Biais négatif

Commençons par une question : Selon vous, vivons-nous dans un monde qui s’améliore, qui se dégrade ou qui est sensiblement le même depuis vingt ans ? Cette question a été posée à des milliers de personnes réparties dans trente pays, et à notre grand étonnement, la majorité d’entre elles sont d’avis que nous vivons dans un monde qui se détériore ! Comment expliquer un tel résultat ?

Objectivité, subjectivité et vérités

D’une part, compte tenu de l’importance et de l’influence grandissantes des médias dans notre société et du fait que les médias de masse privilégient davantage le sensationnalisme qu’avant, ce qui attire invariablement les mauvaises nouvelles, nous avons l’impression que le monde part à la dérive. D’autre part, comme les expériences et les informations négatives nous frappent davantage que les nouvelles positives, et que nous cherchons à être marqués ainsi, nous nous intéressons constamment aux événements négatifs. C’est ce qu’on appelle le biais de négativité. À ce propos, il est reconnu que 77 % de nos pensées sont négatives ou contre-productives. C’est la raison pour laquelle on dit qu’un client insatisfait fait beaucoup plus de bruit qu’un client satisfait !

Si l’on en croit ce phénomène, il est normal que nous soyons attirés par les événements dramatiques. D’après une étude menée par le professeur Michael J. Robinson, les Américains portent une attention particulière aux guerres, aux attentats terroristes, au mauvais temps (tempête de neige, chaleur accablante) ainsi qu’aux catastrophes naturelles (tremblement de terre, ouragan) et à celles causées par l’homme (explosion, cyberattaque). Sans surprise, de nombreuses études démontrent que, pour chaque bonne nouvelle, 17 mauvaises nouvelles sont diffusées dans les médias !

Pour contrer ce pessimisme, les cher-cheurs Hans et Ola Rosling nous invitent à nous fier plutôt à des critères plus objectifs. Nous adoptons alors une approche plus rationnelle qui nous permet de constater que nous vivons dans un monde meilleur à certains égards. À titre d’exemple, il y a 20 ans, 29 % de la population mondiale gagnait deux dollars et moins par jour. Actuellement, seulement 9 % de la population se trouve dans cette situation. Également, en 1973, l’espérance de vie moyenne était de 60 ans ; aujourd’hui, elle est de 72 ans.

« Un pessimiste voit une difficulté dans chaque occasion qui se présente ; un optimiste voit une occasion dans chaque difficulté. » — Winston Churchill

Comment nos pensées influencent-elles nos investissements ?

À la bourse, le biais de négativité peut nous faire dévier de notre plan. En réalité, lorsqu’ils sont confrontés à des circonstances tragiques rapportées dans les médias, de nombreux investisseurs tentent de « déjouer » les marchés boursiers en restant sur les lignes de côté, une stratégie peu efficace et pourtant souvent observée. À ce sujet, une analyse de quelque 3 900 000 comptes clients chez Fidelity démontre que ceux qui ont gardé le cap entre le 4e trimestre de 2008 et la fin de 2015 ont généré un rendement total de +147 % comparativement à +74 % pour ceux qui ont vendu leur portefeuille d’actions à un moment donné dans le 4e trimestre de 2008 ou le 1er trimestre de 2009, soit en pleine crise financière. De même, plus de 25 % d’entre eux n’ont jamais réinvesti en bourse, et ce, malgré la remontée spectaculaire des cours. Il est donc primordial de se rappeler ceci : bien qu’il y ait 46 % de risque que le S&P 500, le principal indice de référence américain, termine à la baisse dans une journée, il n’y a que 10 % de risque qu’il affiche un rendement négatif sur une période de cinq ans !

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Par ailleurs, saviez-vous que, depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016, le S&P 500 a grimpé de plus de 35 % ? Eh oui, malgré les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, les essais nucléaires en Corée du Nord, les rumeurs de destitution de Donald Trump et le congédiement de l’ancien directeur du FBI, James Comey, l’indice de référence américain a enregistré de nouveaux sommets historiques à la fin d’août !

Voilà pourquoi il est pertinent de faire fi des prévisions alarmistes en misant plutôt sur un cadre d’analyse rigoureux. Pour ce faire, nous utilisons quatre critères pour évaluer les perspectives boursières. Tant et aussi longtemps que l’un d’eux ne se manifestera pas, l’optimisme restera de mise. Dans le cas contraire, la stratégie de portefeuille deviendra alors plus défensive, compte tenu du risque accru d’un recul prononcé des cours boursiers. Voici une évaluation sommaire de ces critères.

Critère n1 – Une récession

En date du 2 août 2018, d’après la Réserve fédérale de New York, la probabilité d’une récession aux États-Unis au cours des 12 prochains mois était de 13,6 %. De plus, selon notre modèle prévisionnel, les conditions liées au déclenchement d’une récession potentielle n’ont pas été respectées. Le risque d’un ralentissement économique demeure donc relativement faible à court terme.

Critère n2 – Des évaluations boursières élevées

En se fiant à son cours de clôture au 28 août dernier (2 898 points), l’évaluation boursière du S&P 500 est plus que raisonnable, selon Yardeni Research. En effet, il s’échangeait à un ratio cours/bénéfice de 17,9 (2 898 points/162,13 $) pour cette année et de 16,2 (2 898 points/178,68 $) pour l’an prochain, ce qui est conforme à son multiple moyen des 25 dernières années (16).

Critère no 3 – Une forte poussée des cours pétroliers

Étant donné leur importance dans l’économie, les cours pétroliers constituent un indicateur. Une augmentation soutenue de ceux-ci exercerait des pressions haussières considérables, notamment sur les frais d’exploitation des entreprises et sur l’indice des prix à la consommation. Par exemple, les flambées des cours pétroliers de 1973, de 1979 et de 2008 ont contribué à une période de ralentissement de l’activité économique mondiale. Présentement, les titres du pétrole sont restés sensiblement aux mêmes prix qu’en 2015 : il n’y a donc aucune inquiétude à avoir à cet égard.

Critère no 4 – Une politique monétaire très restrictive de la Réserve fédérale américaine

Le 13 juin 2018, pour la septième fois depuis 2015, la Réserve fédérale américaine a haussé son taux directeur de 0,25 % pour le porter à 2 %. Elle a aussi réitéré son engagement à le relever à deux autres reprises en 2018, ce qui était conforme aux attentes des participants de marché. Sachant que le taux de chômage aux États-Unis est de 3,9 %, le taux directeur reste historiquement faible. En fait, la dernière fois que le taux de chômage a été aussi bas (en octobre 1999), le taux directeur se situait à 5,25 % ! La Réserve fédérale américaine a donc la marge de manœuvre nécessaire pour normaliser sa politique monétaire.

Comme nous le rappelle si bien Warren Buffett, le plus grand investisseur des temps modernes, « investir à la bourse, c’est simple, mais pas facile ». Il est reconnu que les marchés boursiers ont un biais haussier à long terme. Par exemple, entre 1926 et 2017, le rendement annuel moyen du S&P 500 a été d’environ 10 %. Malheureusement, l’effet combiné de notre biais de négativité et de médias portés sur le sensationnalisme complique la tâche de l’investisseur. Ce dernier imagine souvent le pire pour son portefeuille, ce qui l’amène à retirer ses billes du marché boursier. Compte tenu de ce qui précède, le pessimisme de l’investisseur lui nuit la plupart du temps, ce qui nous donne à penser qu’il vaut mieux voir la vie du bon côté, même à la bourse !

 

 

RÉFÉRENCES

  1. Bofa Merrill Lynch US Equity & Quant Strategy, S&P. (2018). Probability of negative returns over different time horizons.
  2. Curtis Brainard. (2007, 31 août). What kind of news do people really want, Columbia Journalism Review
  3. Fidelity. (2018, 23 janvier ). 6 habits of successful investors, CNBC.
  4. Goldman Sachs. (2017, 21 novembre). Global equities: 10 thoughts for 2018, GS Macro Outlook 2018.
  5. Rosling, Hans et Rosling, Ola. Factfulness: ten reasons we’re wrong about the world–and why things are better than you think, 2018.
  6. J.P. Morgan Asset Management. (janvier 2018). Guide to the markets, Market Insights.
  7. Williams, Ray. (2014, 1er novembre ). Why we love bad news more than good news, Psychology Today
  8. Jakab, Spencer. (2016). Heads I win, tails I win: why smart investors fail and how to tilt the odd in your favor, Portfolio/Penguin Random House.
  9. Kavadas, Ted. (2018, 7 août). The Probability of a U.S. recession – August 2018, Seeking Alpha.

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Jonathan Bolduc et Daniel Ouellet

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