Chez la douce Sophie

D’origine libanaise, la chef Sophie Tabet a grandi à Montréal. Rapidement, l’ascendant gastronomique de la métropole influence son parcours professionnel. Elle travaille ainsi pendant dix ans sous la gouverne du chef Roberto Stabile chez Primo & Secondo, un excellent restaurant italien de la Petite Italie.

Néanmoins, afin d’élargir ses horizons et de parfaire ses connaissances et son expé-rience, Sophie plie bagage et va alors étudier au prestigieux Institut Paul Bocuse, à Écully, non loin de Lyon. Elle travaillera en France dans différents restaurants étoilés Michelin, puis mettra le cap sur l’Italie, où elle fera la connaissance de son mari, l’expert sommelier Marco Marangi.

De fil en aiguille, Sophie et Marco ouvriront leurs premiers restaurants — Chez Sophie, puis Toto, deux grands succès — au Liban, à Beyrouth.

Nostalgique du Québec, elle décide d’y reposer ses valises après trois ans, en espérant très fort que Marco aimera le Québec, lui aussi. Et heureusement pour elle, il a adoré ! C’est ainsi qu’ils ont ouvert Chez Sophie, dans la Petite-Bourgogne, en 2014.

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En 2018, le restaurant fait peau neuve en offrant un tout nouveau décor très épuré dans les teintes de blanc, de crème et de bleu pâle. On est loin du clinquant bruyant auquel nous a habitués ce secteur fort couru de la ville. C’est un endroit délicat, sobre, qui respire la douceur et l’élégance. C’est l’endroit idéal si on a envie de souligner une occasion très spéciale.

Chaleureusement accueillis par Marco, nous prenons place à l’avant du restaurant, mon invité et moi. Le mixologue du restaurant vient nous voir et nous propose de goûter le cocktail du moment, un Sake Sour, composé de saké (évidemment !), de liqueur Saint-Germain — une liqueur de fleur de sureau —, de jus de lime et de blanc d’œuf. C’est frais, onctueux, et c’est en divin accord avec ces joyeuses agapes.

Marco — on l’appelle Marco, tout simplement, parce qu’il est si gentil qu’on se sent tout de suite proche de lui — dépose ensuite devant nous un petit amuse-bouche de crème de panais nappée d’un filet d’huile d’olive des Pouilles. C’est d’une douceur exquise. On se sent déjà entre bonnes mains.

Un blanc du Domaine de la Sarazinière en main, nous jetons notre dévolu sur nos premières assiettes, un maki de crabe des neiges enveloppé dans une toute fine tranche de mangue bien sucrée, avec mayonnaise au yuzu et gel d’argousier et un œuf parfait garni de carpaccio de daurade. Le maki, en plus d’être un délice visuel, est frais, sucré et acidulé à la fois. C’est original à souhait et sans faute. L’œuf parfait, quant à lui, est un œuf débarrassé de son albumine, ne nous laissant que le jaune au milieu d’une panure frite et croustillante à souhait. Il est entouré de morceaux de carpaccio de daurade, de crème citron, de caviar et de morceaux de poireau fumé. Et il faut vraiment mordre à belles dents dans l’œuf pour comprendre pourquoi on l’affuble du qualificatif « parfait ». Parfait,
il l’est.

On voit bien l’influence du Primo & Secondo au menu de la chef Sophie. En effet, et vous le savez sans doute, dans de nombreux restaurants italiens, on trouvera toujours d’abord les primi — les plats de pâtes — au menu, ensuite les secondi — les plats de viande ou de poisson. Ici, on s’inspire bien de cette façon italienne de découper le menu et on propose des ravioles — de bœuf ou de homard — avant de passer à l’étape suivante. Nous décidons de goûter aux deux types de ravioles, histoire de voir lequel gagnera la palme du primo le plus enlevant de la soirée. La compétition est féroce. Ceux de homard sont servis avec leur bisque de homard et des bébés épinards, tandis que ceux de bœuf sont garnis de cubes de foie gras au cognac, d’une émulsion à l’ail et de jus parfumé au shiitake. Nous finissons par trancher : ils sont tous les deux à se rouler par terre, mais les ravioles de homard touchent la perfection ultime avec leur pâte al dente et leur bisque aérienne juste assez salée. Encore !

Pour le tout dernier plat avant de passer au dessert, nous arrêtons nos choix sur les ris de veau croustillants avec gremolata à la châtaigne, champignons king eryngii, choux de Bruxelles, mousseline de panais, et gastrique de café, ainsi que les pétoncles rôtis avec condiment de gingembre et ciboulette et carotte dans toute sa splendeur. Les ris de veau sont franchement réussis — c’est le principal défi de tout plat de ris de veau, peu importe la qualité des garnitures — et les pétoncles sont dorés à souhait tout en demeurant infiniment tendres au centre. Les accompagnements des deux plats constituent les meilleurs mariages qui soient pour les mets qu’ils doivent mettre en valeur et ils sont visuellement bien présentés. Dans l’ensemble, les plats s’avèrent plutôt petits, mais cela permet de laisser suffisamment de place pour la suite… et la fin.

Pour dessert, le choix est difficile, car tout semble délicieux. Nous tergiversons, nous décidons, nous ravisons, tergiversons encore, puis nous déterminons enfin quels seront les heureux élus. Ce sera le millefeuille à la pistache avec glace au chocolat noir et le pain perdu au caramel au beurre salé avec glace à la vanille et pacanes caramélisées. J’ai peur. Tout est si bon depuis le début que je crains que les desserts ne soient pas à la hauteur. Mais ils le sont, et pas qu’un peu. La glace au chocolat noir qui tient compagnie au joli millefeuille à la pistache est délicieuse. Elle porte sur le chocolat davantage que sur le sucre. Le pain perdu, quant à lui, eh bien, il est justement à en perdre la raison.

Chez Sophie pourrait facilement devenir votre endroit favori. Vous savez, ce genre d’endroit qui ne fait pas toujours les manchettes, mais qui n’en a guère besoin parce que sa clientèle est constituée de distingués et discrets habitués. C’est ce genre d’établissement. Chose certaine, il faut vite courir dans les bras de Sophie si on est en manque de douceur, de finesse et de délicatesse. On y trouvera tout ce que l’on cherche, tant pour l’âme que l’estomac. Sophie, Marco et toute leur équipe vous accueilleront avec joie dans ce lieu exquis qui a encore de très beaux jours devant lui.

 

CHEZ SOPHIE

1974, rue Notre-Dame Ouest
Montréal (Québec)
H3J 1M8
438 380-2365
chezsophiemontreal.com

Du mardi au vendredi
De midi à 14 h et de 17 h 30 à 22 h
Le samedi, de 17 h 30 à 22 h
Environ 245 $, hors vins, taxes et service

Pour joindre Marie-Sophie L’Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice du magazine Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et journaliste voyage pour d'autres médias.