Lire et relire

On les appelait fous

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Le 20 avril 1960, Jean-Charles Pagé se réveille dans une petite cellule plongée dans le noir. Il ne sait pas où il est : en prison ? à l’hôpital ? Il se demande comment il est arrivé là. Alcoolique, il réalise qu’il a pris une cuite de trop. Commence une lente descente aux enfers qui durera onze mois et qu’il racontera dans Les fous crient au secours ! Témoignage d’un ex-patient de Saint-Jean-de-Dieu, publié en 1961 aux Éditions du Jour, qui viennent tout juste d’être fondées par Jacques Hébert.

Plusieurs décennies plus tard, Écosociété a choisi de rééditer ce témoignage poignant, accompagné de la postface de la première édition, signée par le Dr Camille Laurin. Cet ouvrage marquera un tournant dans la psychiatrie au Québec, au moment où les « asiles d’aliénés » relevaient jusque-là des congrégations religieuses. Le témoignage de Jean-Charles Pagé déclenchera la Commission d’étude des hôpitaux psychiatriques, présidée par le Dr Dominique Bédard, et mènera à la déclé­ricalisation des soins de santé mentale et à la désinstitutionnalisation.

Sous forme de journal de bord, Pagé décrit ce que subissent les quelque 6000 patients de l’Hospice Saint-Jean-de-Dieu, une véritable ville dans la ville. Un « système dictatorial », écrit-il, où tout, de la nourriture aux vêtements, de la maltraitance physique aux soins douteux, tels que les piqûres d’insuline, qui plongeaient les malades dans des comas insuliniques, ou les électrochocs, est conçu pour casser les patients.

Toujours d’actualité, Les fous crient au secours ! rejoint l’ouvrage du Dr Jean Lemieux, Une sentinelle sur les remparts, dont on vous parlait dans le numéro précédent.

LES FOUS CRIENT AU SECOURS !
Jean-Charles Pagé
Écosociété
Montréal, 2018,
240 pages

Garçon effacé, le récit essentiel de Garrard Conley

literature-bernard-f2Le film Boy Erased (Garçon effacé en version française) a connu un vif succès en salle, certains ignorants que le scénario se base sur l’histoire vraie de Garrard Conley, survivant d’une thérapie de conversion. Dès l’enfance, Garrard Conley sait qu’il est différent des autres garçons. Mais il endosse le rôle de l’enfant normal de l’Arkansas, aux côtés d’un père vendeur de voitures, futur pasteur baptiste, et d’une mère aimante, qui tente de faire illusion. L’homosexualité de leur fils ne passe pas.

Garçon effacé raconte, surtout, la soi-disant thérapie que le jeune homme suivra pendant deux semaines dans le programme Love In Action, aujourd’hui disparu, qui visait à « déprogrammer » les homosexuels et autres « déviants sexuels ». Ce type de programmes a connu son heure de gloire, particulièrement dans les États de la Bible Belt, d’anciens « déviants » tentant de remettre les homosexuels dans le droit chemin en utilisant des méthodes plus que douteuses visant à casser les participants.

En écrivant Garçon effacé, Conley a voulu non seulement raconter son histoire, mais aussi dénoncer ce type de thérapies. Aujourd’hui, il vit ouvertement sa sexualité et milite contre les thérapies de conversion. On sort difficilement indemne de ce récit d’un garçon qu’on a voulu effacer et qui, lui-même, a voulu disparaître.

Il est à noter que le Brésil a été le premier pays à interdire ce type de thérapies, en 1999. De nombreux pays et États américains ont suivi depuis. Au Canada, le Manitoba et l’Ontario ont emboîté le pas en 2015. Au Québec, la thérapie de conversion (ou de réorientation sexuelle) est toujours légale.

GARÇON EFFACÉ
Garrard Conley
Flammarion Québec
Montréal, 2018
384 pages

Tout (mais vraiment tout !) ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cannabis

literature-bernard-f3Le Centre québécois de lutte aux dépendances (CQLD) a publié récemment Le cannabis : pharmacologie et toxicologie, un livre de référence que Mohamed Ben Amar, pharmacien, spécialisé en biologie clinique et en pharmacologie, diplômé de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier (France) et de l’Université de Montréal, a pris trois ans à écrire.

Le lecteur est averti : l’œuvre est dense et propose des données complètes sur le cannabis. Publiée quelques mois après la légalisation du célèbre plant au Canada, elle aborde de multiples aspects, tant en matière de santé physique et mentale que de société. L’information y est simplifiée et vulgarisée, le livre débutant par les différentes espèces de cannabis, de la marijuana au haschich, en passant par le kif. On y apprend que la concentration moyenne en THC mesurée sur des échantillons des cargaisons saisies par les forces de l’ordre au Canada est passée de 1 % en 1988 à 7,5 % en 2002. Ce pourcentage était de 6,5 % au Québec en 2005.

Saviez-vous  que le cannabis est originaire de l’Himalaya et s’est répandu d’abord en Asie ? L’auteur propose même un historique de quatre mille ans avant Jésus-Christ à 2017. L’ouvrage est truffé de nombreuses références, le professeur Ben Amar ayant réalisé un vrai travail de moine. Étant pharmacien de formation, il s’attarde à ses propriétés pharmacologiques et toxicologiques, sans toutefois oublier la législation, ici et ailleurs dans le monde. Le livre se termine par trente recommandations, les trois premières étant consacrées à l’information et à la sensibilisation. Il est offert sur le site Web du CQLD.

LE CANNABIS : PHARMACOLOGIE ET TOXICOLOGIE
Mohamed Ben Amar
CQLD
Montréal, 2018
511 pages

Publié dans

Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!