Une bonne réforme

Le système a été mal conçu dès le départ, dans le contexte d’une économie en croissance et de prévisions démographiques très optimistes...

LA RÉFORME BARRETTE EST UNE RÉFORME SOUHAITABLE!

PAR AUGUSTIN ROY, MD
Ancien président du Collège des médecins du Québec (1974 à 1994)

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Les protestations contre la réforme du système de santé sont nombreuses, alarmistes et bien orchestrées. Administrateurs, syndicats, médecins et personnel s’inquiètent de leur sort. Cette opposition s’articule autour de trois mots : intérêts, pouvoir et argent. Est-ce une raison suffisante pour stopper cette réforme qui vise à réparer les erreurs des 50 dernières années ? En toute honnêteté et objectivité, je me dois de répondre non.

Ne pas modifier en profondeur le système actuel équivaudrait à le laisser se détériorer progressivement et faire en sorte qu’il devienne insupportable d’ici 20 ans, au plus tard. Le système a été mal conçu dès le départ, dans le contexte d’une économie en croissance et de prévisions démographiques très optimistes : citoyens moins taxés, plus riches et gouvernements presque sans dettes. C’est durant cette période euphorique que fut instauré un régime d’une générosité extrême qui s’est vite bureaucratisé à outrance, déshumanisé, dépersonnalisé jusqu’à être incapable de répondre à une demande exponentielle de services. Les problèmes ont surgim rapidement. Déjà, en 1975 et en 1976, on parlait de « médecine de guerre » dans les salles d’urgence. Toutes les lois de la santé ont par la suite été modifiées au moins une trentaine de fois, devenant toujours plus contraignantes, plus lourdes, plus complexes et conséquemment plus coûteuses et difficiles à appliquer.

J’ai été impliqué personnellement dans tous les débats et toutes les commissions sur l’implantation et la mise en oeuvre de ce système de santé de 1962 à 1994. J’ai été un témoin privilégié de l’évolution du système. Ce qui arrive aujourd’hui a été prédit à maintes reprises avant le début du régime d’assurance-maladie en 1970. Tous alors, y compris les médecins, étaient favorables à la mise en place de ce régime, selon des conditions bien définies, qui n’ont pas été suivies.

Le gouvernement très autoritaire et tout puissant de l’époque a fait fi de l’opinion des médecins. Son ministre de la santé n’a écouté que le front commun des syndicats traditionnels et a procédé pendant trois années à une modification drastique de toutes les lois concernant la santé, changeant complètement en très peu de temps la dynamique qui existait. Le rouleau compresseur était en marche et n’a jamais cessé de rouler depuis.

Aujourd’hui, la santé est malade ; il faut la soigner. La maladie est sérieuse, chronique et structurelle ; elle est devenue systémique. Des lobbys tout puissants se sont formés. Tous les groupes d’intérêts, et ils sont nombreux, tentent de résister au traitement et souhaitent faire dérailler cette réforme nécessaire. Seul un ministre de la Santé extrêmement fort, énergique, compétent, imperturbable, déterminé et bien informé pourra réussir à changer un système devenu dysfonctionnel et à en corriger le tir. Il fera face à de puissants monopoles. D’abord, à une confrérie de bureaucrates, d’administrateurs, de directeurs, de cadres et d’autres bien en selle ; nous en avons eu un exemple éloquent récemment. Ensuite, il aura aussi comme adversaires les syndicats du monde de la santé, des confrères médecins, pas tous évidemment, mais leurs fédérations syndicales qui ont des intérêts à protéger.

Il est difficile pour moi, qui ai servi et défendu avec acharnement une profession médicale noble et performante pendant toute ma carrière, de critiquer les médecins actuels — une minorité heureusement — qui ne remplissent pas leur rôle de médecins disponibles, accessibles et travaillants. Bien sûr, il faut éviter de généraliser. La majorité des médecins omnipraticiens et des spécialistes exercent bien leur profession à l’intérieur des moyens mis à leur disposition. Il est cependant indiscutable et évident que beaucoup trop d’entre eux ne remplissent pas leur devoir de médecin. La médecine, une profession éminemment sociale, dévouée uniquement au bien-être des malades, doit être exercée par des médecins qui ont cette vocation sociale, ainsi que la motivation qui l’accompagne. Pour certains, cependant, la médecine semble en voie de devenir plutôt une profession commerciale, une planque, où le confort et la qualité de vie du médecin priment. Ceux-là n’auraient jamais dû devenir médecins. Cette minorité de médecins est en partie responsable du dépôt des lois 10 et surtout 20. La société a peut-être changé, mais les besoins des patients sont demeurés les mêmes.

Jamais je n’aurais cru qu’un jour un gouvernement serait obligé de recourir à des mesures draconiennes, sûrement difficiles à mettre en oeuvre, mais qui devront néamoins être appliquées rigoureusement. Ce que le gouvernement exige est loin d’être excessif. Un vrai médecin qui respecte une profession consacrée aux soins des malades doit être actif et présent. Beaucoup le sont. Pourquoi pas tous ?

Les médecins jouissent de conditions de travail privilégiées, accompagnées de revenus très supérieurs à la moyenne des gens. Ils ont une grande liberté d’action. En découlent des obligations proportionnelles. Les syndicats médicaux qui, malgré les apparences, ont toujours réussi dans le passé à forcer la main de tous les gouvernements doivent s’interroger sur leur conduite. Ils ont le devoir de collaborer à la mise à niveau d’un système de santé qui doit être juste pour tous et orienté vers une vraie qualité des soins aux malades. Quoi faire pour assurer la pérennité de ce système ?

D’abord, restructurer ses composantes en facilitant les prises de décision. C’est le but de la loi 10. Si elle comporte des imprécisions et des oublis, il est impérieux de les corriger rapidement. Le gouvernement devra aussi, dans la mesure de ses moyens financiers, contribuer à faciliter le travail des médecins. Il ne faudra pas que le même débat reprenne dans 20 ans.

Je formule également les suggestions suivantes, pertinentes pour l’avenir, visant à rendre le système plus performant. Premièrement, établir un ticket modérateur comme il en existe dans les pays les plus développés. La gratuité totale est une erreur. En fait, elle coûte très cher et encourage le gaspillage et la surconsommation. Deuxièmement, accepter la mise en place d’un véritable système privé parallèle, en permettant l’ouverture d’hôpitaux privés et en appliquant intégralement le jugement de la Cour suprême du Canada dans la cause Chaoulli, jugement qui autorise les gens à s’assurer pour la prestation des services médicaux couverts par le régime public. Une concurrence entre le privé et le public serait bénéfique. La liberté d’utiliser son argent disponible selon ses choix est le propre d’une démocratie.

Ensuite, revoir les modalités de financement du système qui sont devenues désuètes. Présentement, le système est financé principalement par à peu près 30 % de la population. Ce sera bientôt un fardeau insupportable qui ne doit pas se perpétuer.

Il faudra également se pencher sérieusement sur la sélection des futurs médecins. Si l’on veut des médecins humains et dévoués, tout en étant compétents et possédant une conscience professionnelle à toute épreuve, il faut cesser de n’accepter principalement que des premiers de classe. Ce mode de sélection prive la population d’excellents candidats. À cette fin, il serait nécessaire que la cote R – ou toute autre mesure du dossier scolaire – soit abaissée considérablement pour permettre à tous les étudiants qui ont une moyenne de 80 % et plus de postuler en médecine. Choisir les futurs étudiants au hasard parmi un plus vaste bassin pourrait être plus équitable. Pour s’assurer du réel désir de ceux-ci de servir leurs concitoyens, le gouvernement devrait décréter en plus l’obligation statutaire pour les nouveaux médecins d’exercer leur profession pendant deux ou trois ans dans des endroits qu’il désigne avant que ces derniers puissent obtenir la liberté de s’installer dans le lieu de leur choix. C’est une suggestion que j’ai faite à quelques reprises dans le passé.

Enfin, il faudra aussi revoir les modalités de rémunération des médecins et favoriser les mesures qui sont susceptibles d’accroître leur productivité. Il deviendrait alors possible d’éliminer progressivement les contraintes imposées actuellement, tout en s’assurant de l’accessibilité de tous les services médicaux partout, en tout temps. Les médecins doivent savoir que leurs fédérations ont approuvé en toute connaissance de cause les pouvoirs que le gouvernement s’est octroyés en 1991 lors de l’adoption de la loi 120—pouvoirs qui ont mené à la mise en place des AMP et des PREM.

Docteur Barrette, vous avez toute ma confiance et mon admiration pour entreprendre une telle réforme. Vous méritez notre respect, ne serait-ce que pour votre décision de relever ce défi. Vous réussirez et le Québec vous en sera reconnaissant.

Précision : Les opinions des auteurs de la section Perspectives ne sont pas des positions officielles du magazine Santé inc., de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales.

Ancien président du Collège des médecins du Québec (1974 à 1994)

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