Lire et relire

Ne pas remiser ses rêves

Couverture-Jonatha_B-RoyÀ l’âge de trente ans, alors que sa mère vient de mourir d’un cancer, Jonathan B. Roy décide de partir pour un périple à travers le monde, de l’Angleterre jusqu’à la Malaisie, se donnant sept mois pour arriver en Chine. Pendant un an, il prépare minutieusement son itinéraire et son équipe, faisant des recherches sur des blogues de gens qui ont déjà tenté l’expérience. Ce long périple, il le relate de façon fort sympathique dans le livre Histoires à dormir dehors.

Au fil des kilomètres parcourus, il tissera des liens avec des gens croisés dans ces populations du bout du monde. Il traverse au début des contrées plus hospitalières : l’Angleterre et sa pluie, la France et ses villages, la Slovénie, pour laquelle il a un véritable coup de cœur. Un peu partout, même dans les coins les plus reculés d’Asie, il rencontre des gens qui l’accueillent à leur table ou carrément pour dormir. Il décrit ceux-ci, les photographiant au passage.

Le récit est truffé d’anecdotes : cet animal qui entre dans sa tente alors qu’il campe près de la ville de Nallihan, en Turquie, et dont il sent le souffle chaud pendant la nuit ; ce consul à Bakou qui le fait tourner en bourrique alors qu’il veut obtenir un visa ; ce bol de lait fermenté gentiment offert par une femme au Kazakhstan qu’il aura peine à boire ; ses maladies. En 14 mois, Jonathan B. Roy aura parcouru 18 000 kilomètres dans 27 pays, au début dans le bonheur, vers la fin dans une certaine lassitude.

HISTOIRES À DORMIR DEHORS
Jonathan B. Roy
Éditions Vélo Québec
Montréal, 2018
264 pages

Balade dans Paris avec Dany Laferrière

autoportraitÉtonnant objet que cet Autoportrait de Paris avec chat, le premier livre de Dany Laferrière depuis sa nomination à l’Académie française, où il a pris le siège de l’écrivain argentin Hector Bianciotto. Étonnant d’abord par son format, l’ouvrage ayant la taille d’une bande dessinée. Étonnant ensuite par sa forme, l’auteur ayant écrit son texte à la main, l’accompagnant de dessins quasi enfantins. Les mots s’enchevêtrent autour des dessins. Est-ce un roman ? Un récit autobiographique ? Plutôt un mélange des deux.

Lorsque Laferrière s’installe dans un appartement près de la Gare de l’Est, il trouve un chat à sa porte et l’adopte. Ce chat l’accompagnera tout au long du récit. « Paris est une des rares villes qu’on connaît avant d’y être, écrit-il. On l’a tant lue. Les écrivains aiment la décrire. » Et dieu sait que non seulement les écrivains, mais aussi les peintres, danseurs, musiciens du monde entier ont écumé ses rues. L’auteur nous fait découvrir ceux-ci : Basquiat, Hemmingway, Bianciotto, évidemment, Andy Warhol…

Et c’est sans compter tous les artistes français qui ont écrit sur la Ville lumière : Balzac, Boris Vian, Jacques Prévert… jusqu’au rappeur Doc Gynéco. Dany Laferrière nous entraîne dans les rues, les cafés, les librairies où ceux-ci ont traîné, aimé, créé. L’auteur se voyait comme un homme en trois morceaux : le cœur à Port-au-Prince, l’esprit à Montréal et le corps à Miami. « Paris vient de se joindre à ce bouquet », explique-t-il.

AUTOPORTRAIT DE PARIS AVEC CHAT
Dany Laferrière,
Boréal (en coédition avec Grasset)
Paris, Montréal, 2018
320 pages

Hyperconsommation, quand tu nous tiens !

Consommation incLa consommation est comme une grande maladie d’amour indélogeable qui nous engloutit et nous épuise. C’est avec ce postulat que la journaliste et essayiste Gisèle Kayata Eid commence son livre Consommation Inc. Pourtant, elle ne voulait pas faire un pamphlet, mais plutôt un essai. Nous avons besoin d’une plus grande productivité qui mène au court-termisme, soutient-elle.

Consommation Inc. ratisse large. Pour l’auteure, le village « global » qu’annonçait Marshall McLuhan en 1976 dans Message et Massage, un inventaire des effets (The Medium is the Massage) a tué les villages locaux. Son ouvrage se divise en quatre parties : Publicité, marques et identité ; Marché, mondialisation et misère ; Être, avoirs et valeurs ; puis une série de 68 chroniques plus ou moins longues visant une thématique spécifique : Super Bowl, Black Friday, Forum de Davos, évitement fiscal, obsolescence programmée ou encore Journée internationale de la masturbation, lancée en 1995 par un revendeur de sex toys.

L’essayiste remonte aux Trente Glorieuses, ces décennies suivant la Deuxième Guerre mondiale lors desquelles les pays occidentaux ont connu une forte croissance économique, apportant son lot de surconsommation. En fait, elle va jusqu’à la cour de Louis XIV, le Roi-Soleil, dont les courtisans, tentant de se démarquer, se sont mis à s’habiller de façon grandiose. Gisèle Kayata Eid explique également les mécanismes de manipulation des grandes surfaces : produits placés à une certaine hauteur, emballages gros et attrayants ou encore produits proposés en lot pour donner l’impression d’une économie.

En refermant Consommation Inc., on a envie de tout, sauf d’aller magasiner !

CONSOMMATION INC.
Gisèle Kayata Eid
Fides
Montréal, 2018
200 pages

 

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Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!