De liège et de plastique

Le bouchon est un sujet chaud. Il représente l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. Et du point de vue du vigneron... »

JESSICA OUELLET, sommelière et blogueuse

Dans la salle à manger d’un restaurant, le meilleur ami du sommelier est sans doute son limonadier. Un coup sur la coiffe métallique, un twist sur le bouchon, et hop ; le précieux liquide peut être allègrement déversé dans le verre des convives. Lors de mon dernier périple en Nouvelle-Zélande, je traînais mon ouvre-bouteille à tous les services, par principe. Dans les faits, j’ai pu compter sur une main les moments où je l’ai dégainé, et ce, après trois mois. Ce pays est l’un de ceux qui utilisent le plus les bouteilles à capsules à vis. Ces dernières choquent certains et en réjouissent d’autres. Il faut dire qu’entre les bouchons synthétiques, les capsules à vis et la palette des bouchons de liège disponibles, pour ne nommer que ceux-là, on peut s’y perdre. Tour d’horizon sur les principaux obturateurs de bouteilles de vin.

Bouchons

Le bouchon est un sujet chaud. Il représente l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. Et du point de vue du vigneron, c’est aussi le seul qu’il ne contrôle pas. En s’encastrant dans la bouteille, il participe à définir l’identité du vin jusqu’à ce que de joyeux consommateurs décident de le retirer. On s’attend à ce que le bouchon préserve le vin du monde extérieur tout en lui permettant de développer les flaveurs de sa typicité. Il établit, en partie, la faculté du vieillissement en bouteille (les conditions de stockage jouent aussi beaucoup). Outre toutes les attentes techniques, le bouchon transmet une image aux consommateurs. À coup sûr, plus de gens s’émoustillent devant un bouchon de liège naturel qu’un synthétique.

La famille des synthétiques est généralement composée de polyéthylène, un dérivé du pétrole. On les reconnaît souvent à leur allure plastique, et ils sont parfois déclinés en une palette de couleurs plus ou moins chic. La structure poreuse interne varie selon les types de bouchons synthétiques. Bien que pratique a n d’éliminer les fameux goûts de bouchon ou de trichloroanisole qu’on peut retrouver dans le liège, l’aptitude au bouchage sur plus de douze mois s’avère houleuse. Les bouchons de marque Nomacorc sont parmi les plus populaires.

Les capsules à vis performent sur plusieurs points. Parmi les avantages : pas de déviation et conservation homogène des bouteilles. Bien qu’e cace, ce système d’obturation nécessite toutefois une maîtrise technique irréprochable avec une sertisseuse. En d’autres mots, la machine d’embouteillage n’est pas la même que pour les autres types de bouchons. Le principal inconvénient est l’image. Si certains pays applaudissent ce bouchonnage facile d’utilisation, les plus traditionnels dénoncent l’art du « pop » qui se transforme en un « crac » un peu moins glorieux.

Le fameux bouchonnage de liège est un produit obtenu à partir de liège naturel ou aggloméré composé d’au moins 75 % de liège en poids. Cet arbre (quercus suber) du littoral méditerranéen est célèbre pour son écorce spongieuse et subéreuse extérieure. Cette dernière est donc constituée, entre autres, de cellules mortes imperméabilisées par la subérine, une substance cireuse. Parmi les propriétés, notons que le liège est perméable au gaz, particulièrement élastique et compressible, chimiquement stable, résistant au feu, biodégradable et recyclable.

La famille du bouchonnage de liège est grande ; naturel, colmaté, aggloméré, technique et technologique. Grosso modo, le naturel, fabriqué avec la Rolls-Royce du liège, est constitué d’une seule pièce et destiné aux vins de garde. Le colmaté qui suit derrière est un bouchon de liège naturel, dont les défauts de surface ont été comblés avec un mélange de poudre de liège et de colle. En résulte un bouchon plus clair et aux aspérités anodines. Le liège aggloméré est composé de granulés de liège. Ils devraient donc être réservés aux vins de consommation rapide (moins de deux ans). Le bouchon dit technique se distingue par le cylindre central en aggloméré sur lequel a été ajoutée une rondelle de liège naturel sur chaque bout. Le vin est donc en contact avec du liège top qualité. Le technologique est, quant à lui, issu de farine de liège traitée a fin d’éviter les déviances organoleptiques.

Wine Corks

L’entreprise Diams joue du coude dans ce type de bouchonnage.
Le bouchon en verre, créé par un pharmacien autrichien, gagne du terrain. En Alsace, on le retrouve notamment sur les vins destinés à une consommation à long terme, tels que les vins concentrés en sucres. Cet obturateur s’avère complètement inerte. En plus d’être élégant, il est drôlement facile d’utilisation. Le prix élevé reste le principal frein pour les vignerons, et avec le petit recul que nous avons, il est aussi difficile de définir le réel potentiel de vieillissement du vin. Vinolock reste un chef de le dans cette catégorie.

Les producteurs de spiritueux utilisent généralement des bouchons de liège à tête. Il s’agit d’un liège de très bonne qualité agrémenté d’un bout de plastique ou de bois, voire carrément un bouchonnage de verre. Sur les bouteilles de Champagne, on utilise un gros bouchon cylindrique. C’est seulement une fois enfoncé dans le goulot qu’il prend sa forme caractéristique de champignon. Ledit bouchon est constitué d’un cylindre central en aggloméré surmonté de deux rondelles qui sont dirigées vers le liquide. Clin d’œil au bouchonnage de liège technique vu plus haut.

Les notions proposées dans cet article sont une base, certes ; amusez-vous à reconnaître les types de bouchons sur vos prochains vins. N’hésitez pas à sentir les différences lorsque vous les avez en mains et même sous le nez. Le vin est un monde de curiosités. Alors tous à vos limonadiers !

 

SUGGESTIONS DE VINS

PINOT NOIR, CLOUDLINE, ÉTATS-UNIS, 25,60 $
2014 CODE SAQ 11334161
Ce pinot noir de l’Oregon est sympathique et digeste ; on l’invite à l’apéro. C’est sûrement l’heure quelque part ! Dans le verre, ça sent bon les petits fruits rouges. En bouche, le vin se veut frais et les tanins, discrets. Si l’envie vous prend de faire des bouchées en guise d’accompagnement, essayez des tartes nes feuilletées à la tomate.

COLLIOURE, ARGILE, DOMAINE DE LA RECTORIE, 2014, 36,00 $
CODE SAQ 11860111
La cuvée Argile est composée de grenache gris (en majorité) et de grenache blanc. Au nez, des arômes de pierre à fusil, de miel et de fruits jaunes se développent. Le vin en bouche présente d’abord une grande fraîcheur. C’est sec, fin, tendu. Puis, il prend du volume, laisse une finale qui tapisse le palais, donnant une agréable envie de revenez-y. Le fromage de chèvre entretient une relation harmonieuse avec ce vin.

CRÉMANT D’ALSACE, DOMAINE BARMÈS BUECHER, 2012, 23,70 $
CODE SAQ 10985851
Parce qu’il y a beaucoup d’occasions de faire « pop » sur une bouteille de bulles, vaut mieux en avoir une sous la main au cas où. Optez alors pour ce délicieux Crémant d’Alsace. Au nez, des arômes oraux et fruités dominent. Issu de pinot gris, d’auxerrois, de chardonnay, de pinot blanc et de pinot noir, ce mousseux drôlement sec fera chanter vos papilles. Le vieillissement sur lattes de plus de seize mois assure rondeur et complexité en bouche. On le boit juste comme ça, pour le plaisir, ou encore avec un poulet rôti.

Sommelière et blogueuse vins (Le Cellier de Jess).

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