l’alizé, et dérivent sur des milliers de kilomètres, frêles esquilles ballottées par les vents. Comme eux, exténué par un long voyage, j’ai fini par hiverner un temps dans les collines du centre du Mexique. Mais, cette fois, je vais repartir. vais-je pouvoir y revenir ? suis-je mûr pour l’arrêt ou encore condamné à d’autres migrations ?

MD. Spécialiste en médecine interne, Hôpital Laval. Pour lui écrire : claudegarceau@videotron.ca

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