Mentor, mentor

Les résidents en médecine jouissent d’un encadrement aidant. Puis le jour vient où ils naviguent seuls. Pour certains, une épaule soutenante lors de cette transition s’avère la bienvenue.

« Des études faites au cours des deux dernières années chez les jeunes médecins ayant de 0 à 5 ans de pratique montrent que de 25 à 30 % d’entre eux aimeraient obtenir un soutien sous forme de mentorat en début de pratique. Ils ressentent le besoin d’être accompagnés », indique la Dre Dominique Deschênes, omnipraticienne et présidente du Programme de mentorat (PdM) au Collège québécois des médecins de famille (CQMF) depuis son lancement en 2015.

Trois années de préparation ont été nécessaires pour bâtir le PdM. Le comité constituant a notamment étudié la littérature scientifique disponible sur le mentorat en médecine et les documents de Mentorat Québec. Il a aussi commandé une étude au Dr Luc Côté, professeur titulaire et chercheur au Département de médecine familiale et d’urgence de la Faculté de médecine de l’Université Laval, afin de mieux comprendre les forces du programme et de corriger rapidement ses limites dès son implantation. Tout cela pour partir du bon pied.

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« Avec tout ce que les jeunes médecins vivent de pression – engagement clinique, exigences ministérielles, instauration du DMÉ, capacité à gérer une équipe –, ils ont manifestement besoin de soutien », poursuit Dominique Deschênes. Ils doivent apprendre à jongler avec plusieurs éléments qui se superposent dans leur vie professionnelle et personnelle. Elle cite la gestion de l’incertitude, du temps et de la clinique, la conciliation travail-famille, le travail interprofessionnel et l’anxiété, entre autres.

Le mentorat touche surtout les sphères du savoir-être et du savoir-faire et peut être vu comme une forme de prévention avant que les inconforts et les misères prennent du poids. Les besoins viennent du mentoré. Le mentor s’abstient de dire quoi faire. Il pratique une communication à base d’écoute et amène le mentoré à se poser les bonnes questions afin qu’il trouve ses propres solutions.

« Les médecins ne comprennent pas tous qu’un mentor peut être aidant et à quel point le transfert d’expertise peut être une forme efficace de soutien », indique Dominique Deschênes. Aucun doute, pour elle, que le mentorat diminue l’anxiété des nouveaux médecins et améliore la qualité de vie quand l’équilibre vie personnelle et professionnelle se maintient. Il brise aussi l’isolement du nouveau médecin. Tout cela grâce à une personne inspirante, soutenante et accessible lors de moments de détresse, en plus de la disponibilité convenue.

Le mentor aussi y trouve son compte. Il comprend mieux la nouvelle génération de médecins, se sent utile et améliore ses compétences interpersonnelles, par exemple. « Finalement, la croissance personnelle survient des deux côtés », croit Dominique Deschênes.

La passionnée du mentorat veut introduire la culture mentorale dans les milieux de la médecine québécoise, comme elle existe dans le monde des affaires et de manière informelle chez les médecins anglophones. Un changement de mentalité peut prendre jusqu’à 15 ans, croit-elle. « Les universités commencent vraiment à en parler et à nous rencontrer par rapport à ça. » Il existe d’autres programmes de mentorat au pays et aux États-Unis. Au Québec, la FMOQ en offre aussi un depuis 2014.

Le CQMF a opté pour un programme structuré auquel adhèrent mentors et mentorés. Il leur est recommandé d’avoir au moins une heure de rencontre par mois, idéalement en personne, ou à l’aide de moyens électroniques s’il le faut. Engagement et continuité sont essentiels. Toute plateforme électronique comme Skype est déjà mieux que le téléphone et les courriels, mais moins efficace que la rencontre en personne, selon l’étude ontarienne Le mentorat à l’ère numérique (1).

Mentors et mentorés apprennent leurs rôles par le biais d’un webinaire de deux heures. Celui-ci aborde entre autres la détermination d’objectifs et différentes techniques de communication. La relation confidentielle mentor-mentoré se fait d’égal à égal, sans jugement.

Les mentors se retrouvent au sein d’une communauté de praticiens pour échanger confidentiellement et obtenir du soutien, au besoin. La dyade mentor-mentoré dure un an, histoire de donner sa chance au suivant. Mais rien n’empêche de la poursuivre de manière informelle.

Les mentorés choisissent eux-mêmes leurs mentors selon des affinités personnelles et professionnelles. Mais advenant le cas où ils n’en ont pas dans leur ligne de mire, le Programme du CQMF leur donne accès à une banque de mentors. Cela peut toutefois engendrer des dyades plus ou moins réussies.

Le Programme doit se poursuivre, se développer et être amélioré, car il répond à des besoins importants de la relève en médecine familiale au Québec, écrit en substance Luc Côté dans son Analyse évaluative de l’implantation du Programme de mentorat du Collège québécois des médecins de famille (2), publiée en avril 2018.

Il recommande au CQMF d’allouer les ressources nécessaires à la pérennité du programme et de le publiciser davantage. Il suggère que mentors et mentorés s’engagent formellement par contrat, en vue d’un nombre minimal de rencontres. Il recommande aux mentors la fréquentation assidue de la communauté de praticiens. La participation active est à ses yeux la pierre angulaire.

POUR RÉUSSIR LE MENTORAT

Les conditions de réussite des programmes de mentorat ont été documentées et publiées dans diverses revues scientifiques. Parmi les plus significatives figurent :

  • l’importance de bien définir l’orientation du programme et les rôles et responsabilités des personnes engagées, soit mentors, mentorés et coordonnateurs ;
  • la formation et le soutien des mentors ;
  • la qualité du jumelage et des échanges mentoré-mentor ;
  • le soutien organisationnel ;
  • l’évaluation continue du programme.

Pour joindre Guy Sabourin

RÉFÉRENCES

  1. Pillon, Sylvia, et Osmun, W. E. (2013). Le mentorat à l’ère numérique, Canadian Family Physician, 59 (4), 209-211.
  2. Côté, Luc. (2018). m, Québec : Université Laval.

 

Guy Sabourin

Guy Sabourin est journaliste et rédacteur pour différents médias et publications.