De la démocratie

Quand je regarde ce qu’il est possible de réaliser en utilisant différents canaux pour s’exprimer, cela me rassure sur la santé de mon pays. Meilleure est la pluralité des voix...

S ’il est quelque chose d’éminemment fragile dans nos sociétés contemporaines, et qui nous semble pourtant très solide, c’est bien la démocratie. Parce que dans cette partie du monde qu’est le Canada, la démocratie est le régime qui prévaut, on la croit souvent protégée, hors d’atteinte. Mais, bien sûr, comme un amour que l’on tient trop pour acquis, la démocratie est plus facile à ébranler qu’on ne l’imagine. Conçue comme un rempart aux excès du capitalisme et de la mondialisation, et comme un garde-fou qui nous évite de succomber aux guerres d’intérêts, la démocratie demeure au premier rang des idéaux sociaux les plus vulnérables au monde. On n’a qu’à songer à ce qui est arrivé à l’organisme canadien Droits et Démocratie… C’est pourquoi, comme citoyen, quand on croit à la démocratie – car, malgré ses avantages, elle comporte aussi des écueils – il est nécessaire, dès que la chance se présente, de continuer de la porter et de la défendre… et ce, que ce soit en réunion familiale, en CMDP ou le jour des élections.

Récemment, le regroupement des Médecins québécois pour un régime public (MQRP) a pris position dans les médias pour dénoncer la facturation des frais accessoires imposés aux patients québécois. Le regroupement s’est fait taxer de « dogmatisme » par d’autres associations, mais n’empêche… À la suite de cette sortie virulente, le ministre Hébert a tout de même soumis une motion à l’Assemblée nationale afin de régler une fois pour toutes les problèmes posés par les frais accessoires, motion qui a été adoptée à l’unanimité par les députés. À l’unanimité : ce n’est pas si fréquent; donc, ce n’est pas rien. Certes, il faudra bien que les « bottines suivent les babines »… mais, donnons la chance au coureur.

Cette année, l’Association médicale canadienne a tenu des consultations publiques dans différentes villes du pays pour savoir « ce qui rend les Canadiens malades ». Ouvertes au grand public, ces consultations avaient pour objectif de cerner les facteurs socioéconomiques qui contribuent aux problèmes de santé, en permettant aux gens d’exprimer leur avis sur les causes fondamentales de la maladie au Canada. Bien que l’Association médicale canadienne soit mon employeur, mon opinion sur la chose n’est pas purement subjective. Objectivement, je trouve sa démarche non seulement sensée, mais nécessaire, car les médecins, que l’on place au sommet de la hiérarchie de notre système de santé, doivent être en mesure de faire davantage qu’évaluer, traiter et réévaluer des patients au cas par cas. Ils ont, de par le rôle social et le pouvoir dont ils sont investis, le devoir de prévenir la maladie et de s’intéresser à ses fondements au-delà des considérations purement pathologiques.

Quand je regarde ce qu’il est possible de réaliser en utilisant différents canaux pour s’exprimer, cela me rassure sur la santé de mon pays. Meilleure est la pluralité des voix – quels que soient leurs intérêts respectifs –, meilleures sont les chances de préserver nos valeurs sociales globales et notre démocratie, sans sombrer dans la partisanerie de la gauche ou de la droite.

Il est de ces regroupements, de ces fédérations et de ces associations, médicales ou non, qui contribuent à la santé démocratique de notre société. Plus l’on pave la voie à la prise de parole du plus grand nombre, plus on s’assure de vivre dans une société équilibrée, balisée par des dirigeants, des organisations et des regroupements qui reflètent les valeurs fondamentales communes. Cela semble trivial, mais on l’oublie trop souvent. Dogmatiques, scientifiques, syndicalistes, financiers, corporatistes, humanistes, utopistes ou réalistes, non seulement tous ont le droit de s’exprimer, mais tous ont le devoir de le faire. C’est un rôle social que les médecins doivent encourager et incarner au-delà de leur identité professionnelle. Même quand il y a désaccord sur les propos ou les prises de position, il faut continuer d’encourager l’expression et la circulation des idées de l’autre. C’est là le premier signe d’une démocratie en santé. Et si la santé de nos patients, la nôtre et celle de nos concitoyens nous importe réellement, il faut voir dans la pluralité des voix le meilleur garde du corps de la démocratie. Traitez-moi de romantique si vous le voulez, je n’en penserai pas moins que cela vaut tout l’or du monde.

Vous me voyez sans doute venir avec cet argumentaire… Bien sûr, vous êtes tous très occupés, vous avez parfois des vies de fou, vous tentez tant bien que mal de jongler avec vos innombrables responsabilités familiales et professionnelles. Malgré tout, j’ai envie de vous encourager à vous impliquer auprès de cette communauté médicale qui est la vôtre. Or, je sais que vous ne le voulez pas tous et que vous n’en voyez pas tous la nécessité non plus. Soit. Mais, puis-je, en toute humilité, vous recommander au moins de ne jamais cesser de vous intéresser au travail des différentes associations et fédérations médicales qui circonscrivent votre profession et qui parlent en votre nom ? Puis-je vous suggérer d’en favoriser la coexistence saine, la diversité et l’autonomie, chacune ayant son utilité propre ? MQRP, FMOQ, CQFM, AMQ, AMC, FMSQ, FMRQ, AJMQ, CMQ… Heureusement, le choix ne manque pas. Soyez à l’écoute de ces acteurs qui vous représentent d’une manière ou d’une autre. Votre profession, vos patients et notre société en bénéficieront. (Et, euh, en passant, nous cherchons toujours quelques médecins de plus pour le Conseil médical Santé inc. J’dis ça d’même, là…)

 

MARIE-SOPHIE L’HEUREUX
Éditrice et rédactrice en chef
Marie-Sophie.L’Heureux@cma.ca

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Marie-Sophie L’Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada et pigiste pour d’autres médias.

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