Se donner la priorité

PAROLE DE RÉSIDENT

PAR Dre ANNIE TRÉPANIER, FMRQ

Avoir des révélations ou des inspirations n’appartient pas qu’aux artistes ou philosophes. Nos routes croisent parfois celles d’individus qui nous feront voir la vie différemment. De manière positive, bien évidemment! Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de participer à une table ronde sur la résilience en collaboration avec le programme « Road to Mental Readiness » des Forces armées canadiennes et l’Association canadienne des médecins résidents (ACMR-CAIR), le pendant canadien de la FMRQ. Une équipe spécialisée a bâti, au cours des sept dernières années, un solide programme afin de favoriser la résilience des soldats canadiens et d’ouvrir la discussion sur la maladie mentale, et ce, afin de mieux préparer ces hommes et ces femmes à l’adversité. Le sentiment de vulnérabilité, à la suite des pressions du milieu ou de traumas, en aura surpris plus d’un. Nous avons écouté ces témoignages de soldats ayant souffert en silence, se croyant seuls dans leur combat et trop souvent ensevelis sous la honte de ne pas avoir été « assez forts ».  Les facteurs de risque cités ressemblaient étrangement à plusieurs des caractéristiques de la formation médicale : contrôle limité sur le travail, adaptations et changements fréquents, faire face à la mort, etc.

resilience-trepanier-f2Discuter entre nous de nos peurs, de nos anxiétés ou de nos difficultés se fait à mi-voix. Pour parler de nos bons coups par contre, pas de problème! La culture de la réussite et le déni de la vulnérabilité ne rendent pas facile la prévention, car plusieurs choisiront de se taire. Malheureusement, ce silence n’enlève rien à la souffrance que plusieurs de nos collègues vivent. Au sein de plusieurs professions, les erreurs ne sont pas perçues comme une tare, mais plutôt une occasion d’apprentissage et de perfectionnement. Les membres de ces professions en sont conscients et apprennent ainsi à mieux gérer quotidiennement leurs tâches et responsabilités. Alors, de quelle façon nous, les médecins, serions-nous différents de ces professionnels? Nous ne le sommes pas. C’est un double standard que la profession médicale s’est elle-même imposé.

En quoi l’exemple cité ci-dessus est-il lié à la résilience? La révision d’erreurs médicales consiste en l’application d’une stratégie parmi tant d’autres pour favoriser la planification, la résistance au stress (ou aux traumas) et l’amélioration de la pratique, tout en diminuant le stigma d’être « l’exception » à ce qui est en fait une règle. La résilience signifie la mise en place d’un ensemble de stratégies permettant de faire face au stress sans excéder nos réserves. D’ailleurs, la source populaire Wikipédia la définit concrètement comme étant la capacité d’un organisme ou d’un groupe à s’adapter à un environnement changeant. Ce qui permet à chacun d’entre nous de récupérer à la suite d’un événement de stress important varie d’un individu à l’autre. Il est ainsi important et nécessaire de connaître nos propres échappatoires, nos méthodes de ressourcement, nos petits bonheurs de la vie. Reprendre ses cours de yoga ou de chant, appeler ses amis, marcher dans la nature… Peu importe de quelle manière on le fait : se mettre en priorité est vital.

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Dre Annie Trepanier

La Dre Annie Trépanier est présidente du comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)