Les vaillants

En cet été préélectoral, je n’ai pas envie de vous parler de Gaétan Barrette, de sa réforme de la santé, des heures des médecins, du taux d’assiduité, du CRDS, du « maudit argent », des heures des infirmières ou du candidat de la CAQ. Non, je n’ai ni envie d’être fâchée, ni de m’insurger, ni de critiquer. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes le 22 juin. Dehors, il fait un temps splendide. C’est enfin la belle saison. J’ai envie d’être positive. J’ai envie de vous donner de quoi vous réjouir un peu. N’en avons-nous pas tous bien besoin ?

Hier soir à Montréal s’est tenue la première des deux rencontres annuelles du Conseil médical Santé inc. (voir section À propos) Pour la petite histoire, le Conseil médical est une idée qui date d’il y a quelques années et qui a été mise en place afin de s’assurer que Santé inc. colle autant que possible aux véritables préoccupations des médecins du Québec et qu’il est au service de la qualité de vie des médecins. Et aussi pour que le magazine soit un peu la « propriété » des médecins, que ce soit un magazine qui leur ressemble. Concrètement, le Conseil médical n’est pas un conseil décisionnel, mais bien un comité éditorial, un conseil consultatif. Un conseil de sages, finalement.

Volontairement constitué de médecins résidents, omnipraticiens et spécialistes de tous les horizons – Québec, Granby, Montréal, Trois-Rivières –, femmes et hommes, peu ou très expérimentés comme médecins, ce « grand petit comité » consultatif a un impact considérable sur les orientations prises par le magazine en matière de contenu. Donc, ce que vous tenez entre vos mains est le fruit d’efforts concertés non seulement de nos journalistes, de nos médecins-chroniqueurs, de nos experts en droit ou en finance, de tous nos partenaires publicitaires… mais aussi grandement de ces huit personnes-là qui y infusent chacune leur expérience, leur vécu et leur avis.

Rencontrer les membres du Conseil est toujours particulièrement intéressant, mais hier soir, je peux vous dire que j’ai compris exactement la raison pour laquelle je faisais et fais toujours ce métier. Avec eux, j’ai le sentiment que je peux quelque chose à ce système de santé complexe et compliqué, à l’information qui y circule, aux choix personnels ou professionnels qui y sont faits jour après jour. Ce n’est pas toujours le fait de véritablement changer les choses qui importe. C’est parfois simplement d’avoir l’impression d’améliorer les choses.

Mon père m’a souvent dit que je devrais me lancer en politique. Mais non, je ne ferai jamais de politique. La fonction que j’occupe est suffisamment politique à mon goût, d’autant plus que je ne me fais pas imposer de « ligne de parti » étant donné l’indépendance éditoriale que m’accordent Joule et l’Association médicale canadienne, un privilège inouï comme éditrice et rédactrice en chef et une vraie chance pour les médecins québécois qui nous lisent. La liberté, ça vaut cher.

Or, si je vous parle du Conseil médical de ce magazine, ce n’est pas simplement pour vous dire que ses membres sont intéressants. Oui, premièrement, ces derniers sont tous, à leur façon, extraordinaires, mais deuxièmement, et surtout, ils constituent la voix du terrain. Ils sont la voix du terrain dont Santé inc. a décidé de se munir pour vous entendre, pour vous écouter. Ce ne sont évidemment que huit voix parmi quelque 23 000 médecins. C’est un tout petit échantillon, c’est vrai. Mais quel échantillon !

Il faut les entendre, ces éloquents émules d’Hippocrate, raconter et expliquer les conséquences de la dernière réforme de la santé, des projets de loi 20, 10 ou 130 sur leur quotidien, le quotidien des infirmières et celui des patients. Il faut les entendre parler du moral des troupes, un moral parfois bon, requinqué par un esprit combatif, parfois complètement dans les talons. Il faut les écouter parler de gouvernance au sein de leur fédération, du fonctionnement de leur CMDP, de la surveillance du Collège, du bon travail des IPS ou de conciliation travail-famille. Il faut les voir suggérer telle rubrique, tel angle, telle façon de faire, tel collaborateur, tel sujet. Pourquoi pas une rubrique Arts et culture ? Pourquoi ne pas parler du corporatisme des autres professions de la santé ? Et intégrer un calendrier des congrès nationaux et internationaux, vous y avez pensé ?

Il faut voir leur enthousiasme contagieux et les entendre joindre leurs voix de spécialistes et d’omnipraticiens pour défendre leurs patients, leur système de santé, la qualité de la médecine québécoise et leur propre santé à eux. Ils sont inspirants. Vous êtes encore très inspirants, chers lecteurs, et qu’importe ce qu’en dit souvent l’opinion publique. Oui, les héros existent encore (voir l’article Où sont passés les héros ?) J’en ai vu et entendu huit hier soir. Je leur ai même serré la main. Je les salue et veux les remercier avec la plus grande sincérité. Bon été à tous !

Pour joindre Marie-Sophie L’Heureux 

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Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et pigiste pour d'autres médias.