Le répit

PAROLE DE RÉSIDENT

PAR Dre ANNIE TRÉPANIER, PRÉSIDENTE
Comité du bien-être des médecins résidents (FMRQ)
FMRQ

resilience-trepanier-f2Au début de l’année, plusieurs collègues et moi-même nous étions jurés de ne plus laisser la médecine guider nos discussions en dehors des heures de travail. Nous nous retrouvions souvent en cours de soirée à nous dire : « Oh ! On ne devrait pas parler du travail, on devrait décrocher ». Notre groupe d’amis est plutôt mixte, regroupant autant des résidents que des ingénieurs, des comptables, des administrateurs, des artistes et j’en passe. Combien de fois ai-je entendu : « C’est fou à quel point vous parlez de médecine souvent ». L’omniprésence de la médecine dans nos vies de résidents emplit autant nos emplois du temps que nos têtes. Décrocher de notre profession relève parfois du défi, et ce, même durant une belle soirée de fin de semaine. Il y a fort à parier qu’il n’en fut pas toujours ainsi.

Bien qu’être médecin ou résident soit autant une vocation qu’une passion, cela ne devrait pas nous empêcher de nous épanouir dans les autres sphères de nos vies. Il n’est pas toujours évident de nous accorder du temps libre, que ce soit pour nos loisirs ou encore simplement pour ne rien faire. Durant les années précliniques, nous allons à nos cours, nous sortons, nous prenons part à toutes sortes d’associations ; bref, nous vivons la vraie vie universitaire. Puis survient l’externat, et là, les choses se compliquent un peu. Pour certains, il s’agit de la première fois où ils travaillent à temps plein, voire plus lorsqu’on inclut les gardes. Sorties, voyages, activités physiques ou artistiques se font plus rares. On espère que cela sera plus facile durant la résidence. Ce n’est pas faux. Pendant la résidence, nous avons une certaine flexibilité… mais surtout des responsabilités additionnelles. À écouter certains patrons, la situation ne semble guère s’améliorer avec les années. J’entends souvent des collègues dire : « Je n’ai plus le temps de faire ceci ou de faire cela, je n’ai pas le choix ». Je dois admettre me faire prendre moi-même à ce jeu, mais je me rends compte, surtout, que ne pas choisir est un choix.

Devriez-vous vous investir et consacrer de votre précieux temps à des activités, des sorties ou simplement vous découvrir des passions à l’extérieur de la médecine ? C’est essentiel, car décrocher, se sentir libre, se découvrir autrement fait du bien. Notre profession n’est pas exempte de pression et de stress. Il ne s’agit pas nécessairement d’accorder un temps excessif aux autres pans de son identité, mais plutôt de s’accorder certains moments-clés pour se ressourcer. Pour certains, c’est la méditation, pour d’autres, la musique ou le sport. Il suffit de s’accorder du temps pour soi, pour faire autre chose que de la médecine. Être autre chose qu’un médecin n’est pas de l’oisiveté. Je suis toujours fascinée et inspirée par mes collègues qui s’adonnent à leurs passions. Les médias sociaux pullulent de photos de marathons, de week-ends en camping, de concerts de piano, de plongée sous-marine. Socrate nous rappelle d’ailleurs que « le loisir est le meilleur des biens ». Écoutons-le.

Publié dans

Dre Annie Trepanier

La Dre Annie Trépanier est présidente du comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)