Enfants, banquier et seigneurs

SOPHIE BERNARD

Dans chaque numéro, découvrez les bonnes lectures qu’a dénichées notre journaliste, que ce soit pour décrocher du travail ou régler les problèmes de l’humanité (ou juste de notre système de santé).

COMPRENDRE LES ENFANTS POUR LES GUÉRIR

littérature-bernard-f3.jpgOn connaît le Dr Gilles Julien pour son engagement auprès des enfants, qui dépasse la pratique de la pédiatrie sociale, profession qu’il a exercée pendant 40 ans. À l’aide de sa Fondation et de ses livres, il s’est toujours porté à leur défense. Auteur de nombreux ouvrages engagés, il vient de publier Enfants à livre ouvert. Avec cette nouvelle parution, le pédiatre social veut proposer un outil qui inciterait à repenser l’aide et l’accompagnement de l’enfance dans une perspective de « village qui prend soin de ses enfants », écrit-il en introduction.

Tout au long de son récit, truffé de cas réels souvent très émouvants, il répète l’importance de voir l’enfant, même le tout-petit, comme un être à part entière, qu’il faut comprendre, en l’observant et en l’écoutant pour reconnaître les signes indicateurs de son mal-être, qu’il soit physique ou mental. Le contexte dans lequel l’enfant évolue demeure crucial, et le Dr Julien insiste sur le fait qu’on doit déchiffrer l’histoire familiale, l’entourage. Lorsqu’il rencontre un enfant pour la première, Gilles Julien se met à sa hauteur, l’apprivoise, par le jeu ou par la parole, avant même de s’adresser aux parents. Toutefois, souligne-t-il à gros traits, il est impératif d’écouter et de respecter ces derniers. Ceux qui le suivent depuis des années le savent, Gilles Julien prône une pratique moins normative, délaissant les questionnaires de dépistage et d’évaluation et favorisant l’observation active.

Enfants à livre ouvert intéressera à la fois les parents, leur entourage, les intervenants, les politiciens et les décideurs. SB.

ENFANTS À LIVRE OUVERT
Gilles Julien, Montréal, Trécarré,
2017, 160 p.

 

CHER BANQUIER…

Il existe deux définitions au mot « cher ». La première : « qui est l’objet d’un grand attachement » ; la seconde : « à un prix élevé ». Dans Petits secrets et gros mensonges de votre banquier, le conseiller financier Fabien Major nous fera plutôt pencher vers la deuxième. Cet ancien journaliste spécialisé en économie lève le voile sur le milieu pas très joli de ce qu’il appelle l’oligopole bancaire, univers dans lequel les six grandes banques mais aussi les autres institutions de financement manipulent le client.

ittérature-bernard-f2.jpgAvec ce bouquin, plus qu’un document à charge contre cet oligopole, l’auteur veut surtout aider les gens qui vivent dans une fausse impression d’impuissance à se prendre en main, leur proposant des outils pour bien gérer leurs finances. Le livre commence par une courte histoire du système bancaire, depuis la Mésopotamie jusqu’à la soi-disant solidité des banques canadiennes. Savez-vous pourquoi les banques gèlent les chèques pendant une période de cinq jours ouvrables ? Si vous n’avez pas la réponse à cette question, procurez-vous immédia-tement l’ouvrage de Fabien Major. Il y explique aussi clairement comment ne pas se faire rouler par le taux de change lorsqu’on voyage à l’étranger.

Les décisions financières sont des décisions émotives, rappelle le spécialiste. Ce dernier donne une foule de conseils pratiques pour aider les épargnants et les investisseurs à se détacher de cette émotivité et à comprendre l’univers de la finance personnelle, entre autres en sachant, justement, choisir son professionnel de la finance personnelle. Son livre est truffé d’anecdotes qui font ressentir l’impuissance des gens face au système bancaire. Le saviez-vous ? Il n’y a pas de saison des REER… SB.

PETITS SECRETS ET GROS MENSONGES
DE VOTRE BANQUIER
Fabien Major, Montréal, VLB éditeur, 2017, 232 p.

LE PETIT DANIEL ET LE GRAND DAN

On connaît le chanteur, l’auteur-compositeur et le musicien Dan Bigras, le défenseur des jeunes de la rue, le porte-parole de l’organisme le Refuge des jeunes et le producteur du Show du refuge, présenté chaque année. Avec Le temps des seigneurs, on découvre l’enfant blessé, l’adulte en reconstruction.

littérature-bernard-f1Le livre commence fort, avec la jeunesse du petit Daniel, comme il s’appelle lui-même dans son autobiographie, qui grandit dans la violence physique, de la part de son père, et psychologique, de la part de sa mère. Comme quoi, deux parents psychanalystes n’assurent pas un équilibre familial Mauvais à l’école – à l’époque, on ne parlait pas encore de TDA –, où il subit les coups et les commentaires des autres, Dan Bigras part à l’adolescence à Québec pour vivre dans la rue. Heureusement, la musique le prend aux tripes. Heureusement, Gerry Boulet arrive dans sa vie et l’aide à mettre sa carrière sur les rails.

Ce récit, saccadé, dans lequel le chanteur (aussi acteur et réalisateur) écrit comme il parle dans la vie, est bouleversant. On y trouve les paroles de certaines de ses plus belles chansons, dont Bête humaine, Ange animal et Pourquoi tu veux, qui sont à l’image de l’homme, parfois rageuses et violentes, parfois douces et déchirantes. Au moment de la sortie de son récit, on apprenait que Dan Bigras souffrait d’un cancer colorectal, pour lequel il a subi une opération. SB.

LE TEMPS DES SEIGNEURS
Dan Bigras, Montréal, Québec Amérique,
408 p.

 

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Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!