Pleins feux sur l’investissement responsable

En février 2018, Nikolas Cruz, un jeune Américain de 19 ans, a choisi la Saint-Valentin, la fête de l’amour, pour ouvrir le feu sur des élèves de son ancienne école secondaire de Parkland, en Floride. Le bilan fut catastrophique : 17 personnes ont été abattues, ce qui en fait l’une des pires tueries des États-Unis en près de 25 ans. Malheureusement, ces fusillades sont particulièrement fréquentes dans les écoles de nos voisins du Sud. Il s’agissait de la 18e en 2018 et de la 291e en milieu scolaire depuis le début de 2013, a souligné Shannon Watts, fondatrice d’un organisme qui lutte contre la prolifération des armes à feu. Au lendemain de cette tuerie, un élève de l’école secondaire a déclaré ceci au New York Times : « Cette tuerie est différente des autres ; j’ai le sentiment très net que quelque chose va changer. »

Eh bien, jusqu’à présent, on peut lui donner raison. Après la tragédie, des manifestations, des marches et des discours ont été organisés pour relancer le débat sur le contrôle des armes à feu. Récemment, l’État de la Floride a adopté un projet de loi visant à relever de 18 à 21 ans l’âge légal pour acheter une arme à feu. Plusieurs marques de renom sont aussi passées à l’action pour stimuler un changement de mentalité. Par exemple, les compagnies d’assurances MetLife et Chubb ainsi que les entreprises de location de voitures Hertz et Enterprise ont officiellement mis fin aux avantages consentis aux plus de cinq millions de membres de la NRA (National Rifle Association), le puissant lobby américain des armes à feu.

Dans le monde boursier, quelques annonces ont aussi été faites en ce sens. À titre d’exemple, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a confirmé son intention de se départir de ses actions détenues dans ce secteur d’activité. De surcroît, BlackRock, une société de gestion de placements d’envergure mondiale, s’est engagée à jouer un rôle d’activiste auprès des fabricants et des distributeurs d’armes à feu en matière de politiques et de pratiques commerciales et, pour la première fois, elle offre l’option d’investir dans des fonds communs de placement qui excluent ce type d’entreprises. Il s’agit ici d’exemples d’investissement responsable.

Qu’est-ce qu’un investissement responsable ?

L’investissement responsable fait référence à l’intégration de facteurs environnementaux et sociaux et liés à la gouvernance (ESG) dans la sélection et la gestion des investissements. Voici un aperçu des enjeux dont il tient compte :

Environnement : la pollution de l’eau et de l’air, les changements climatiques, la perte de biodiversité, l’épuisement des ressources, la déforestation…

Société : les droits de la personne, les conditions de travail, la diversité du personnel, la sécurité des produits, le harcèlement sexuel, la protection des animaux…

Gouvernance : les droits des actionnaires, la séparation des fonctions de président du conseil et de chef de la direction, la rémunération de la haute direction, les pratiques en matière de divulgation de l’information financière ainsi que les défenses contre les offres publiques d’achat, les prises de contrôle…

Bien sûr, la pertinence d’inclure ces considérations dans ses choix d’investissement ne date pas d’hier. En effet, les chercheurs Friede, Bassen et Busch ont analysé les résultats de plus de 2200 études publiées entre 1970 et 2014 et ont constaté qu’il existait une relation positive entre l’investissement responsable et la performance financière des entreprises. De même, selon une recherche menée par NN Investment Partners, le simple fait d’exclure les actions de sociétés ayant fait l’objet de controverses augmente le rendement d’un portefeuille. À ce propos, vous souvenez-vous des allégations de pratiques d’affaires douteuses qui pesaient contre l’entreprise québécoise Valeant Pharmaceuticals en octobre 2015 ? Eh bien, un an et demi plus tard, son cours boursier avait perdu plus de 90 % de sa valeur !

« Les paroles sont belles, mais les actes sont révélateurs. »

— Andrea Marrè, artiste musical

Sans contredit, il y a un engouement réel pour l’investissement responsable. Au Québec, on parle d’une croissance de plus de 130 % des montants investis en 10 ans (de 198 à 457 milliards de dollars). Pour les convertis, ce genre de placements va au-delà de la quête du rendement, car il correspond avant tout à leurs valeurs. En effet, de plus en plus d’investisseurs sont critiques par rapport au bien-être des parties prenantes d’une organisation comme les employés, les clients et les communautés ainsi qu’à la protection de l’écosystème, par exemple.responsable-bolducvilla-f1

Qui plus est, les technologies de l’information et de la communication font en sorte que les entreprises cotées en bourse n’ont d’autre choix que de se comporter de façon responsable. Plus tôt cette année, en l’espace de quelques semaines, le cours de l’action de Facebook a chuté de près de 25 % à la suite de l’affaire Cambridge Analytica. (Les données de quelque 87 millions d’utilisateurs de Facebook avaient alors été récupérées à leur insu par cette firme spécialisée dans l’influence politique.) Et que dire du cours de l’action de la chaîne hôtelière Wynn, qui a perdu 20 % en 2 jours en raison d’allégations d’inconduite sexuelle envers son chef de la direction ?

En résumé, que ce soit pour la création de valeur, la conscience sociale ou la réduction du risque, le recours aux critères ESG fait maintenant partie intégrante d’une saine gestion de portefeuille. Or on remarque encore une grande méconnaissance de ce sujet. Selon Rosalie Vendette, conseillère principale en investissement responsable chez Desjardins Gestion de patrimoine, plus des deux tiers des Québécois ignorent en quoi consiste l’investissement responsable.

Heureusement, les récents sondages révèlent que 76 % des répondants souhaitent en savoir davantage et que 56 % d’entre eux se disent prêts à passer à l’action !

À l’image de la polémique sur les armes à feu, nous espérons que cet article suscitera une vague de changements, notamment une plus grande ouverture et un engagement de la part des conseillers financiers à l’égard de l’investissement responsable. Nous avons, nous aussi, l’impression que notre époque est différente et que les choses sont en train de changer…

Pour joindre Jonathan Bolduc ou Daniel Ouellet

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RÉFÉRENCES

  1. Isidore, Chris. (2018, 2 mars). BlackRock turns up the pressure on gun makers.
  2. Conseiller.ca. (2018, 16 janvier ). L’investissement responsable est encore méconnu.
  3. Credit Suisse Research Institute. (2014). The CS Gender 3000: Women in Senior Management.
  4. Delphine Touitou. (2018, mise à jour le 1er mars). Walmart et Dick’s Sporting Goods restreignent la vente d’armes, La Presse+.
  5. Friede, Gunnar,  Bassen, Alexander, et Timo Busch. (2015). ESG & Corporate Financial Performance: Mapping the global landscape,  Deutsche Asset & Wealth Management, décembre 2015 numéro spécial S11.
  6. Guy Taillefer. (2018, 22 février). La tuerie de trop ? Le Devoir.
  7. Bos, Jeroen. (2016, 20 avril). Study confirms contribution of ESG factors to investment performance, says NN IP.
  8. Macor, Leila, et Cuzin, Elodie. (2018, mise à jour le 15 février). Un ancien élève abat 17 personnes dans une école de Floride, La Presse+.
  9. Couture, Pierre. (2018, mise à jour le 1er mars). Le Journal de Québec.
  10. 10  RIA Canada. (2018). Principles for Responsible Investment.
  11. 11 Siegel, Rachel. (2018, 6 avril). BlackRock unveils gun-free investment options,  The Washington Post.
Publié dans

Jonathan Bolduc et Daniel Ouellet

Groupe Ouellet Bolduc