Maghreb Méditerranée

Je rédige les mots qui suivent en écoutant paisiblement la chanson Jazz Méditerranée d’Henri Salvador. Quand on rêve de la Méditerranée, c’est souvent de l’Italie ou de la Grèce dont il est question. Or, s’il est un pays tout aussi méditerranéen que ces deux derniers, c’est bien la Tunisie, dont les côtes se mirent jusqu’à l’infini dans les eaux de cette mer immense séparant l’Europe et l’Afrique. Avec son ciel cérulescent, ses juteuses oranges, ses dattes sucrées, sa culture millénaire, ses hauts minarets et son soleil cuisant, la Tunisie a tellement à offrir que lorsque vous la quitterez, ce sera avec le sentiment urgent qu’il vous faut y retourner…

DÉJEUNER AUX OLIVES

Les premiers instants qui auront gagné mon cœur en Tunisie auront surtout été gustatifs. Nous sommes arrivés en fin d’après-midi au splendide Regency Tunis Hotel de Gammarth, au terme d’un vol direct de près de huit heures, et notre chauffeur, Mahdi Imahmoudi, et notre guide, Issam Khereddine (qui est également directeur canadien de l’Office national de tourisme tunisien), nous emmènent au Saf-Saf de la Marsa. La Marsa est une ville côtière très proche de Tunis et très prisée non seulement des Tunisiens un peu plus aisés, mais également des touristes étrangers. Le Saf-Saf, quant à lui, est une sorte de place publique où l’on peut manger de la bouffe de rue, comme le lablebi, une soupe de pois chiches parfumée au cumin à laquelle on ajoute thon, œufs et, bien sûr, la pâte de piment par excellence, le harissa. Si on cherche bien, on tombera aussi sur des fricassées, succulents petits pains frits farcis de thon en conserve, d’œufs, d’olives noires, de pommes de terre et de harissa. Un délice copieux sur lequel nous nous sommes tous jetés sans retenue. Pas mal pour un tout premier contact avec le continent africain !

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Épuisés par le décalage horaire, nous sommes sagement rentrés à l’hôtel où, le lendemain matin, j’ai plongé tête première dans le labneh, les olives, les dattes et les oranges (les meilleures jamais mangées jusqu’à ce jour !). Le paradis existe et il était là, sous mes yeux, dans ce buffet de victuailles fraîches qui s’étendait, interminable. Déjà comblée, mais avide de goûter à tous ces plats aux noms qui m’étaient totalement étrangers (salade méchouia, chakchouka, makroud), j’ai pris une cuillerée de chaque plat ainsi qu’un makroud, juste pour dire. Le bonheur n’attend pas.

C’est toutefois après mon premier brick, un brick aux crevettes, que le charme s’est vraiment mis à opérer : la Tunisie a commencé à s’installer dans mon cœur pour ne plus jamais en ressortir, et c’est indéniablement par le ventre qu’elle m’aura avant tout conquise.

ERRANCES HEUREUSES

S’il est quelque chose qu’il ne faut pas rater à Tunis – et qu’il est en fait impossible de manquer –, c’est à coup sûr la médina, ou « vieille ville ». Celle de Tunis est d’ailleurs inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979 et c’est l’une des rares à ne pas avoir subi d’incident ou de destruction majeure. Dans cette partie de Tunis entourée de nombreuses portes, comme la porte de France (communément appelée Bab El Bhar ou porte de la Mer, avant le protectorat français), les rues, constituées de pavés, sont presque exclusivement piétonnes. On y erre, heureux et relax, tantôt à la recherche d’une écharpe, d’un sac en cuir de chèvre ou encore d’un service à thé. Les propriétaires d’échoppes vous interpellent sans arrêt, soucieux de vous vendre quelque marchandise d’épices ici ou de djellabas là-bas en échange de quelques dinars. On essaie constamment d’attirer votre attention, et les négociations – parfois âpres – se déroulent malgré tout dans le respect. Un peu étourdissant, mais fort agréable si on aime se prêter au jeu. J’ai pour ma part un peu moins apprécié me faire dire que je valais « mille chameaux » ou « mille tapis volants », mais comme c’était dit sur le ton de l’humour proche de la séduction, je ne m’en suis pas formalisée. Les Tunisiens aiment bien les Canadiens, et c’est réciproque.

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Évidemment, à force de vagabonder dans les dédales de la médina, je découvre des perles d’endroits bien cachés. N’est-on pas heureux comme Ulysse lorsqu’on a l’impression d’avoir trouvé un endroit que peu de gens connaissent ? Ce fut mon cas lorsque, par hasard, je mis les pieds dans un café haut de trois étages, le Ksar Ezzhara, au détour d’une porte grande ouverte qui ne laissait rien présager de ce qui se trouvait à l’intérieur. Colorés à souhait, les murs du café sont peints à la main avec moult détails, et l’architecture y est presque gaudiesque. À l’arrière, une immense terrasse m’accueille sous un soleil tiède et généreux. Je commande un thé aux pignons grillés. J’aimerais qu’un génie de la lampe fige ce doux instant en solitaire.

Je retrouve ensuite mon groupe, et nous marchons gaiement pour aller dîner à la Dar Belhadj, une immense maison de la médina transformée en restaurant. La maison, un ancien palais d’une riche famille – où la polygamie était autrefois permise –, est désormais un chic lieu de restauration, où meubles et tapis sont d’aussi bon goût que peuvent l’être les mezze et le couscous qui y sont servis.

Rassérénés après ce copieux repas, nous déambulons à nouveau ici et là et atterrissons à l’Hôtel Royal Victoria, au pied de la porte de France, à la sortie de la médina. L’endroit, sis dans l’ancienne ambassade britannique, est splendide. Certaines suites ont l’air tout droit sorties d’un conte des mille et une nuits. Les lieux sont d’un chic artistique fou… et, au petit matin, on fait quelque peu le saut lorsqu’on entend la voix du muezzin jaillir des profondeurs de la médina (un touriste averti en vaut deux !) Un superbe hôtel qui mérite qu’on y passe au moins une nuitée ou deux pour vraiment être au cœur de l’action tunisienne. Si vous croisez Aicha, 9 ans, fille du propriétaire du Royal Victoria, demandez-lui comment se déroulent ses études à l’école canadienne de Tunis.

Épuisés, mais réjouis de ces flâneries incessantes, nous partons nous allonger quelques heures avant de reprendre la route, le lendemain, vers les mythiques Carthage et Sidi Bou Saïd, lieux fort courus des Tunisiens… et des touristes. J’allais d’ailleurs très vite comprendre pourquoi.

 

DÉLICES CLASSIQUES

Je pourrais commencer par vous raconter l’histoire de Carthage et de Sidi Bou Saïd en détails. Pour ça, heureusement, il y a Wikipédia et les encyclopédies. Il vous faut néanmoins savoir que Carthage fut une cité fondée par les colons phéniciens de Tyr en 814 av. J.-C. et que c’est à partir de cette cité, l’une des plus puissantes alors de la Méditerranée occidentale, que Tunis s’est bâtie. À présent, Carthage abrite le palais présidentiel, la mosquée Malik ibn Anas et l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts. On y trouve de nombreuses résidences d’ambassadeurs, de richissimes fortunes tunisiennes et, bien entendu, les thermes d’Antonin, édifiés en bord de mer après un grand incendie ayant ravagé la cité au IIe siècle. Il n’en reste que des vestiges aujourd’hui, mais il faut retenir que ce fut quand même le plus vaste ensemble thermal romain construit en sol africain.

Pour ma part, cette incursion dans l’histoire et ses décombres fut un moment quelque peu émouvant. Je ne me sens vulnérable que face à trois choses dans la vie : l’amour, la beauté du monde et la grandeur de l’histoire. Ici, c’est cette dernière qu’on ne se lasse pas de contempler. Les thermes d’Antonin sont d’une magnificence historique et constituent, quand on y pense, le tout premier vrai « spa » tunisien. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il constitue un attrait touristique immanquable si on est féru d’histoire ou d’architecture. On s’y sent tout petit, incroyablement insignifiant, et c’est ce qui confère tout son charme à ce bond dans l’histoire de Carthage.tunisie-lheureux-figure4

Sidi Bou Saïd, quant à elle, aussi rattachée au site de Carthage et à son patrimoine mondial, fut le premier site classé au monde. Portant le nom d’un saint autrefois surnommé « le maître des mers », elle est devenue, au fil des ans, un site de la bourgeoisie tunisienne, puis une municipalité officielle en 1893. En 1915, un décret y impose le bleu et le blanc et y interdit toute construction anarchique. Depuis, elle est surtout fréquentée par les touristes pour sa grande beauté, ses massives portes bleues, ses ruelles, ses bambalounis – d’immenses beignets sucrés et gras à souhait – son Café des nattes, où l’on fume le narguilé, bien assis sur sa natte, et bien sûr, son légendaire Café des Délices, où la jeunesse tunisoise déambule depuis des décennies et s’arrête pour prendre un café, et maintenant aussi des égoportraits…

Sur la terrasse du célèbre café ayant inspiré de nombreux artistes, dont Patrick Bruel, je contemple l’immensité de la mer et réalise que je n’imaginais pas que la Tunisie pouvait être aussi époustouflante. Je suis un peu prise d’émotion, comme tous ces artistes et ces gens qui y sont déjà passés avant moi. Si le monde est certes rempli d’horreurs, il a pourtant encore plusieurs délices à offrir à qui sait simplement vivre et regarder autour de lui.

CHOUCHOUTAGE TUNISIEN

Ce ne sont pas les activités qui manquent lors d’un séjour en Tunisie. Randonnées dans le désert, dégustations dans les palmeraies de dattiers, visites de lieux historiques, balades chamelières, golf, visites de mosquées… S’il est toutefois une chose dont on doit absolument profiter l’espace d’une journée – au minimum d’une demi-journée – c’est bien de la thalassothérapie tunisienne. Avec la Méditerranée encerclant amoureusement ses frontières au nord et à l’est, le pays, ce qui n’est pas étonnant, se classe bon deuxième mondial pour la qualité de ses soins de thermalisme et d’hydrothérapie. Sa soixantaine de centres de thalassothérapie, évidemment tous situés sur les côtes tunisiennes, auront tôt fait de requinquer votre moral ou vos jambes fatiguées.

Que ce soit dans l’un des quatre établissements de renom de la très chic chaîne hôtelière Hasdrubal à Hammamet ou à Djerba, ou encore au Concorde Green Park Palace ou au Royal Kenz de Port El Kantaoui, vous pourrez profiter d’immenses bassins à l’eau de mer (d’ailleurs, celui du Hasdrubal Prestige de l’île de Djerba est très impressionnant à cet égard – voir photo ci-dessus), de hammams vivifiants, de saunas en tous genres, de parcours de phlébologie, d’envelop­pements à la boue, d’énergiques gommages exfoliatifs au savon noir ou au miel, ou encore, de soins de massothérapie, d’hydrothérapie ou d’aromathérapie.

Ayant eu la malchance d’être « frappée » par une vilaine pneumonie lors de mon séjour, j’étais dans le « parfait état », inutile de vous le dire, pour tester et apprécier à leur juste valeur les soins de thalassothérapie tunisienne. Vive les hammams, les vapeurs de thym et les massages à l’huile de sésame !

CHASSER LE COUCHANT

Après une semaine à me balader entre Tunis, Sousse et Hammamet, j’ai décidé de mettre le cap vers le sud, sur l’île de Djerba, histoire d’aller reprendre des forces. On m’avait dit que l’île était belle à voir, que Houmt El Souk était sympathique à visiter et que les couchers de soleil, surtout sur la pointe ouest de l’île, à Sidi Jmour, étaient à couper le souffle. On ne m’avait pas menti.
J’ai toujours adoré les couchers de soleil. J’aime les photographier, les chasser et les pourchasser encore. J’aime cet espace-temps entre le jour et la nuit, où tout devient si différent. J’aime comparer comment une même étoile se couche ici et ailleurs. Le soleil est multiple. Il est partout, et pourtant jamais le même.

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C’est pourquoi, après quelques jours à me refaire une santé dans les effluves de jasmin du spa de l’hôtel Hasdrubal Djerba, mon guide, Abdu, m’a fait monter à bord de la voiture de l’hôtel. À travers des raccourcis plantés au beau milieu de champs sauvages d’oliviers – «sinon, madame, vous allez manquer le coucher de soleil», me dit Abdu -, il m’a rapidement conduite à Sidi Jmour comme s’il conduisait un 4 x 4. La grande aventure, quoi ! Nous sommes arrivés juste à temps pour voir le début de la descente de l’astre solaire dans la mer. Le doigt sur le déclencheur, j’ai pu m’en donner à cœur joie. En ce dernier jour de voyage, à l’exception d’un tapis djerbien négocié à très bon prix par Abdu lui-même, je pouvais difficilement obtenir meilleur souvenir pour clore ce tout premier chapitre tunisien, car oui, j’espère bien qu’il s’agit du premier et non du dernier, et que la vie me réservera d’autres exhalaisons de jasmin, d’autres chants du muezzin et d’autres glorieux couchers de soleil dans ce pays d’une beauté saisissante. Il me tarde tant de visiter Tozeur, Tabarka, Bizerte, Kairouan, Zarzis, Monastir et tous ces autres coins secrets de la Tunisie dont je ne soupçonne même pas encore l’existence.

Comme on dit là-bas, on verra bien ce que la vie – et peut-être Dieu – décidera… Inch’ Allah !

Santé inc. remercie l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) ainsi que TUNISAIR pour leur généreuse invitation et remercie tout spécialement monsieur Issam Khereddine, directeur canadien de l’ONTT, madame Farida Henni et monsieur Mahdi Imahmoudi pour leur soutien.

Publié dans

Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice du magazine Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et journaliste voyage pour d'autres médias.