Le GBS à votre rescousse

« J’ai du mal à me remémorer quand, dans ma formation médicale, on m’a enseigné que ma pratique devait compenser les lacunes systémiques. Il m’est arrivé souvent... »

« NOUVELLES » MODALITÉS DE TRAITEMENT

PAR DENISE DROLET, MD  

En avril dernier, j’ai assisté à deux jours de formation continue concernant la médecine de bureau. Le matin de la première journée, un conférencier nous a expliqué les nouvelles recommandations pour l’examen médical périodique de l’adulte de cinquante ans et plus. En après-midi, une conférencière nous décrivait la nouvelle méthode de travail qu’on nomme « accès adapté », méthode qui prône le traitement des problèmes aigus de nos patients au jour le jour en cessant de faire des examens périodiques. Cette façon de faire voit le jour dans le contexte d’une pénurie de médecins et du nombre effarant de patients orphelins.

J’ai du mal à me remémorer quand, dans ma formation médicale, on m’a enseigné que ma pratique devait compenser les lacunes systémiques.

Il m’est arrivé souvent de critiquer la méthode de travail qui demande d’appliquer des lignes directrices de façon automatique sans tenir compte des gbs-drolet-fig1particularités de chaque individu. Par contre, suivre des recommandations officielles issues du travail de plusieurs spécialistes en la matière est une façon de pratiquer une médecine de qualité. L’accès adapté m’apparaît ici comme une solution commode pour le système. Pendant que les médecins doivent s’adapter rapidement à une réalité qu’on leur impose, leurs patients réguliers perdent le suivi préventif dont ils bénéficiaient, et les patients orphelins se doivent d’être reconnaissants à l’égard du gouvernement, qui leur offre enfin l’occasion d’avoir un médecin pour soigner leurs bobos (il ne faudrait pas ambitionner et penser bénéficier aussi de conseils de prévention, quand même !). En ce qui me concerne, j’ai nettement l’impression que médecins et patients « se partagent la facture » pendant que les statistiques s’améliorent au profit du gouvernement en place…

D’un côté, on pourra reprocher au médecin de famille du patient en infarctus d’avoir négligé de diminuer le LDL de celui-ci à 2, et de l’autre côté, on critiquera le temps que prend ce médecin pour faire de la prévention… Vous pouvez profiter d’une visite pour une bronchite ou une entorse pour vérifier si la vaccination est à jour, si la mammographie est faite, si les lipides sont normaux… Ah oui? Est-ce que l’accès adapté inclut une façon de faire tout ça en quelques secondes ?

Actuellement, je me sens prise entre deux feux. Si je travaille de la nouvelle façon et que mon patient se promène avec un LDL à 7 parce qu’il n’a pas eu de grippe, de pneumonie, d’entorse, de plaie, de douleur abdominale, etc. depuis 5 ans et n’a donc pas vu de médecin, et qu’il fait un infarctus ou un AVC le laissant avec des séquelles majeures permanentes, comment pourrais-je me défendre s’il m’accuse de ne pas avoir fait de la prévention en dosant ses lipides, en lui expli- quant les risques, en lui recommandant d’améliorer son hygiène de vie et, surtout, en lui prescrivant le miraculeux Lipitor ?

Et si je travaille de façon plus conventionnelle en rencontrant mon patient une fois par an ou par deux ans et que tout est fait, il ne subira peut-être pas d’événement cardio-vasculaire… mais peut-être que oui. Par contre, j’aurai fait tout ce que je pouvais pour lui. Mais pour l’autre patient, celui qui est très malade tout en étant un patient orphelin que je ne peux pas intégrer à ma clientèle parce que je fais de la prévention avec mes patients en bonne santé, que puis-je faire ? Si nos fédérations et notre Collège continuent de recommander l’accès adapté, est-ce qu’on pourra me poursuivre parce que je ne vois pas les 2 000 patients que je devrais pouvoir voir, ou parce que j’aurais pu sauver ce patient orphelin si je l’avais vu plutôt que de prescrire son Lipitor à mon patient en bonne santé ? Ne suis-je pas fautive d’une manière ou d’une autre ? Finalement, je devrais peut-être prendre ma retraite parce que j’ai trop peur… Impossible : mes patients deviendront des patients orphelins… Vais-je être responsable de l’évolution de leur état de santé parce que j’ai quitté la pratique médicale pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire avant d’être en phase terminale d’une maladie grave, ou complètement sénile ? Récapitulons. Avec l’accès adapté :

  • les problèmes aigus de nos patients réguliers sont traités au jour le jour, mais on cesse de faire leurs examens périodiques;
  • les problèmes aigus des patients orphelins sont traités au jour le jour et ces derniers sont tellement contents qu’ils ne se plaindront pas que l’on ne leur propose pas d’examens périodiques;
  • les éléments de prévention doivent être incorporés au gré des rendez-vous pour problèmes aigus sans égard au temps qu’il faut pour le faire (bonne chance à ceux qui traitent principalement les 45-70 ans… mais n’est-ce pas l’âge de la plupart de nos patients ?);
  • quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils en pensent, les médecins sont soumis à une pression constante et intense.

Comment ne pas rester avec l’impression que tout le monde y perd un peu dans l’équation : les patients et les médecins?

gbs-drolet-fig2Il est évident que la médecine évolue. Il est évident que nos recommandations d’investigations, de traitements, de prévention changeront au fil des ans. Mais je pense qu’il faut conserver notre esprit critique. Le jugement clinique de chaque médecin, sa capacité à adapter les diverses recommandations médicales DOIT passer par une qualité qui m’apparaît essentielle pour pratiquer une bonne médecine, mais qui est vraisemblablement en voie de disparition chez nos gestionnaires : je parle du « gros bon sens ». Le GBS, cette qualité qui nous amène à trouver un équilibre entre la médecine préventive et la médecine curative, entre les besoins des patients et la capacité du système de santé, entre les nouveautés toujours plus coûteuses et les classiques plus réconfortants.

Y a-t-il encore de la place pour les médecins qui s’efforcent de suivre les lignes directrices établies par des spécilistes compétents tout en tenant compte des spécificités des individus ? Ceux qui travaillent au meilleur de leurs compétences, mais qui admettent qu’ils ne peuvent pas tout faire ? Ceux qui s’assurent d’être à la fine pointe des connaissances médicales afin d’offrir le meilleur à leurs patients, mais qui gardent comme priorité le bien-être de ces derniers ? Ceux qui font leur possible, mais pas de miracles ?

Tout bien considéré, je pense qu’il y aura toujours de la place pour ceux qui pra-tiquent la médecine avec, comme principe de base, « le gros bon sens », et ce, pour le bien de tous ! Au plaisir de vous lire ! telordd@hotmail.com

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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