La médecine, comme la mer…

Cela ne nous empêche pas d’aimer l’eau, la mer. Et on continue de profiter de ses bienfaits, de s’en nourrir, d’en faire profiter nos jardins, de s’y rafraîchir, de jouir de tout ce....

QUE LA MER EST BELLE !

PAR DENISE DROLET, MD  

Belle, noble, tantôt calme, tantôt agitée, bleue ou verte, froide ou chaude, toujours forte, souvent amicale, parfois déstabilisante, occasionnellement meurtrière, tel est cet élément de la nature qu’on nomme l’eau!

J’ai beaucoup de respect pour l’eau. Elle nourrit, soulage, apaise, transporte. On lui

doit beaucoup. Mais l’eau peut aussi frapper, engloutir, blesser, tuer… et on ne peut pas toujours l’arrêter ! Que peut-on y faire ?

Avez-vous remarqué que, plus on s’obstine à combattre les éléments de la nature quand ils sont déchaînés, plus on échoue?

J’arrive du Mexique, où, à certains moments, les vagues s’abattaient sur la plage avec force et puissance. Entrer dans l’eau sans perdre pied était parfois difficile, et on entendait fréquemment des jurons de toutes sortes. En même temps, bien des enfants riaient aux éclats en se laissant tomber, rapidement relevés par un parent attentif. Des jeunes et des moins jeunes s’amusaient et criaient avant d’avaler et de recracher de grandes gorgées d’eau salée, puis se préparaient à affronter la prochaine vague. D’autres se laissaient soulever par la vague, en réussissant à garder la tête hors de l’eau; ils profitaient ainsi du bonheur de déjouer la gravité et de « perdre pied » sans perdre le contrôle. Certains, chaussés de souliers de mer, ajustaient masque et tuba avant de bas- culer dans la vague et de retomber sans s’être blessés sur les roches ou les coraux. Devant la force de l’eau, on doit s’ajuster !

Cela ne nous empêche pas d’aimer l’eau, la mer. Et on continue de profiter de ses bienfaits, de s’en nourrir, d’en faire profiter nos jardins, de s’y rafraîchir, de jouir de tout ce qu’elle nous offre. Mais nous devons nous protéger de ses méfaits avec de l’équipement approprié : des barrages, des scaphandres, des imperméables. Nous devons accepter de subir son courroux quand il n’y a rien d’autre à faire, nous retirer dans nos abris en attendant qu’elle se calme, admettre humblement notre impuissance face à ce que nous ne pouvons pas changer. Je pense ici aux orages, aux tsunamis, aux tempêtes en mer, etc.

Et si la médecine était comme la mer ? Et si on reconnaissait que la médecine, aussi intéressante, aussi valorisante, aussi importante soit-elle, peut aussi nous faire mal à nous, les « docteurs », et qu’il faut penser à des moyens de s’en protéger ? Et si on reprenait le premier et le dernier paragraphe en pensant médecine ou système de santé plutôt que mer ou eau ?

Belle, noble, parfois calme, parfois agitée, spécialisée ou générale, chirurgicale ou médicale, toujours forte, souvent amicale, parfois déstabilisante, occasionnellement meurtrière, telle est cette profession qu’on nomme la médecine.

J’ai beaucoup de respect pour la médecine. La médecine nourrit, soulage, apaise, transporte. On lui doit beaucoup. Mais le système de santé peut aussi frapper, engloutir, blesser, tuer… et on ne peut pas toujours l’arrêter ! Que peut-on y faire?

Cela ne nous empêche pas d’aimer la médecine, d’aimer ce que le système de santé peut apporter à la population. Et on continue de profiter de ses bienfaits, de s’en nourrir, d’en faire profiter nos patients, de s’y ressourcer, de jouir de tout ce qu’elle nous offre (défis intellectuels, bien-être et reconnaissance de nos patients, apprentissage permanent, salaire…). Mais nous devons mettre en place des façons de nous protéger de ses méfaits (surcharge de travail, insatisfaction de nos dirigeants, lourdeur de notre responsabilité professionnelle, manque de ressources…) avec de l’équipement approprié, le soutien des collègues, des vacances régulières, des loisirs, de l’exercice, un bon réseau social. Nous devons accepter de subir son courroux quand il n’y a rien d’autre à faire, nous retirer dans nos abris en attendant qu’elle se calme, accepter humblement notre impuissance face à ce que nous ne pouvons pas changer. Je pense ici aux contraintes organisationnelles, aux plaintes et poursuites, au mépris de certains dirigeants, et ainsi de suite.

Peut-on travailler ensemble à pratiquer la médecine selon notre code de déontologie, selon les normes de bonne pratique, selon nos valeurs et laisser les considérations purement théoriques d’efficience et d’argent à ceux que ça amuse? Plutôt que de perdre notre santé, notre équilibre et notre professionnalisme en nous démenant contre le système, comme le fait ce baigneur qui veut à tout prix affronter la vague et se retrouve systématiquement à prendre un bouillon la tête sous l’eau, pourquoi ne pas nous laisser porter par ce qui est hors de notre contrôle, et concentrer nos énergies pour nous protéger afin de pouvoir continuer à faire ce pourquoi nous avons été formés : prendre soin de la population ? Surtout, n’oublions pas que prendre soin de la population implique de prendre soin de nos collègues et de nous-mêmes !

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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