Lire et relire

Je t’aime, tu me trompes

itterature-Un-lien-familialLes histoires d’A, les histoires d’amour […] finissent mal en général. Cette chanson des Rita Mitsouko vient à trotter dans la tête à la lecture d’Un lien familial, le deuxième roman de Nadine Bismuth, qui s’était déjà penchée sur le couple et la fidélité dans son recueil de nouvelles Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, publié en 2001.

Dans son tout nouveau roman, l’auteure québécoise raconte les histoires parallèles de Magalie (Maggy pour les intimes), une designer de cuisines, et Guillaume, un policier. Elle vit en couple avec Mathieu, avocat qui la trompe avec une collègue. Lui est séparé depuis sept ans et a la garde partagée de sa fille préadolescente. Ces deux-là ne devaient pas se rencontrer. Pour atténuer sa douleur, Magalie a une aventure passagère avec Olivier, son partenaire dans une agence de design. Mais Olivier est marié à Isabelle, une blogueuse culinaire montante, également partenaire de l’agence. Magalie et Guillaume ne devaient donc jamais se rencontrer. Toutefois, la mère de Magalie, veuve depuis plusieurs années, commence à fréquenter le père de Guillaume. Dès qu’il voit Magalie, ce dernier en tombe amoureux fou. Nous n’en dirons pas plus, pour ne rien divulgâcher.

Les hommes sont-ils tous guidés par leur membre ? Les couples sont-ils tous voués à l’échec ou, pire, à vivre dans le mensonge ? Nadine Bismuth ancre son roman dans Montréal et ses environs, entre le mois d’août et le mois de mars. Le lecteur passe du point de vue de Magalie à celui de Guillaume, s’attachant à ces deux personnages à la dérive.

UN LIEN FAMILIAL
Nadine Bismuth
Boréal
Montréal, 2018
336 pages

L’essentielle bienveillance pour l’avenir des enfants

litterature-Gnération-blesséeCette génération blessée dont nous parle Rosine Des Chênes dans son plus récent livre n’est pas celle des enfants nés dans des pays en conflit, les enfants qui « souffrent dans leur corps », mais de ceux qui sont nés au cours des dix dernières années dans les pays occidentaux comme le Canada et qui bénéficient de services de santé et sociaux bien établis.

D’ailleurs, le sous-titre de l’ouvrage Une géné­ration blessée le dit clairement : Redevenir bienveillants avec nos enfants. L’auteure se consacre depuis quarante ans à l’éducation des enfants, à leurs parents et à leurs éducateurs. Pédagogue, artiste, conférencière et consultante auprès des familles, elle se base, dans son livre, sur ses propres observations depuis qu’elle travaille dans l’univers de l’éducation. Si elle fait référence à certains pédagogues et chercheurs reconnus (Michel Odent, Frédérick Leboyer ou encore Françoise Dolto), son livre ne se veut pas un ouvrage scientifique, mais un guide pour mieux accompagner son enfant de la naissance à l’âge de 12 ans.

Des liens affectifs entre la mère et l’enfant pendant la grossesse jusqu’à l’apprentissage de l’autonomie des préadolescents, l’auteure y va de nombreux conseils pour toutes les étapes de la croissance physique, mais surtout psychique des enfants. Chaque chapitre comprend des encadrés dans lesquels l’auteure fait part de son expérience vécue. Rosine Des Chênes décortique toutes les étapes de la croissance. Elle se pose une grande question : quelle société voulons-nous ? Et, tout au long de son livre, elle vise à redonner leur place aux enfants et prône la bienveillance envers eux.

UNE GÉNÉRATION BLESSÉE
Rosine Des Chênes
Fides
Montréal, 2018
200 pages

Médecin de cœur

Medecin-de-rue_C1Alors qu’il finissait ses études en médecine, à l’âge de 25 ans, Jean Robert apprend qu’il est atteint de tuberculose. Il est envoyé en sanatorium, traité comme un pestiféré. Cette expérience l’accompagne toute sa vie. Pendant plus de 50 ans, il choisit de travailler avec ceux qui, comme lui, ont été malmenés à un moment ou à un autre de leur vie. Ces vies, il les raconte dans Médecin de rue.

Les études universitaires apprennent aux futurs médecins non seulement à domestiquer, à classer, à contrôler et à combattre les maladies, mais aussi à se placer au-dessus d’elles, explique-t-il dès le début de l’ouvrage, qui se compose à la fois d’expériences vécues, alors qu’il donne la parole à certains patients, et de réflexions sur le système de santé québécois. S’étant spécialisé en maladies infectieuses, le Dr Jean Robert se retrouve presque naturellement à traiter d’abord les prostituées de la rue dans les années 1970, puis les personnes atteintes du VIH, des populations qui entrent souvent en conflit avec la police et la justice.

On sent, à travers tout le livre, une sourde colère contre le système, dont il se montre très critique, le Dr Jean Robert préférant se pencher sur la vie difficile des marginaux que sur les protocoles, qui ne collent pas au vécu de ses patients. Il décide de laisser ces derniers devenir les patrons. Si certains passages sont plus scientifiques, voire historiques, on sort du récit avec l’impression d’un grand humanisme de la part de ce médecin communautaire qui a consacré son existence aux « poqués » de la vie.

MÉDECIN DE RUE
Jean Robert
XYZ
Montréal, 2018
274 pages

Publié dans

Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!