Petit train va loin

L’organisation d’un retour progressif nécessite un travail de communication et d’aménagement avec les équipes et milieux hospitaliers concernés.

PAROLE DE RÉSIDENT

PAR DRE ANNIE TRÉPANIER, PRÉSIDENTE
Comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)

Print

 

 

C’est incroyable à quel point une conversation entre collègues à la cafétéria peut paraître banale, mais être à la fois révélatrice de sujets importants.  Serait-ce le climat plus convivial et nonchalant qui instigue ce type de rapprochement? Peu importe la raison, ces moments sont souvent riches de sens. Ce qui m’amène à vous entretenir d’un mardi midi qui m’a tout particulièrement fait réfléchir.

Même si, pour maintenir l’anonymat, plusieurs informations ont été modifiées, la problématique resilience-trepanier-f2et la discussion qui y est rattachée n’en demeurent pas moins significatives. Une collègue, résidente séniore dans une spécialité médicale, a souffert d’un problème de santé au cours de sa résidence. Ladite maladie nécessitait autant des traitements chirurgicaux que médicaux. Aujourd’hui guérie, soulagée et de retour au travail, elle garde malheureusement un souvenir doux-amer de son congé de maladie. Le programme, ainsi que son directeur, a été des plus ouverts et réceptifs aux besoins immédiats de cette jeune femme. Quitter temporairement les stages n’aura pas été compliqué; le véritable défi aura plutôt été le retour au travail. Dans ce cas, la résidente a dû reprendre le travail à temps plein, et ce, malgré un état de santé précaire. Les traitements médicaux l’avaient affaiblie, fatiguée physiquement, lui imposant un rythme de vie qui ne pouvait être le sien.

Consciente de son état, elle s’était portée volontaire pour reprendre le travail à temps partiel à ses propres frais, mais en vain. Après de nombreuses discussions, les solutions n’étaient pas nombreuses pour favoriser un retour graduel correspondant aux capacités du jeune médecin.

Actuellement, dans l’entente collective des médecins résidents, rien n’oblige les établissements à développer et à soutenir ce temps d’adaptation suite à un congé de maladie ou un congé de maternité, puisque les résidents sont leurs employés. Certains milieux ont créé leur propre version du retour progressif au travail, mais ils ne sont pas légion et ce processus demeure à leur discrétion.

Et pourtant, le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) apporte un soutien inestimable aux médecins québécois nécessitant une intervention de ce type, tant pour un problème de santé mentale que de santé physique. Le Collège des médecins du Québec peut aussi jouer un rôle important auprès des établissements pour un médecin en exercice qui a besoin d’un retour au travail à temps partiel, de façon temporaire ou permanente. Malheureusement, pour les médecins résidents, le volet académique complique le processus.

L’organisation d’un retour progressif nécessite un travail de communication et d’aménagement avec les équipes et milieux hospitaliers concernés. Malgré les réticences, plusieurs adaptations de l’horaire et du milieu de travail peuvent être mises en place avec succès pour permettre à ces médecins de réintégrer leur milieu.

Nous pouvons admettre que ce type d’intervention est coûteux en temps et en ressources humaines. Cela dit, un retour trop rapide peut avoir des conséquences encore plus coûteuses à moyen ou long terme. L’exemple de ma collègue n’en est qu’un parmi tant d’autres, le médecin résident n’étant pas plus immunisé aux problèmes de santé physique ou mentale qu’un autre être humain. L’ironie de cette situation est tout de même évidente : ne pas pouvoir appliquer les recommandations reconnues dans notre milieu pour notre propre bien- être. S’il est difficile d’obtenir ces adaptations pour une maladie physique bien concrète, imaginez la maladie mentale!

Afin de changer cette situation, nous devons nous aussi croire à la nécessité d’un retour progressif. Il ne s’agit pas d’une idée nouvelle, mais d’une idée qui, je l’espère, fera son chemin et facilitera les changements. Une idée qui pourrait aller loin, et en aider plusieurs.

Comme on dit si bien, petit train va loin…

A propos de Dre Annie Trepanier

Voir tous les articles par Dre Annie Trepanier
La Dre Annie Trépanier est présidente du comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)

La parole est à vous!

Pour poser une question, envoyer un commentaire, une lettre, un témoignage, un article d’opinion ou une analyse personnelle…

Quoi d’neuf, Docteur?

Quelles sont les dernières nouveautés susceptibles d’avoir des impacts sur  votre vie personnelle ou votre pratique médicale ? 

Vieilles bouteilles, frais bonheur

«D’un point de vue vigneron, le bouchonnage reste l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. C’est aussi la seule qu’il…»

Pétoncles poêlés, salsa maison

«Quand vient le temps de passer de la terrasse au confort de notre salle à manger, c’est aussi l’occasion de profiter pleinement…»

Fonds communs pour médecins

– Fonds FMOQ
– Fonds Professionnels
– Gestion MD