Seul les fous ne changent pas d’idée!

« On détermine nos façons de travailler selon plusieurs critères. Nos préférences, bien sûr, mais aussi nos capacités, nos limites...»

DENISE DROLET, M.D. 

Hé oui, moi qui avais beaucoup de réticences au début et qui avais même écrit quelques lignes pour exprimer mon désaccord concernant l’accès adapté, voilà que je ne jure plus que par cette façon de travailler. Et je ne voudrais revenir en arrière pour rien au monde.

Que s’est-il passé ?

Ma réserve du début se fondait sur deux motifs principaux, le premier étant le sentiment que j’avais qu’on voulait me dire comment faire mon travail… Voilà, c’est dit, mon égo était inquiet !

On détermine nos façons de travailler selon plusieurs critères. Nos préférences, bien sûr, mais aussi nos capacités, nos limites. Quand on est médecin, on doit bien entendu organiser nos horaires selon les besoins de nos patients.

Pourquoi mon agenda était-il devenu ce qu’il était ? Probablement pour une multitude de facteurs qui sont survenus au fil des mois et des années. Comme plusieurs de mes pairs, mes plages horaires étaient remplies des mois d’avance et j’offrais peu de disponibilités en urgence.

Aujourd’hui, c’est le bonheur et je crois franchement que cette façon de faire me permettra de travailler quelques années de plus !

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Mon deuxième motif est que j’avais l’impression que ceux qui en parlaient au début laissaient entendre que c’est simple ! Or, pour un médecin qui a une clientèle composée de plusieurs personnes âgées et vulnérables, comme bien des médecins qui cumulent de  longues années de pratique, l’exercice est long, exigeant et demande une grande patience. En ce qui me concerne, j’estime que ce fut difficile pendant un an… Parce que, pendant un an, j’ai dû expliquer à chacun de mes patients le changement que je prévoyais instaurer. Ce n’était pas simple, car ils étaient tous paniqués à l’idée de ne pas prévoir leur prochain rendez-vous en sortant de mon bureau. Avec raison puisqu’auparavant, quand ils appelaient, il n’y avait jamais de places libres avant plusieurs semaines, voire quelques mois! Comme tous mes patients prenaient leur rendez-vous des mois d’avance, il ne restait jamais de place pour les urgences. Le cercle vicieux était très bien ancré dans mon agenda et en sortir a demandé beaucoup d’énergie.

J’avoue que, moi aussi, j’étais sceptique ! Malgré l’assurance que j’essayais d’afficher, j’appréhendais ce qui s’en venait. Et mon adjointe encore plus !

On a pédalé. Et le grand jour est arrivé ! J’ai ouvert deux semaines en janvier 2016 et advienne que pourra ! Surprise ! Le monde ne s’est pas effondré. J’ai vu la majorité de mes patients qui voulaient être vus et certains même en urgence, le jour même.

Un monde meilleur s’ouvrait à moi. J’ai encore de la difficulté à y croire. Il y a des jours où je me dis que ça va sauter, mais non, et mes patients apprécient mon nouveau mode de fonctionnement. Même si je dois encore expliquer à certains et en rassurer d’autres qui partent toujours inquiets de ne pas pouvoir planifier leur prochaine rencontre, c’est de plus en plus simple.

Naturellement, il n’y a pas qu’une recette d’accès adapté. Le nom le dit, c’est une façon de faire qui s’adapte à la réalité de chacun. Selon vos préférences et les particularités de vos patients, vous choisissez la durée des rencontres ainsi que le nombre de patients par plage horaire et le tout peut varier à votre convenance. Plus il y a de spécificité dans votre journée, plus c’est difficile à gérer pour le personnel. Pour ma part, je n’ai changé ni ma cadence ni mon genre de clients et j’ai choisi la facilité (Paresse naturelle de l’être humain ? Signe du vieillissement qui me talonne de plus en plus ?). Mon horaire est la simplicité même. J’ouvre des places de 30 minutes pour tout et tous, en préservant des urgences de 15 minutes chaque jour.

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Je peux ainsi continuer à faire de la prévention. Parce que j’y crois, parce que ma clientèle y croit et parce que c’est ainsi que je vois la médecine. Mais j’arrive à le faire différemment quitte à faire revenir un patient pour finir ce que je n’ai pas eu le temps de faire dans un premier temps. J’ai aussi commencé à responsabiliser un peu plus mes patients et dans le cas de ceux qui sont moins autonomes, je demande un accompagnateur, si possible un conjoint ou un membre de leur progéniture. Je peux ainsi m’assurer que mes recommandations sont bien comprises et que ce que je demande (investigations et traitements) sera fait. Si tout le monde fait sa part, on y arrive mieux. Après tout, les parents s’absentent du travail occasionnellement pour accompagner leur enfant. Celui-ci, une fois adulte, peut bien leur rendre la pareille quand le parent devient plus fragile. C’est la vie, et un système de santé fonctionnel dans le contexte actuel demande un effort de tout le monde.

Et entre nous, vivre avec un agenda rempli pour les six à douze prochains mois, c’est lourd à porter ! J’en entends certains s’exclamer : « Un an d’attente, impossible ! » Mais oui, c’est possible ! J’ose le dire, c’était mon cas et je sais que je n’étais pas la seule. Certains médecins n’ouvrent pas leur horaire plus de deux à trois mois à l’avance, mais leur liste d’attente couvre facilement les six mois suivants… C’est la même chose. Avec l’accès adapté, c’est terminé. On ouvre deux ou trois semaines et il y a de la place pour tous. Ça vaut le coup de prendre le temps de visionner quelques conférences sur le sujet et de discuter avec des gens qui utilisent déjà cette méthode. On peut ainsi bâtir nos horaires selon le nombre de patients que l’on a et le nombre de plages horaires que l’on offre.

En ce qui me concerne, l’accès adapté a eu pour effet de diminuer considérablement la longueur des listes de malaises accumulés et des «au cas où» (communément appelée la liste d’épicerie)! Je peux ainsi me concentrer sur le problème important sans avoir à gérer une multitude de petites demandes qui se sont ajoutées en attendant le jour de la rencontre. Cela contribue à alléger ma tâche.

Sans oublier qu’au-delà du service mieux adapté à mes patients, je peux m’absenter plus facilement si une urgence personnelle survient (incluant un besoin urgent de congé…) et planifier ma participation à la formation continue, mon horaire n’étant comblé que deux semaines à l’avance. J’ai même pu accepter une cinquantaine de nouveaux patients depuis le début de l’année. Je vais finir par croire au miracle !

Finalement, l’accès adapté est une façon de répondre aux besoins de la population de façon rapide et efficace et, du même coup, s’adapte au médecin qui l’utilise selon ses préférences personnelles.

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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