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Lire et relire

Dans chaque numéro, découvrez les bonnes lectures qu’a dénichées notre journaliste, que ce soit pour décrocher du travail ou régler les problèmes de l’humanité (ou au moins, de notre système de santé).

Les deuils de l’enfant que nous fûmes

Dès sa plus tendre enfance, Rose-Aimée Automne T. Morin a su que son père allait mourir. Atteint d’un cancer, Michel Morin, acteur sans travail, charmeur et coureur de jupons, défiera la mort pendant de nombreuses années et se donnera pour but de faire de sa fille une féministe, une femme indépendante, cultivée et hors norme. L’enfant vivra dans la terreur de voir son père adoré et un peu fou mourir, ce qui arrivera lorsqu’elle aura 16 ans. Son livre Ton absence m’appartient raconte comment son père lui a volé son enfance.

La jeune femme, aujourd’hui chroniqueuse, animatrice et rédactrice, se lance dans une quête pour comprendre comment son enfance a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui, avec ses forces et ses failles. Mais Ton absence m’appartient va aussi à la rencontre d’autres gens blessés par leur enfance. D’abord, Thimalay, dont les parents ont fui le Laos dans les années 1970 et qui a vécu dans des camps de réfugiés. Ensuite Marilyn, dont la sœur a eu la mémoire effacée dans le projet MK Ultra, financé par la CIA des années 1950 à 1970 pour mener des expériences sur le lavage de cerveau. Puis Christelle, à qui on a caché toute son enfance qui était son vrai père. Et encore Guillaume, qui perd la vue depuis l’enfance et qui sait qu’il sera aveugle un jour.

Les mensonges des adultes, les choix qu’ils font à la place de l’enfant, les abandons, les silences… Tant de choses font de nous les êtres que nous sommes, fêlures comprises. Nos deuils forgent ce que nous sommes. Les deuils des uns et des autres, on le réalise à la lecture, sont toujours quelque part, un peu les nôtres aussi…

littératureMAIJUIN19-bernard_f2TON ABSENCE M’APPARTIENT
Rose-Aimée Automne T. Morin
Stanké
Montréal 2019
144 pages

Pour l’amour des mots… et de la bouffe !

On connaît l’amour de l’auteure Chrystine Brouillet autant pour les mots que pour les bons plats : elle ne s’en cache pas et en parle souvent, dans ses livres et dans les médias. Elle a décidé, avec la romancière Geneviève Lefebvre, de rassembler des auteurs autour d’un projet de recueil de nouvelles dans lequel la nourriture, gastronomique ou pas, joue un rôle déterminant. Treize à table, comme une série de petits fours, se déguste bouchée par bouchée.

Cet ouvrage réunit le dramaturge Michel Marc Bouchard, Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre elles-mêmes, comme il se doit, la comédienne Geneviève Brouillette, l’écrivaine et femme de médias Rafaële Germain, l’acteur Patrice Godin, le journaliste Michel Jean, ainsi que Samuel Larochelle, François Lévesque, Annie L’Italien, Ian Manook, Michèle Plomer et Erika Soucy.

Certaines histoires sont vraies, comme celle de Michel Marc Bouchard, qui raconte la première fois où il a rencontré la grande chorégraphe Pina Bausch chez la gouverneure générale du Canada et le goût des confitures, ou celle de Chrystine Brouillet au restaurant d’Anne-Sophie Pic avec son amie Michèle. D’autres tombent dans la fiction pure. L’art de la déshydratation, signée Geneviève Brouillette, nous fait plonger dans la fantaisie la plus totale.

Tout le monde a des souvenirs de plats concoctés par un être cher ou de repas partagés avec des amis. Treize à table propose un voyage gustatif à travers le temps et l’espace, et on sent que chaque auteur a ressenti du plaisir à manger dans cet univers. Le livre se termine sur sept recettes de Chrystine Brouillet inspirées par ces nouvelles.

littératureMAIJUIN19-bernard_f3

TREIZE À TABLE
Collectif sous la direction de Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre
Druide
Montréal, 2018,
200 pages

Le combat de Sheila Watt-Cloutier pour sa culture et l’écologie

Le sous-titre du livre Le droit au froid, de Sheila Watt-Cloutier, dit tout : le combat d’une femme pour protéger sa culture, l’Arctique et la planète. L’auteure naît en 1953 à Kuujjuaq et passe une enfance heureuse dans la tradition inuk jusqu’à ce qu’on l’envoie dans le Sud pour faire ses études secondaires et postsecondaires.

Sheila décrit la violence du passage de son peuple au monde moderne avec justesse, de l’introduction de la langue anglaise dans leur culture au déracinement des enfants pour leur éducation, dans ce qui s’est appelé le Projet expérimental Esquimaux et qui a touché de nombreuses générations. À 18 ans, elle revient à Kuujjuaq pour y travailler, devenant interprète à la clinique. Elle retourne dans le Sud pendant quelques années, suivant son mari non autochtone dans la région de Montréal. Au retour de la famille à Kuujjuaq, Sheila se met à s’engager dans la sauvegarde de sa communauté.

Elle sera tour à tour secrétaire administrative de la Société Makivik et présidente de la section canadienne de la Conférence circumpolaire inuite de 1995 à 1998. C’est à cette période qu’elle devient activiste écologique, fortement influencée par les recherches de la biologiste américaine qui a tiré la sonnette d’alarme dès 1963 sur les effets de biocides de synthèse.

Le droit au froid est moins un récit autobiographique que l’histoire des Inuit des 50 dernières années, de la perte de leur identité à la dégradation de leur terre à cause de la pollution venue du Sud. Sheila Watt-Cloutier sera même nommée, conjointement avec Al Gore, en 2007, pour le prix Nobel de la paix.

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LE DROIT AU FROID
Sheila Watt-Cloutier
écosociété
Montréal, 2019
360 pages

Publié dans

Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!
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