Ou fè kè m vibre*

«Da ne peut plus acheter du café en très grande quantité, comme autrefois. Nous avons fait faillite, il y a une dizaine d’années, bien avant la mort de mon grand-père. Malgré tout, les paysans continuent à offrir à Da de lui vendre du café. Quand ils voient qu’elle n’a pas d’argent, ils déposent sur la galerie un demi-sac de café en grains. Da regarde ailleurs, et ils s’en vont sans se faire payer. Ce café va durer une semaine parce que Da en offre à tout le monde. »

Dany Laferrière, L’Odeur du café

J’ai longtemps rêvé d’Haïti. Je n’ai jamais trop compris d’où venait cette envie. Je pense que ça a commencé à l’adolescence, ce soir où je suis sortie dans les bars pour la première fois à Montréal – sans la permission de mes parents, alors à l’étranger. J’avais dormi chez la grand-mère haïtienne d’une copine du secondaire. On était allées danser ce soir-là et étions rentrées au petit matin. Sa grand-mère avait cuisiné. Je trouvais que ça sentait bon et bizarre à la fois, du haut de mes 15 ans de fillette d’école privée du fin fond de Laval qui n’avait à peu près mangé que du pâté chinois dans sa vie. Ça sentait le bout du monde. J’adorais cette odeur.

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Pourtant, comme plein de choses qu’on oublie, j’ai oublié que j’avais envie de visiter la Perle des Antilles. Je n’y suis donc allée que vingt ans plus tard, au mois d’avril dernier. Le jour où je suis partie, j’ai réalisé que je n’avais aucune image précise d’Haïti, à part l’image que je m’en étais faite avec des livres, des films, des reportages et ce que mes quelques amis haïtiens m’en avaient raconté. Je pense que je ne savais même pas que le pays était constitué d’immenses et nombreuses montagnes (je savais donc encore moins qu’« Ayiti » voulait dire « pays montagneux » dans la langue des Taïnos, les aborigènes de l’île). J’avais seulement l’idée que ce pays était un joyeux foutoir. Un grand désordre semi-heureux. Et comme tout bon Nord-Américain qui visite Haïti pour la première fois, je me suis trompée sur toute la ligne. Évidemment. Car Haïti, c’est plus que ça. Tellement plus. Ce pays ne ressemble à rien de ce que j’avais vu jusque-là. Je ne l’ai visité que durant sept jours, mais je peux déjà dire que ce pays est et sera toujours davantage que ce qu’on en voit à la télé ou dans les journaux. Oui, la pauvreté. Oui, les catastrophes naturelles. Oui, les bidonvilles de Port-au-Prince. Mais si on daigne y aller et le visiter dans ses coins les plus reculés, ou on adorera, ou on détestera, mais on ne pourra tout simplement pas être indifférent à son égard. Si on l’est, c’est qu’on est mort.

C’est donc le 25 avril dernier, sur invitation du Réseau national des Promoteurs du Tourisme solidaire (RENAPROTS), que je suis montée à bord du vol direct d’Air Canada pour enfin mettre le cap sur Port-au-Prince, excitée et avide de découvrir ce grand tour rural et communautaire d’un pays que je ne connaissais que par la lorgnette de quelques livres de Dany Laferrière… et que par beaucoup de mes idées préconçues.

LES PIEDS SUR TERRE

Quelques heures de vol plus tard, survolant la mer des Caraïbes, je jette un coup d’œil par le hublot. On aperçoit les montagnes infinies entourées d’eau turquoise ou émeraude. Nous y sommes. Nous arrivons. Nous atterrissons à Port-au-Prince. Mon cœur tremble une première fois.

Après un transport en navette, nous entrons dans l’aéroport. La file est longue, il doit faire environ 42 degrés Celsius, mais un groupe joue de la musique pleine de soleil pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs, locaux et étrangers. C’est déjà la fête. Rudolf Dérose du RENAPROTS nous trouve. Tout au long du voyage, il sera notre guide, notre chauffeur et notre ami. Grâce à lui, tout sera possible.

Une fois les douanes passées, le groupe prend place dans deux véhicules. Je monte à bord d’un 4 x 4 avec le journaliste Jonathan Custeau. Ébaubis – c’est sa première fois ici, lui aussi –, nous nous laissons conduire par le chauffeur à travers les bouchons, les klaxons et la folie manifeste de Port-au-Prince. Mon regard est happé par tout ce qui m’entoure. Nous ne savons plus où regarder. On dirait que je ne suis jamais sortie de chez moi, et pourtant. Les gens, les étals, les recoins, les voitures, les cris, le soleil, les femmes qui marchent lentement, un immense panier vissé sur la tête… Je viens de mettre les pieds là où je ne suis jamais allée. Où je ne sais pas ce qu’exister veut dire.

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De la voiture, j’essaie de croquer sur le vif quelques personnes au passage avec mon appareil photo. On me fait de gros yeux et on me crie après. On m’expliquera plus tard que beaucoup d’Haïtiens n’aiment pas se faire prendre en photo, encore moins de façon inattendue, de peur de se faire voler leur âme. Vu comme ça…

Nous arrivons finalement à l’hôtel La Lorraine, à Pétionville, le quartier chic de Port-au-Prince. C’est avec une délicieuse Prestige bien froide en chemisette (entourée d’une petite « chemise » de givre) et quelques succulents kibbehs que nous faisons descendre toutes ces nouvelles émotions au restaurant de l’hôtel.

Sur place, nous rencontrons les partenaires du RENAPROTS et de Zoom sur Haïti (voir encadré p. 51). Après deux joyeux rhum sour et un poisson boucané, c’est ivre de fatigue (et peut-être un peu aussi du deuxième rhum sour…) que je m’écroule dans mon grand lit.

JACMEL LA BELLE

Le lendemain matin, après avoir flâné un peu dans Pétionville et avalé deux rôties au mamba – un beurre d’arachide pimenté typique d’Haïti – et quelques tranches d’une mangue bien juteuse, je prends la route avec mes compagnons pour le Musée du Panthéon national haïtien. Divisé en deux – une section historique détaillant les sept périodes de l’histoire de la nation haïtienne, et une section culturelle foisonnante –, le musée est le parfait point de départ pour quiconque n’a jamais mis les pieds à Haïti. J’y aurai appris trop brièvement l’histoire des pères de la patrie que furent Louverture, Dessalines, Christophe et Pétion. C’est aussi dans ce musée que j’aurai aperçu le plus grand concentré de toiles artistiques aux mille couleurs. L’envie de toutes les rapporter chez moi pour illuminer ces éventuels jours gris de l’hiver québécois, dans mon petit condo tout blanc, fut difficile à contenir.

Nous avons repris la route, cette fois vers le Colin’s Hotel, à Jacmel, en passant tout d’abord par Léogâne. Là-bas, Markensy Hyacinthe, directeur général d’Expérience Jacmel, nous attend avec son guide, Evens Égalité. Nous les rejoindrons pour un tour de Jacmel après avoir mangé. Affamés, nous atterrissons à l’Auberge du Vieux-Port, où le chef Georges et sa brigade nous attendent avec bananes pesées, fruit de l’arbre véritable, jus frais de grenadine ou de corossol, lambi coco, crevettes coco, poulet djon-djon, riz national et bien sûr… de nombreuses Prestige bien froides. On mange et on boit très bien à Haïti. Je manque d’espace pour vous décrire comme il se doit toute la succulence de la soupe joumou, des langoustes boucanées, du bon bouillon au bôy (saucisse de farine) ou du griot (cubes de porc frit), mais soyez avertis : oubliez ça, la diète. Ce n’est pas l’endroit pour compter ses calories.

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Bien repus de ce festin, nous sommes invités à déambuler dans Jacmel, ville d’artisanat et de culture. À voir les immenses fresques de céramique, les immenses bonshommes de papier mâché utilisés pour le carnaval annuel, les toiles, les couleurs de la ville et les petites échoppes de masques, nul doute : on est bel et bien dans une ville éprise de culture, d’art et de couleurs. Nous marchons des heures durant à la découverte d’un coin de rue, du parvis de la mairie, du bord de la baie ou d’un escalier dédié à René Dépestre. Malgré l’incendie de 1896 et le séisme de 2010, Jacmel a su préserver son patrimoine, son âme, et elle les protège jalousement.

En soirée, nous déambulons sur la pimpante Promenade du Bord de Mer et nous nous arrêtons au bar qui donne sur la baie. Nous mandatons notre fier Sherbrookois-Haïtien de Zoom sur Haïti, Nicolas Demers-Labrousse, pour aller chercher quelque chose à manger. Ce dernier nous ramène de succulents poissons bien fumants et nous montre à jouer aux dominos « comme les Haïtiens » à la lueur des lampes de poche intégrées dans nos téléphones cellulaires. On est bien. Le bonheur est toujours quelque chose de simple.

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Pourtant, malgré ce bonheur, une ombre au tableau : ces enfants sans parents qui supplient la serveuse de nous laisser leur donner nos – abondants – restants de riz. En les voyant engouffrer le riz après qu’elle eut dit oui, j’ai compris qu’on mangeait et buvait très bien à Haïti… quand on pouvait manger. Ils avaient si faim. C’est songeuse que je suis rentrée à notre douillet hôtel ce soir-là. De cette image, mon cœur tremble encore…

SOURIRE, PILER ET DANSER À FOND

Le lendemain : hop ! Balade en pick-up, direction Fond Jean-Noël, dans les hautes montagnes de la commune de Marigot. Fort est mon sentiment de liberté, de joie d’être là, enfin dans ce pays, le sourire aux lèvres. Un sourire qui appelle d’autres sourires de part et d’autre de la route sur laquelle nous roulons. « Partout en Haïti, mais surtout quand tu vas en région, c’est super important de saluer les gens et de leur sourire. C’est de la politesse et c’est aussi pour dire que tu viens ici en amie », m’explique Nicolas, assis dans le fond de la caisse. Nicolas est un bon vivant, qui ne cesse de crier « Ayiti chérie  ! » à tout moment. Il est drôle et met de la vie partout où il passe. Et pour ce genre de conseil, ce n’est pas difficile de l’écouter. On a envie de faire comme lui, et c’est d’ailleurs ce que je ferai toute la journée, saluer tout le monde qu’on croise. Ça l’aura bien fait rigoler, le Nicolas. Mais, pour moi, fille nordique et urbaine, c’était une vraie libération de dire bonjour à tout ce beau monde. La plupart répondent, certains se contentent de sourire et d’autres ne disent rien. Belle leçon que fut pour moi une simple balade en pick-up : apprendre à prendre des risques. Oser sourire. Oser dire bonjour. Oser partir. Oser faire. Oser inviter quelqu’un à aller prendre un verre.

La route vers Fond Jean-Noël est cahoteuse, pour ne pas dire chaotique. Nous montons très haut en montagne. Pendant toute la montée, je me demandais si le 4 x 4 conduit par notre ami, le charmant Dondonnais Henri-David Eustache, allait tenir bon. (Ça brassait à un tel point que j’ai arraché la poignée du portemanteau tellement je la tenais fort.) Nous arrivons enfin tous à bon port, en un morceau. J’avais sous-estimé le talent des Haïtiens à se dépêtrer et à traverser tous les obstacles. D’ailleurs, qu’on ne leur parle pas de résilience, un terme soi-disant colonialiste pour plusieurs d’entre eux. Reste que la résilience, la vraie, les Haïtiens l’ont malgré tout en eux. Peuple de survivants, de bons vivants. Ils sont ensemble et font face à tout. Solidaires et volontaires dans l’inconfort alors que chez nous, il me semble que le confort a beaucoup trop ses aises et que la solidarité, elle, est un titre toujours en chute libre…

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Au sommet, enfin, Fond Jean-Noël et sa terre rouge, sa fière Association des planteurs de café et ses gens. On nous attend avec le sourire et de pied ferme. Ce jour-là, nous visitons la plantation jusque dans ses coins les plus reculés, dégustons les meilleures noix de coco fraîchement cueillies au monde, jouons avec les enfants, puis rencontrons l’inénarrable Gesper Myrtil, fier, bavard et actif septuagénaire de Fond Jean-Noël, et grand connaisseur de la culture du café. Un phénomène sur deux pattes. Il nous fera marcher sur le Chemin joli, nous faisant découvrir au passage tantôt un caféier aux fruits encore bien verts, tantôt un bananier ou un cacaotier, puis nous expliquera poétiquement les étapes de la croissance du plant de café : prière, petit soldat, papillon. Nous pilons ensuite le café en fredonnant et en dansant sur l’air rassembleur de Peze Kafe pour enfin goûter le savoureux produit de ce bel après-midi : un café noir comme l’ébène aux saveurs profondes, dans le bercement du chant et de la générosité des gens des montagnes et des enfants curieux. Autre tremblement dans mon cœur. Doux, celui-là. Nous redescendons la montagne après avoir chacun « baptisé et adopté » une plantule de café. J’ai nommé la mienne Ti Pikan. Les gens de Fond Jean-Noël veilleront au grain (de café, bien entendu).

Nous roulons encore en pick-up, rebonjour et resourire à tous les passants, puis souper au magnifique restaurant Vue sur Mer, à Cayes-Jacmel. Après le repas, musique et kompa sont de mise. J’y danse comme je n’ai pas dansé depuis longtemps, c’est-à-dire follement, en sueur et sans jamais penser au lendemain. J’ai à nouveau 15 ans, et même 5. Ayi bobo !

SURFIN’ HAÏTI

La nuit, nous l’avons ensuite tous passée dans une gigantesque guest-house nichée dans les hauteurs de Cayes-Jacmel, entourée de végétation luxuriante et dans laquelle pousse un immense manguier traversant les étages. Une vraie maison « dans les arbres », construite par Joan Mamique et Christophe Dauba, deux Français passionnés de surf venus s’établir à Cayes-Jacmel. Si on aime loger ailleurs que dans des hôtels, c’est un incontournable de la région.

Le petit-déj englouti, nous descendons en voiture vers la plage Kabik, où l’on admirera les jeunes surfeurs se lancer et s’ébrouer dans l’eau. Ils sont doués, les chenapans ! Il faut les voir aller et défier fièrement la vague. Chris nous explique que ça aura pris quelques années aux jeunes Haïtiens avant de vouloir se lancer dans la pratique du surf, mais que la venue du surfeur et docteur hawaiien Ken Pierce, après le tremblement de terre de 2010, avait changé la donne. Le docteur Pierce a apporté des planches pour les enfants de l’orphelinat pour lequel il travaillait et a créé Surf Haïti, la seule école de surf du pays. Depuis, les jeunes Haïtiens ont un plaisir fou à embrasser la vague tous les jours après l’école. Ils enseignent même aux plus jeunes à présent.

Puis Markensy Hyacinthe propose de nous emmener en excursion pour découvrir Bassin bleu, un endroit magique niché dans les montagnes, où l’eau est si bleue, laiteuse et tiède qu’on la dirait tout droit sortie d’un rêve. Nous le suivons, marchons jusqu’au bassin et plongeons allègrement dans les profondeurs de ce dernier, où la chute se déverse pour alimenter le plaisir des sens des uns et des autres. On dit même que le bassin est peuplé de sirènes, mais qu’elles n’y sortent que la nuit… Il faudra y retourner pour vérifier.

VALLUE : UNE VALEUR INESTIMABLE

Cap le lendemain matin vers d’autres montagnes hautes et lointaines, cette fois dans la commune de Petit-Goâve, dans le village de Vallue. Nous sommes chaleureusement accueillis par Abner Septembre, fondateur de l’Association des paysans de Vallue et président-directeur général du charmant Hôtel Villa Ban-Yen, qui nous accueillera comme la royauté, rien de moins.

Après avoir visité le musée végétal de Zamor et discuté avec Faniel, son grand jardinier, puis rencontré le chocolatier, planté un avocatier avec les jeunes du village, marché jusqu’au bélier hydraulique – lequel a été bâti à la sueur du front des paysans afin d’approvisionner le village en eau potable –, goûté au sublime bon bouillon préparé avec soin par Natacha Jelin, gravi les splendeurs du mont Jalousie et contemplé les baies de Grand-Goâve et de Petit-Goâve, une douce envie de pleurer m’a envahie. Encore une fois, le cœur qui tremble, qui tremble d’émotion devant la beauté de la solidarité des paysans à faire de leur village un village se serrant les coudes, devant la beauté des montagnes, des grandes baies au loin, dans lesquelles mes yeux se noient. Et je ne parle pas de cette visite de la plus belle plage qui soit, celle de Bananier – anciennement appelée Bananier l’État, car réservée aux officiels à l’époque du régime Duvalier, me raconte Abner –, accessible uniquement par bateau. Son eau cristalline, ses hauts palmiers, son sable fin, son soleil doré… Le paradis, pour quelques heures, était là, juste là. Je foulais le sol du paradis.

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Mais, s’il est un autre moment où mon cœur a tremblé très fort (et a eu de la difficulté à suivre aussi…), c’est lorsque Paulius Lamarre, ce « médecin-feuille » de 71 ans du village de Vallue, m’a prise par la main, le soir, sur un air vaudou, après avoir mangé beaucoup de gratin, pour me faire danser, danser et danser encore. Je crois qu’il a dansé de façon ininterrompue pendant trois heures, alors que je réclamais des pauses toutes les quinze minutes. Il refusait que j’aille m’asseoir ou sinon prenait la main d’une autre journaliste. Je ne sais pas quelle fameuse « feuille » consomme, fume ou boit ce vieil homme, mais si danser est le miracle pour ne pas que le cœur et le corps vieillissent, alors je veux bien danser chaque jour de ma vie désormais. Les dieux de la danse n’ont qu’à bien se tenir avec Paulius Lamarre.

Chère Vallue, qui m’a conquise jusque dans mes derniers retranchements, de façon inattendue, insoupçonnée, tes vaillants, courageux et braves gens qui ont bâti tes routes et verdi tes espaces m’ont impressionnée par leur organisation, leur fierté, leur désir de faire de leur milieu un endroit où il fait bon vivre, qui soit le plus indépendant possible, mais toujours accueillant pour l’étranger qui daigne aller à sa rencontre. Je n’ai qu’admiration et respect pour ce que tu es et as réussi. Tu es verdure. Tu es lumière. Tu es joie.

TREMBLER TOUJOURS

C’est le lendemain matin, après une dernière mangue tototte (mangue dans laquelle on perce un tout petit trou à l’extrémité pour en aspirer le jus) et un dernier bol de soupe joumou, que ma vie m’a doucement ramenée à Port-au-Prince, puis Montréal. Celle-ci m’expédiera ensuite à Zurich, puis à Tokyo. Tout ça me donne le vertige. J’ai peur d’oublier. Je ne devrais rien craindre pourtant : Haïti est inoubliable. Mais j’ai peur, car la planète est belle. La planète est grande et riche d’histoires d’hommes et de femmes de bonne volonté. Les tentations vers l’oubli, vers la dilution du souvenir, sont partout. Et s’il y a bien une chose qu’Haïti ne mérite pas, ne méritera jamais, c’est d’être oubliée. Elle mérite au contraire d’être découverte, visitée, revisitée. Vécue. De tous. Au moins une fois. Peut-être que ce pays est comme un de ces rares amours qui traversent notre vie. Une fois qu’on l’a vécu, même s’il n’est plus là, même si on est prétendument « passé à autre chose », on n’en revient jamais tout à fait. Il nous suit toute notre vie durant. Nos voyages en tous genres ne sont-ils pas ce qui fait notre mémoire et constitue notre matrice ? Haïti, je reviendrai te voir. C’est une promesse tout comme l’odeur du café est la promesse d’un instant heureux.

Je ne sais toujours pas pourquoi, mais j’avais besoin de voir ce pays plus que je ne me l’imaginais encore. J’avais besoin d’y plonger. D’y être chamboulée, renversée. Si le pays a vécu un terrible tremblement de terre détruisant tout sur son passage il y a quelques années, j’y ai quant à moi vécu un bouleversant tremblement de cœur. Un profond, heureux séisme. Qui n’entraîne pas tout sur son passage, mais qui me ramènera certainement et rapidement fouler le tarmac de Toussaint-Louverture. Je te connais si peu, Haïti, mais sache que mes plaques tectoniques ont trémulé dans tes bras. Et à compter d’aujourd’hui, ça, je ne pourrai plus jamais en faire fi. Bon bagay. Bon bagay.

*Traduction libre : Tu fais vibrer mon cœur.

Ce voyage a été rendu possible grâce à RENAPROTS, Air Canada, l’agence Passion Terre, Zoom sur Haïti et l’Association des Paysans de Vallue.

 

QUELQUES PRÉCISIONS SUR LES ORGANISATEURS

RENAPROTS

Le RENAPROTS est un réseau regroupant 25 organisations d’expertise de diverses zones éloignées (Fonds Jean-Noël, Vallue, Cayes-Jacmel, etc.) d’Haïti. Son objectif est de mieux faire connaître le tourisme rural communautaire comme moyen d’introduire les concepts du tourisme durable dans l’espace haïtien, tant auprès des résidents d’Haïti que des visiteurs en provenance de l’étranger. Le réseau souhaite également mettre en valeur les ressources humaines, matérielles et immatérielles en faisant participer les gens des collectivités haïtiennes en tant qu’acteurs et bénéficiaires des activités et initiatives touristiques. Une superbe initiative pour les citoyens d’Haïti et pour ses touristes.

ASSOCIATION DES PAYSANS DE VALLUE (APV)

Vallue est une petite communauté de montagne de la section de Petit-Goâve, située à environ deux heures de Port-au-Prince. Les 227 familles de Vallue vivent d’agriculture, d’artisanat, de production et transformation de fruits et légumes ainsi que de services touristiques. Les nombreuses réalisations de l’APV, qui rassemble 60 organisations de la région goâvienne, ont permis à Vallue et à ses communautés périphériques d’avoir accès à des services collectifs. Leur exemple est un succès faisant figure de leader en matière d’écotourisme de montagne en Haïti. Et leur Natacha fait le meilleur bon bouillon du village…

AGENCE PASSION TERRE

L’agence Passion Terre est une agence de voyages basée à Montréal spécialisée en tourisme durable et tourisme engagé. Elle organise des voyages sur mesure ou accompagnés pour une clientèle soucieuse de contribuer à préserver les ressources naturelles, culturelles et sociales à long terme des régions visitées. Ses destinations et ses voyages se font toujours hors des sentiers battus.

ZOOM SUR HAÏTI

Zoom sur Haïti est une agence réceptive basée en Haïti et ayant des bureaux à Montréal. L’agence guide les touristes en quête d’évasion dans la Perle des Antilles. Elle travaille directement en partenariat avec l’agence Passion Terre.

 

Pour joindre Marie-Sophie L’Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice du magazine Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et journaliste voyage pour d'autres médias.