« Bonyeu donne-moé une job »

Ceux qui viennent d’entrer n’ont pas à craindre [le chômage], croit-elle. Ils n’auront peut-être pas le travail qu’ils souhaitent là où ils le souhaitent, mais ils auront un poste...

LES FUTURS MÉDECINS SPÉCIALISTES CRAIGNENT DE CHÔMER

PAR GUY SABOURIN  

La perspective de chômer après leurs longues études stresse trois futurs médecins spécialistes sur quatre.

Au même moment, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le Collège des médecins et la FMSQ restent convaincus que les mécanismes d’équilibre de la main-d’œuvre médicale fonctionnent bien. Selon eux, aucun médecin ne manquera d’ouvrage à court et à moyen terme. Cela ne veut pas dire que tous auront le poste rêvé au jour un de leur carrière.

QUI EST LE PLUS PRÈS DE LA VÉRITÉ?

chomage-sabourin-fig1« Si vous voulez parler de chômage, notre conversation ne sera pas très longue, car il n’y a pas de chômage », lance celui qui préside le Collège des médecins du Québec, le Dr Charles Bernard.

Il nuance un peu plus tard sa boutade : « Je ne crains aucun chômage pour la prochaine décennie environ. Après, on ne peut savoir. Personne n’a de boule de cristal. »

« Il n’y a pas de chômeurs médicaux au Québec et il n’y en aura pas, assure aussi le Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ. Nous avons convenu avec le gouvernement qu’il y aurait toujours assez de postes ouverts pour le nombre de finissants. Le rythme d’ouverture peut varier, mais, au total, il y en aura toujours assez. »

La médecine est le seul secteur de formation universitaire qui contrôle l’entrée des étudiants et la sortie des médecins afin qu’il y ait du travail pour chacun. « Ce serait anormal qu’il y ait du chômage ; ça voudrait dire qu’on n’a pas bien fait notre travail », ajoute Gaétan Barrette, qui rappelle qu’il peut tout de même y avoir des cycles. À l’époque de sa diplomation, rappelle- t-il, il n’y avait pas assez de postes. « C’était saturé partout. »

Les paroles optimistes ne rassurent pas pour autant ceux et celles qui se préparent à devenir spécialistes. « La FMRQ reçoit plusieurs appels par semaine de médecins qui disent : “On n’a pas de travail, qu’est-ce qu’on fait ? » Ça, c’est la réalité », illustre le Dr Joseph Dahine, président de la FMRQ.

Ce futur spécialiste en soins intensifs chez l’adulte veut des preuves qu’il y aura du travail pour tous : « On aimerait se tromper, mais on ne veut pas juste se faire dire [qu’il y aura du travail]. On veut des données exactes, des gens qui les défendent publiquement et la garantie de travail pour tous. En attendant, nous ne sommes pas rassurés. Nous ne pouvons nous fier qu’à l’expérience sur le terrain de nos membres, qui disent avoir de la difficulté à se placer. »

« Il y a quelques années, on entrait en médecine en ne se posant pas trop la question, tandis qu’aujourd’hui, on n’a pas le choix et il faut revoir notre orientation de carrière en conséquence », déclare Valérie Martel, la présidente de la FMEQ (Fédération médicale étudiante du Québec), qui en est à sa quatrième année d’études en médecine à l’Université Laval.

« J’ai quelques amis qui font leur demande cette année en chirurgie cardiaque. Chaque semaine, des médecins les découragent d’aller dans cette spécialité parce qu’il n’y aura pas d’emploi pour eux. Même son de cloche en neurochirurgie et en orthopédie », déclare un étudiant en médecine qui préfère préserver l’anonymat.

Le cardiologue Simon Maltais, qui dirige aujourd’hui le programme de greffe et de cœur mécanique au Vanderbilt University Medical Center, à Nashville (Tennessee), n’a pas trouvé de travail à la fin de ses études en 2009. C’est au Québec qu’il voulait travailler. Même lorsqu’il a bénéficié d’une bourse de recherche (fellowship) d’un an à la clinique Mayo, il est resté en contact avec le Québec. Mais toujours pas de travail à l’horizon.

« J’ai publié, j’ai fait un Ph.D et un fellow. Bref, j’ai fait ce qu’il fallait pour avoir un emploi, mais je n’en ai pas eu, raconte-t-il. Je ne m’attendais pas à ça. »

Alors, il a traversé la frontière. Il en connaît deux, comme lui, formés en chirurgie cardiaque à McGill, qui retapent aujourd’hui des cœurs d’Américains. « Quand j’ai terminé, affirme-t-il, je n’étais pas du tout dans un monde où il y avait plein d’emplois. Au contraire, plusieurs entraient en période de fellowship éternel. »

AUTOMNE 2013 : LA RÉALITÉ

En septembre 2013, au moment d’écrire ces lignes, 686 postes étaient disponibles pour l’ensemble des 34 spécialités médicales, sur un total de 8 403 postes chomage-sabourin-fig2de spécialistes dans la province.

Avec 88 postes à combler, la psychiatrie occupe le haut du pavé en matière de choix, suivie par la gériatrie, avec 43 postes vacants. « En hémato-oncologie et en pathologie, les besoins sont encore très importants », indique Isabelle Savard, directrice de la main-d’œuvre médicale au MSSS.

À l’inverse, avec seulement cinq postes à combler, la chirurgie cardiaque présente l’offre la plus mince.

Le MSSS reconnaît que les possibilités d’emploi diminuent dans certaines disciplines. « On atteindra la situation d’équilibre d’ici 2015 dans quatre spécialités, précise Isabelle Savard. C’est vrai de dire que dans ces spécialités-là, il est possible que ça prenne plus de temps pour trouver un emploi. »

Ces quatre spécialités sont la chirurgie orthopédique, la chirurgie cardiaque, la radio-oncologie et la cardiologie. La FMRQ ajoute de son côté la neurochirurgie, les soins intensifs et l’ophtalmologie. Avec huit postes à combler seulement, la biochimie médicale, la génétique médicale et la médecine communautaire frôlent aussi l’équilibre.

« Certains vont être obligés de patienter un peu, mais ils vont avoir un poste, croit quand même Isabelle Savard. Ils devront peut-être remplacer [des collègues] durant des congés de maternité pendant quelques mois avant d’en obtenir un. »

FORME-T-ON TROP DE MÉDECINS ?

Les facultés de médecine des universités québécoises admettent maintenant 847 nouveaux étudiants par année (depuis 2011) et le feront durant 20 ans encore. Le gouvernement leur a demandé d’ouvrir les vannes en 1999, pour renverser l’étranglement désastreux du début des années 90 qui a conduit à la pénurie de médecins et de spécialistes. Ce chiffre pourrait être revu au besoin selon ce qui se passe sur le terrain.

Au moment d’écrire ces lignes, 7 127 médecins étaient en formation dans les quatre facultés de médecine. Malgré les départs à la retraite réguliers et les décès de médecins, on peut se demander s’il y aura du travail pour tout le monde dans 7 ou 10 ans.

La FMRQ a commencé à avoir quelques frissons dans le dos en 2011. Les éditoriaux sur la pénurie éventuelle se sont multipliés. « Lors de la Journée carrière 2011, c’était assez clair que le nombre de finissants n’avait rien à voir avec le nombre de postes offerts par le gouvernement », se souvient une résidente sur le point de terminer ses études, et désirant aussi garder l’anonymat. « Alors, j’ai commencé à me mettre au courant des postes disponibles et, comme prévu, c’était décourageant. Je pense aujourd’hui que je me trouverai un poste, mais ce ne sera pas sans sacrifices. » Elle s’attend à de longs déplacements quotidiens.

La vice-présidente et responsable des effectifs médicaux à la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, croit qu’il se peut qu’il y ait trop de spécialistes dans le futur, en raison des importantes cohortes d’admissions. Ceux qui viennent d’entrer n’ont pas à craindre [le chômage], croit-elle. Ils n’auront peut-être pas le travail qu’ils souhaitent là où ils le souhaitent, mais ils auront un poste. »

Pour les autres ? Il est clair que les universités devront les informer que les débouchés dans certaines spécialités iront en diminuant. L’ancien président de la FMRQ, le Dr Charles Dussault, en appelle à la transparence, à la responsabilité de chacun d’être honnête. Il faudra notamment mieux orienter les étudiants vers les bonnes spécialités. C’est un enjeu beaucoup plus important que le nombre d’entrées annuelles, croit pour sa part le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, le Dr Pierre Cossette, qui s’est exprimé à ce sujet dans L’actualité médicale en juin dernier.

Aucune des quatre facultés de médecine n’a accepté de répondre à nos questions à propos de l’information qu’elles fournissent ou comptent fournir aux étudiants sur les effectifs futurs requis dans les spécialités.

Au Ministère, on nous explique que les entrées en médecine resteront élevées en raison de réalités nouvelles. Par exemple ? Comme le nombre de personnes âgées ira en augmentant, la demande de soins, et donc la consommation de soins, sera plus grande.

En 2033, le Québec comptera jusqu’à 1 million d’habitants de plus qu’aujourd’hui.

Les diplômés d’aujourd’hui, hommes et femmes, ont beaucoup diminué leur nombre d’heures travaillées pour jouir davantage de la vie. « Il faut plus de médecins maintenant pour accomplir les mêmes tâches qu’avant », signale Diane Francoeur dans un éditorial de la FMSQ.

La féminisation de la pratique engendre de longs congés de maternité. À titre d’exemple, parmi les 290 résidents en médecine ayant demandé leur permis d’exercice au CMQ pour juillet 2013, 191 étaient des femmes et 99, des hommes.

Environ 10 000 médecins partiront à la retraite au cours des 20 prochaines années prévoit le MSSS (c’est presque la moitié des effectifs). Une chose est certaine : 65 ans n’est pas l’âge du départ à la retraite en médecine. En cardiologie, par exemple, au 31 mars 2012, 80 des 458 cardiologues en exercice (17 %) avaient plus de 65 ans. Tous sont d’avis que les départs normaux à la retraite sont plutôt difficiles à prévoir et qu’ils laissent ainsi planer l’incertitude quant aux besoins en effectifs. Plusieurs médecins restent au travail à un âge avancé pour différentes raisons.

Le travail à temps partiel est aussi une tendance qui se dessine ; il faudra par exemple compter deux spécialistes pour pourvoir un seul poste à temps plein. La FMSQ dit apprivoiser cette idée à petite dose.

Autre réalité incontournable : les spécialistes représentaient 55 % des effectifs, les médecins de famille, 45 %. Le Ministère a commencé à renverser la vapeur pour que, d’ici 2017, il y ait 45 % de spécialistes et 55 % de médecins de famille. « Notre grand défi consiste à augmenter substantiellement le nombre de médecins de famille en raison de besoins encore importants, et pour éviter d’avoir des surplus [d’effectifs] en médecine spécialisée », confirme Isabelle Savard.

Pour le moment, personne ne plaide pour une réduction des admissions dans les facultés de médecine, sauf la FMEQ et la FMRQ. L’exposition clinique, le manque de ressources financières et techniques et, bien entendu, le manque de postes pour tous les inquiètent.

DOSSIER

« La FMEQ craint notamment que certains étudiants manquent d’emploi à la fin de leur résidence, ce qui serait inacceptable, surtout dans un contexte où c’est le MSSS qui est responsable de la situation, puisqu’il contrôle à la fois les admissions, les places en résidences et les postes, écrit Jean-Philippe Blais, délégué aux affaires politiques de la FMEQ. Durant l’année 2011-2012, la FMEQ s’est donc positionnée en faveur d’une diminution prudente des admissions au doctorat en médecine. »

LA FMEQ INFORME LES ÉTUDIANTS

C’est dans ce climat d’incertitude que la FMEQ vient de produire la première édition du Guide des résidences 2013-2014. Il est essentiellement consacré aux perspectives d’emploi, spécialité par spécialité, déterminées à partir d’informations provenant de médecins de chacune des spécialités, de l’historique des places offertes en résidence, du ministère de la Santé et de la FMRQ. Les projections sont fondées sur les tendances actuelles et pourraient changer à l’avenir, préviennent les auteurs. Mais elles fournissent au moins une base aux étudiants pour qu’ils se fassent une idée du marché de l’emploi dans leur spécialité.

« Nous avons réalisé ce guide parce que l’information qu’il contient n’est disponible nulle part, explique Valérie Martel. Ni au MSSS, ni dans les universités. La FMRQ nous a donné un bon coup de main. »

L’étudiant en médecine trouvera ce guide à l’adresse suivante : http://issuu.com/acrochette/docs/guide _des_r_sidences_2013-2014_version_pdf

COUPER LE CORDON, UNE SOLUTION ?

«Les résidents voudraient tous avoir un poste à une demi-heure à pied de la Place Ville-Marie ou du Château Frontenac, lance Gaétan Barrette. C’est malheureux; ça n’arrivera pas. Des gens vont devoir occuper des postes en région et c’est normal.»

Selon lui, la finalité première des plans d’effectifs est de répartir équitablement la main-d’œuvre sur le territoire afin que toute la population ait des soins.

« Oui, mais après dix années d’études dans la même ville, on a commencé une vie qu’on ne peut pas déplacer facilement à des centaines de kilomètres », déclare une future spécialiste qui arrive à la fin de son parcours. « Nous avons des enjeux familiaux et personnels à gérer et, malheureusement, un déménagement dans une autre ville ou province n’est pas toujours possible. »

Pour Gaétan Barrette, un poste à l’extérieur d’un centre urbain n’est pas une condamnation; c’est souvent temporaire. « Les mouvements, les fluctuations, ça existe, tient-il à rappeler. Ce n’est pas toujours agréable, mais c’est la vie. »

Trop sédentaires, alors, les jeunes médecins spécialistes ? Trop désireux de ne travailler que dans des centres hospitaliers universitaires ? Joseph Dahine ne le croit pourtant pas : « Notre génération prône la mobilité et le fait de diversifier un peu la pratique et l’endroit de pratique. »

Il explique que, dans le réseau universitaire, les effectifs de chaque spécialité sont nombreux : « Il ne serait pas déraisonnable de penser qu’à tour de rôle, selon les possibilités de chacun, on puisse aller faire deux semaines, deux fois dans l’année, ailleurs qu’au centre-ville de Québec ou de Montréal. »

Voilà une solution bien meilleure, à ses yeux, que celle d’obliger un spécialiste ou un surspécialiste à s’installer loin d’une ville, là où il n’y a peut-être pas assez de patients pour conserver ses habiletés ni de collègues dans son domaine avec qui échanger au quotidien. « La tâche de servir les régions pourrait [revenir] non pas à un seul individu, mais à un groupe de médecins. Ce serait, à nos yeux, une solution tout à fait acceptable. »

Joseph Dahine soutient que la génération des 25-45 ans est également ouverte au partage et au temps partiel, mais que les règles actuelles ne les favorisent pas.

PREM, PEM ET CALCULS

chomage-sabourin-fig3Au Québec, les grandes instances (Collège, FMSQ, FMOQ, MSSS et universités) se réunissent autour de la Table de planification des effectifs médicaux, où l’on organise, pour cinq ans, les effectifs médicaux en jonglant avec plusieurs variables : les besoins de la population sur le territoire, l’argent qu’on peut dépenser, les médecins qui partiront à la retraite et qui décéderont, les équipements dont on dispose, etc.

De cet exercice, on tire deux grandes données. Les PREM (plans régionaux d’effectifs médicaux), qui représentent le nombre de médecins attribués à chaque région administrative du Québec, omnipraticiens et spécialistes compris ; et les PEM (plan d’effectifs médicaux), qui constituent le nombre de médecins dans chaque spécialité qu’un établissement peut recruter. Les futurs spécialistes scrutent donc les PEM pour se trouver un emploi.

PREM et PEM sont ajustés chaque année entre les plans quinquennaux, selon les mouvements sur le terrain. Marge d’erreur de l’exercice ? Selon Isabelle Savard : 0,01%. « Nos outils de planification sont très performants. Ils sont basés sur des données réelles. Les changements sont introduits en cours de route chaque année », assure-t-elle.

Mais à long terme, l’incertitude peut s’insérer dans les prévisions, nuance-t-elle ensuite. Il suffit qu’il y ait des changements dans les services, des ajouts de professionnels de soutien, une augmentation de la productivité des médecins, moins de départs par attrition que prévu pour changer la donne. C’est pourquoi l’exercice est refait chaque année.

« On ne peut accepter aucune marge d’erreur », insiste Joseph Dahine. Si on forme trop de médecins aux frais des contribuables, ces médecins chômeurs devront aller pratiquer ailleurs. C’est une perte. Si on n’en forme pas assez, les listes d’attente ne baisseront pas.

Les postes disponibles (PEM) peuvent être comblés par des résidents finissants, des médecins étrangers avec permis restrictifs, des médecins professeurs ou chercheurs ou des médecins en pratique qui désirent changer de région.

« On a mis la pédale douce sur le recrutement des médecins étrangers, explique Isabelle Savard. On ne pouvait les attirer et avoir, en même temps, des résidents en surplus. » Seuls les dossiers dits prioritaires, en référence à des spécialités où il y a des pénuries importantes, sont mis en circulation par Recrutement Santé Québec, l’organisme qui recrute des médecins étrangers.

Le MSSS explique aussi que tout ce qui est prévu n’arrive pas aussi vite que voulu. « Par exemple, [les] délais dans la construction de certaines infrastructures et [les] retards dans l’arrivée d’effectifs en grande quantité dans la couronne de Montréal pour que les gens puissent se faire soigner près de chez eux », explique Isabelle Savard.

À la FMSQ, on déplore le manque des « plateaux techniques » promis livrés au compte-gouttes. Les agrandissements de blocs opératoires tardent aussi à voir le jour. Cela signifie qu’un certain nombre de postes, pourtant prévus aux PEM, ne se comblent pas tout de suite.

« L’absence d’accès aux plateaux techniques, malgré les longues listes d’attente, est beaucoup plus inquiétante en cette ère de compressions, et peut représenter une forme de chômage déguisé », écrit encore Diane Francoeur.

Une autre précision de taille s’impose : « Le nombre de postes affichés ne correspond pas forcément aux besoins ou à la réalité », explique Joseph Dahine. C’est ce que la FMRQ appelle des « postes virtuels », une situation qu’elle déplore. Hôpitaux ou CSSS les affichent, mais ne les comblent pas par manque de budget, de personnel de soutien ou encore d’équipement. Croyant à un véritable poste affiché, les résidents soumettent leur candidature et se butent à une porte close.

« L’impression des gens responsables du recrutement médical dans nos cinq hôpitaux à Québec, c’est “débloquez les PREM et on embauchera dans presque tous les secteurs”, explique la relationniste du CHUQ, Isabelle Saint-Pierre. Si le médecin chercheur d’emploi est bloqué, ce n’est pas parce qu’on n’a pas besoin de lui, même en spécialité, c’est plutôt parce qu’on n’a pas le droit de l’embaucher. » Les autres centres hospitaliers universitaires interrogés n’ont pas voulu répondre à nos questions.

DE PLUS EN PLUS DE MÉDECINS

Le MSSS a calculé les besoins futurs en médecins à partir de différents scénarios.

Pour maintenir l’offre de service actuelle, il faudra 11 400 médecins spécialistes et 10 660 médecins de famille (pour un total de 22 060) en 2032. Mais si on choisit de répondre aux besoins de la population, ce qui n’est pas encore le cas (actuellement, on gère l’offre de service, plutôt que les besoins de la population, déplore la FMSQ), il faudrait 12 200 spécialistes et 11 840 médecins de famille (pour un total de 24 040).

La FMEQ a fait ses propres calculs et arrive à des conclusions différentes. Si le gouvernement maintient le cap sur ses politiques actuelles, explique Jean-Philippe Blais, il pourait y avoir 12 650 médecins spécialistes dans 20 ans, soit plus qu’il n’en faut pour combler les besoins de la population, et plus que pour maintenir l’offre actuelle. Cela l’inquiète, puisque ça s’apparente à du chômage pour le futur.

Une chose est certaine, les effectifs sont en train de s’accroître. En augmentant le nombre de ses membres de 542 médecins en 2012, pour un total de 21 511 médecins en exercice, le Collège des médecins a fracassé un record pour le nombre de médecins inscrits au Tableau. Il en brisait un autre en 2013 en remettant 848 permis d’exercice, le nombre record émis en un an.

De 2007 à 2011, le nombre de médecins au Québec est passé de 16 782 à 18 496, selon l’Institut canadien d’information en santé (ICIS). Cela représente un accroissement du nombre de médecins de 10,2 %, tandis que la population a augmenté de 3,8 %.

En 2011, on comptait 23 médecins pour 10 000 habitants au Québec, pour une moyenne canadienne de 21 médecins pour 10 000 habitants. Pour remettre cette statistique en perspective, rappelons que la moyenne est de 26 aux États-Unis (2010), de 33 en France (2013), de 27 au Royaume-Uni (2011) et de 39 en Italie (2010).

Même si c’est globalement une bonne nouvelle pour la population, la FMEQ ne voit pas d’un bon œil l’accroissement des effectifs. « Y aura-t-il un poste pour chacun des médecins formés, des plateaux techniques, des blocs opératoires et des places en résidence en nombre suffisant ? » demande Valérie Martel, consciente, comme tout le milieu médical québécois, du fait que les promesses voyagent plus vite que les budgets. « Voilà ce qui nous inquiète. »

« Les besoins de la population ne sont pas comblés et les listes d’attente subsistent, ajoute-t-elle. Ce n’est donc pas logique que des médecins formés ici ne puissent se trouver de travail et doivent même, parfois, aller ailleurs. »

ALORS ?

Il est clair que les étudiants et les résidents s’interrogent sur le bien-fondé des prévisions qu’on leur offre. Ils se méfient des discours politiques bienveillants et refont les calculs. Même au Ministère, on commence à admettre que le goulot est déjà en train de se rétrécir, au moins dans certaines spécialités. Des voyants lumineux rouges s’allument.

Il ne fait aucun doute, dans ces circonstances, que les futurs spécialistes devront choisir avec soin leur secteur d’activité pour avoir la certitude d’obtenir l’emploi qui leur convient. Le chômage ne gangrénera sans doute jamais autant la médecine que d’autres secteurs d’activité, mais les futurs médecins ont quand même choisi d’intervenir haut et fort, avant que le mal ne se répande. Qui peut les blâmer ?

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