Baillargeon, Diouf et Vadeboncoeur

SOPHIE BERNARD

Le Québec malade de son système de santé

À la fois cri du cœur et recension scientifique de données, l’ouvrage La santé malade de l’austé­rité : sauver le système public… et des vies !, sous la direction de l’universitaire et philosophe Normand Baillargeon, reprend des textes commandés par la revue sociale et politique À bâbord ! En cette ère de néolibéralisme, nous arrivons à un décisif changement de paradigme, croient les auteurs.

En février 2017, le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec rendait publique une enquête du Commonwealth Fund qui portait sur la perception qu’avaient de leur système de santé les patients de onze pays industrialisés : Canada, États-Unis, France, Allemagne, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Suède, Nouvelle-Zélande, Australie. On y apprend que le Québec arrive au dernier rang. Les deux premiers chapitres du livre permettent de prendre du recul en revenant sur l’histoire de notre système de santé. Dans le premier, la médecin Marie-Claude Goulet et le chercheur Guillaume Hébert, dans une lettre aux travailleurs de la santé, soulignent qu’aucun gouvernement, depuis l’adoption de l’assurance maladie publique et universelle le 1er novembre 1970 par le gouvernement Bourassa, n’a montré autant d’acharnement à mettre le système de santé sens dessus dessous.

En fait, dès le début des années 1980, l’État commence à ébranler le système. Les gouvernements successifs, libéraux autant que péquistes, remettent en question les acquis, dont les soins dentaires aux enfants de plus de dix ans. On en arrive à une marchandisation de la santé, sous couvert d’austérité. Et pourtant, des solutions existent ; la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et l’APTS en apportent dans les derniers chapitres.

LA SANTÉ MALADE DE L’AUSTÉRITÉ
Normand Baillargeon (directeur), M ÉDITEURS
Saint-Joseph-du-Lac, 2017
151 pages

Le GBS du Dr Vadeboncoeur

littérature_Désordonnances.jpgPersonnalité médiatique connue pour ses positions pleines de gros bon sens, Alain Vadeboncoeur, urgentologue, directeur de l’Institut de Cardiologie de Montréal et chercheur, aime défaire les mythes. Son tout dernier livre, Désordonnances : conseils plus ou moins pratiques pour survivre en santé est un livre qui réunit plusieurs thèmes dont il a souvent parlé dans les médias québécois.

Chaque chapitre aborde un sujet particulier. Ainsi, dès le départ, Alain Vadeboncoeur explique les bienfaits de l’exercice sur la santé générale. Lui-même s’est mis à la course sur le tard et conseille, entre autres, de marcher au moins 15 minutes par jour. Évidemment, l’alimentation occupe une place importante dans cet ouvrage pour lequel l’auteur a pigé dans sa propre vie. Il a aussi créé des personnages, sans doute inspirés de son expérience, pour mettre en contexte certains de ses propos.

Depuis ses débuts dans les médias, le médecin s’adonne à un déboulonnage en règle des chimères des vendeurs de pilules. Les toxines ? On leur fait une guerre imaginaire ! Les superaliments et les antioxydants ? Notre corps est parfaitement équipé pour se nettoyer tout seul, et une alimentation équilibrée évitera d’avoir recours à ces soi-disant superaliments. Le chocolat noir : bon pour la santé ? Là, le Dr Vadeboncoeur se met en mode nuances. Mais, chose certaine, « le chocolat ne prolongera pas votre vie et ne vous guérira de rien ».

Avec humour – on l’imagine écrire ce livre avec un petit sourire en coin –, il a construit son ouvrage à l’aide de nombreuses études, rendant son propos d’autant plus crédible.

DÉSORDONNANCES
Alain Vadeboncoeur, Lux Éditeur
Montréal, 2017
344 pages

Cher grand-père…

littérature_SousArbrePalabres.jpgDix ans après la sortie du premier Sous l’arbre à palabres, mon grand-père disait… Boucar Diouf revient à la charge avec un nouvel ouvrage sur la sagesse populaire de ses ancêtres. Sous l’arbre à palabres, mon grand-père disait… 2.0 revient non seulement sur l’enfance du plus Québécois des Sénégalais, avec des proverbes africains que lui disaient son aïeul et d’autres sages de son enfance, mais aussi sur son arrivée au Québec, alors que le biologiste et océanographe, devenu humoriste, conteur, chroniqueur radio et animateur, débarquait en plein hiver en Gaspésie.

Avec tout l’humour qu’on lui connaît (« Ainsi, au printemps, mon frère, ils sont tellement écœurés de l’hiver qu’ils essaient de bouffer les maudits derniers bancs de neige en les mélangeant à du sirop d’érable. »), et avec aussi beaucoup de poésie et d’autodérision, il raconte des moments, comme des cartes postales, de sa vie d’immigré au Québec. S’il vit parfois, dans sa terre d’accueil, un certain racisme au quotidien, il lui réserve une place privilégiée dans son cœur, puisque c’est ici qu’il a choisi de fonder sa famille.

L’océanographe lève le voile sur des moments de sa jeunesse qui sont autant d’occasions de nous faire découvrir la sagesse africaine, et sur le parcours d’un jeune immigrant noir dans le Québec des années 1990. Dans le dernier chapitre, Boucar Diouf propose cent proverbes choisis et les explique avec un éclairage contemporain. Le livre est parsemé de jolies illustrations signées Philippe Béha. Comme son grand-père disait, « Celui qui passe la nuit dans la mare se réveille cousin des crocodiles ».

SOUS L’ARBRE À PALABRE, MON GRAND-PÈRE DISAIT… 2.0
Boucar Diouf, Les Éditions La Presse
Montréal, 2017
216 pages

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Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!