Glorieuse Loire

RÉCIT DE VOYAGE EN FRANCE

Quand j’avais à peu près six ans, mes parents sont allés en France pour des vacances en amoureux. Quand ils en sont revenus, ma mère m’a montré des photos de tous les immenses châteaux « de princesse » (ce sont toujours des châteaux de princes et de princesses, à cet âge-là…) qu’ils avaient visités. Je m’étais mise à rêver à ces endroits qui me semblaient être dans de très lointaines contrées, comme dans les contes pour enfants. Chambord. Chenonceau. De grands, d’immenses châteaux. Pas le château Frontenac ou le château Laurier, là. De « vrais » châteaux. J’en ai rêvé pendant quelques années après le récit de voyage de mes parents. Un voyage si marquant que, neuf mois après le retour de mes parents, j’ai hérité d’une petite sœur toute neuve.

Quand l’occasion d’aller sillonner les rives de la Loire et de la Mayenne à vélo s’est présentée, j’ai repensé à ces photos bucoliques de châteaux sur fonds verdoyants que ma mère m’avait montrées. Je n’ai pas hésité. J’irais voir cette France dont ma mère rêve encore aujourd’hui…

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Surprise ! Il s’est avéré que je méconnaissais vraiment ma France. À mon arrivée, on a tôt fait de m’expliquer que le Pays de la Loire n’est surtout pas à confondre avec le Val de Loire. Il est vrai que le touriste québécois s’y trompe souvent. Ainsi, ce n’est qu’une fois sur place que j’ai réalisé que je n’étais pas là où je croyais atterrir. Qu’à cela ne tienne, j’avais apporté ma monture et je comptais l’utiliser à bon escient pour parcourir kilomètre après kilomètre. J’avais aussi soif du pays jamais imaginé que de celui imaginé. Et puis, il se trouve que des châteaux, j’en verrais en fait beaucoup au cours de ce voyage…

Le voyage à Nantes

Premier jour : Nantes, principal pôle métropolitain du Grand Ouest français et ville de Jules Verne. Je m’installe à L’Hôtel, petit hôtel moderne de la rue Henri IV, à un jet de pierre de « mon » premier château, le château des Ducs de Bretagne, lequel a été transformé en superbe musée historique relatant le fait nantais depuis ses débuts.

Aujourd’hui, pas de randonnée à vélo. Je visite la ville à pied et je suis le tracé de la ligne verte, une succession de 56 étapes culturelles, monuments, œuvres d’art et éléments singuliers propres à l’agglomération nantaise. Ville de culture et d’histoire, Nantes a tout pour plaire au visiteur qui raffole des histoires de ports, de marins et de navires, la ville étant située à cinquante kilomètres à peine à l’est de Saint-Nazaire, le port qui donne sur l’Atlantique et où la Loire se jette, à l’ouest.

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Sur le parcours, tant de choses à voir et à faire : ici, l’ancienne biscuiterie LU, transformée en Lieu Unique, un espace culturel où expositions en tous genres et spectacles ont lieu en tout temps. (On y trouve même un restaurant et… un hammam !) Là, le Carrousel des mondes marins, un voyage poétique et très amusant dans les fonds marins, les abysses ou à la surface des mers, rendu possible grâce à un carrousel immense de près de 25 mètres de haut et de 22 mètres de diamètre qui égaie tant les petits que les grands enfants, au même titre que le Grand Éléphant des Machines de l’Île, une immense architecture articulée et en mouvement sortant d’une gigantesque cathédrale d’acier. Si vous vous rappelez des Géants qui ont arpenté les rues de Montréal lors des festivités du 375e anniversaire de Montréal en 2017, c’est la même compagnie, Royal de Luxe, qui est à l’origine de la construction de ce majestueux éléphant.

Je termine cette trop courte épopée nantaise (et piétonne !) au restaurant La Cigale, une brasserie Art nouveau, emblème de la culture nantaise, haut lieu du goût, de la gourmandise et du savoir-vivre. Que demander de plus ? Demain, ma bécane et la Loire m’attendent. Il faut bien carb-loader, car les jambes en auront bien besoin…

Le château de mes rêves

Le lendemain matin, je me lève tôt. Il me faut monter mon vélo, toujours en pièces détachées dans son sac de transport. Je me mets à la tâche. Quelques pépins techniques me retardent, mais je finis par en venir à bout. Après quelques heures à me balader dans les environs de Nantes et à luncher paresseusement à la Civelle, à Trentemoult, je pars « pour de vrai », direction Oudon.

Le soleil est tiède, le ciel d’octobre est bleu, le parcours de La Loire à Vélo, avec ses 230 kilomètres de routes aménagées, est plat, mais pas du tout ennuyant. Je pédale seule. Je me sens libre. On s’occupe déjà de mes bagages, qui m’attendent à la chambre d’hôte où je logerai, le soir venu. Je n’ai qu’un petit sac à dos, tout léger. Je pédale vivement, à toute allure. Je m’arrête quelques instants, histoire de contempler le plus beau de la Loire. Je dépose mon sac par terre. Je croque le paysage qui s’offre à moi avec mon téléphone. Je remets mon téléphone dans la poche de mon jersey, comme je le fais tout le temps, et je repars, l’air guilleret et les poumons pleins de cet air frais qui remplit les campagnes.

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Je finis par arriver au grand pont de Mauves-sur-Loire, par lequel je traverserai le célèbre fleuve. Je contemple l’horizon. Le soleil est haut dans le ciel, un petit bateau de plaisance se prélasse et tangue doucement. C’est splendide. Je dois consulter ma carte routière, que j’ai mise dans mon sac à dos. Mon sac à dos… que je n’ai plus. Que j’ai déposé par terre, près d’un arbre, il y a trente minutes, pour croquer « le plus beau de la Loire ». Mon sac à dos, qui contient certes ma carte routière… mais aussi mon passeport.

Avez-vous déjà vu une femme à vélo pédaler en quinze minutes la distance qu’elle venait de franchir en trente minutes, et pas à cause d’un vent contraire ? Je pédale, je pédale. J’ai chaud, mon cœur va exploser tellement je sprinte. « Mon Dieu, faites qu’il y soit encore, faites qu’il y soit encore ! Franchement, Marie, ton PASSEPORT ! »

La route tourne, file. Rewind. Je revois le petit bateau, le bosquet fleuri, l’arbre majestueux, la jolie maison de pierres, le grand champ qui sent le purin, puis, là-bas, petit point noir se détachant sur fond vert, au bord de l’eau… Mon sac ! J’expire de soulagement. Je m’en empare, vérifie son contenu. Miracle ! Passeport, cartes et petits jujubes y sont tous. Ouf !

Je repars à vive allure vers Oudon. Je suis attendue pour une visite du superbe château d’Oudon, et je suis déjà en retard. Je pédale et traverse en un temps record La Pinsonnière, Saint-Simon et La Varennes. Vieille de 600 ans, la tour octogonale du château donnant directement sur la Loire m’accueille. On me fait monter pour admirer la vue. C’est époustouflant ! Sur l’autre rive, en Anjou, des montgolfières tachettent le ciel. Ce fut une bonne journée, que je me dis alors, la croyant terminée, sans me douter de ce qui m’attend encore…

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Il commence à faire frais. Il ne me reste que quelques mètres à franchir avant d’arriver au Château Haute Roche, où je dois passer la nuit. On m’informe qu’il y a une « petite côte » avant d’arriver à sa porte. Moi qui imaginais un faux plat ascendant, j’ai droit à une côte de plus de 20 % de pente sur au moins 500 mètres. J’ai les quads en feu. Je finis par arriver au Château Haute Roche. Je fais la rencontre de Lars et de Nirin, les proprios de cette plus que charmante maison d’hôtes, scandinaves d’origine. Lars est chef cuisinier, Nirin est médecin. Je les aime aussitôt, chacun. Adopté, ce couple aussi élégant que sympathique ! Ils se font un plaisir de m’accueillir et m’invitent à contempler le coucher du soleil, lequel est à ce jour l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie. Nous soupons aux chandelles tous les trois dans leur superbe château français décoré à la scandinave. Je me sens chez moi, malgré l’opulence des lieux. Ma chambre est dans une des tourelles du château. Ce soir, je ne suis pas une princesse. Je suis une reine.

Un chemin vers le Chenin

J’aurais aimé passer quelques soirs de plus au Château Haute Roche, à boire un verre, à discuter avec mes deux nouveaux compères et à profiter de la vue exceptionnelle sur la Loire (et de la divine cuisine de Lars). Malheureusement, le devoir journalistique m’appelle, et le lendemain matin, je dois prendre la route très tôt vers Angers, car 70 kilomètres me séparent de ma destination. L’aventure n’attend pas.

Nous sommes au début d’octobre. Il fait très frais, le matin. À mon réveil, la Loire est recouverte d’un rouleau de brume, et le silence de ce spectacle prodigieux n’est interrompu que par le son du TGV qui file vers Nantes. Je dois partir. Je suis attendue, et deux fois plutôt qu’une, à Ancenis, puis Bouchemaine.

J’enfourche ma bécane, habillée de pied en cap. Je salue Lars au loin, car Nirin est déjà parti travailler. Je ne les connais même pas depuis 24 heures que je les aime déjà. Encore aujourd’hui, nous nous donnons des nouvelles de temps à autre par courriel.

Je dévale la côte montée de peine et de misère la veille, et j’arrive sur un petit chemin où pointe un soleil féérique. La journée sera belle, je le sens.

Je m’arrête à Ancenis pour un bref tour du marché, où tout est beau et sent bon les récoltes, mais je songe à l’itinéraire qui m’attend et je repars assez vite malgré mon envie de m’attarder. C’est que je dois traverser Varades, Saint-Florent-le-Vieil, Montjean-sur-Loire, la Possonnière et Savennières avant d’arriver à Bouchemaine.

La route est belle, longue et sans aspérité, mais dès Saint-Florent, direction Montjean, je dois me rendre à l’évidence : le vent de face est puissant. Puissant… et constant. J’avance à roues de tortue. Je peste (pour ne pas dire « je sacre »). Je n’arriverai jamais à temps à mon rendez-vous à Bouchemaine. J’appelle Olivier, l’homme avec qui j’ai rendez-vous. Changement de programme. Ce sera Savennières.

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Plus j’approche de Savennières, plus j’entre dans les terres et m’éloigne de la Loire et, par conséquent, plus monsieur Le Vent repart finalement d’où il est venu. Olivier m’attend au restaurant Le Chenin. Je ne pouvais espérer plus magnifique nom pour la pause. Je me restaure. Nous parlons. Tout va mieux. J’ai mangé, il n’y a plus de vent, et j’ai un ami avec qui pédaler si jamais Éole revenait me chercher noise. Et surtout, ce petit verre de chenin bien frais est le meilleur antidote pour me donner l’énergie de repartir vers Angers.

Après moult détours et jolis panoramas, au croisement de la Loire, de la Maine et de la Mayenne, au croisement de la route de La Loire à Vélo et de la Vélo Francette, que j’emprunterai dès le lendemain matin, nos destins, à Olivier et à moi, se séparent.

Je devais visiter le château d’Angers, mais faute de temps, je dois me résigner : ce sera pour une autre fois. Je pars souper en solo Chez Rémi, rue des Deux Haies, et le tout dernier verre de Chenin de cette journée crevante de vent me montre rapidement la voie vers… mon lit. ¡ Adios, muchachos , ce fut un plaisir !»

Pédaler la Mayenne

Le lendemain matin, reposée de ma nuit angevine, je pars à la recherche des panneaux pour suivre la Vélo Francette, qui relie Ouistreham à La Rochelle. Je mets un peu de temps à les trouver. Je ne suivrai plus la Loire, mais la rivière Mayenne, cette fois. Je dois la longer 61 kilomètres vers le nord, direction Château-Gontier.

Les rives de la Mayenne sont beaucoup plus sauvages que celles de la Loire, et beaucoup moins aménagées. Si vous êtes propriétaire d’un vélo de route haut de gamme, je ne vous recommande absolument pas d’aller vous promener sur le chemin de halage de la Mayenne avec ce dernier, car vous risquez de l’abîmer sur le gravillon. Autrement, si vous louez un vélo sur place par exemple, c’est parfait, franchement joli, il ne faut surtout pas s’en priver. La Mayenne a la particularité d’être le département français ayant le plus grand nombre de châteaux privés habités. Il y a 600 châteaux en Mayenne dont 200 appartiennent à des collectivités et 400 à des particuliers. Et il n’en manque pas le long de la rivière, ce qui rend la route d’autant plus agréable. Si vous suivez la Vélo Francette, vous aurez aussi le plaisir de parcourir le chemin des écluses de la Mayenne. L’étape de Grez-Neuville est particulièrement pittoresque.

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Je m’arrête luncher à l’hôtel-restaurant L’Amphitryon, dans le village de Coudray. On m’installe dans la mignonne petite cour arrière de cet établissement de charme, et on me sert un lunch tout aussi charmant, et ce, de l’entrée au dessert. Cette partie de la France est bien trop douce à ce moment-là de l’année pour ignorer son existence. Et elle ne semble pas trop achalandée non plus par des hordes de touristes… Calme salutaire. Je pourrais facilement me poser ici quelque temps.

Le lendemain, je prends la route plutôt tard. Je suis crevée du décalage horaire et des efforts de derniers jours, et la chambre du Parc Hôtel & Spa de Château-Gontier est particulièrement confortable. Je n’ai que 35 kilomètres à engloutir vers la ville de Laval, mais je réalise que ce sera sous un ciel gris foncé qui menace d’éclater à tout moment. Le paysage n’est pas inintéressant, mais je me contente de sortir tout mon « jus de jambes ». Je veux arriver avant la pluie. J’arrive trois heures plus tard à Laval, après maintes « déviations » imprévues, qu’on appelle communément des détours ici, chez nous, au moment même où la pluie se met à tomber. Je suis victorieuse. Comme si je venais de terminer un marathon et que le ciel me rinçait de tous mes efforts des derniers jours. Je rentre un peu mouillée à la cave Qui L’Ubu, où ma guide mayennaise m’attend, inquiète que je sois prise sous un ciel orageux. Elle m’aperçoit. Rassurées toutes deux, elle de me voir arriver relativement sèche et moi de ne m’être pas perdue, nous partageons boudin, charcuteries, fromages ainsi que vins bien choisis pour célébrer dûment ces 185 kilomètres derrière la cravate.

Demain, je pars « sur Paris ». Je dois démonter mon vélo pour pouvoir monter à bord du train, direction Le Mans, puis Paris, que je n’ai jamais vue.

Je ne sais toujours pas à quoi ressemble le Val de Loire. En revanche, je sais désormais que j’ai découvert un glorieux Pays en ces terres françaises lors de ces cinq jours à me faire aller les « moulineuses » le long de la Loire et de la Mayenne.

Et vous savez quoi ? J’avais hâte d’en parler à ma mère !

VAL DE LOIRE OU PAYS DE LA LOIRE ?

Quand on pense à la Loire, on pense souvent aux châteaux de la Loire, comme le château de Chambord ou de Chenonceau, qui sont situés dans le Val de Loire. Bien qu’on y trouve effectivement des châteaux, surtout sur les rives de la Mayenne, le Pays de la Loire n’est pas du tout la même région que celle du Val de Loire. Et pour cause ! La Loire est le plus long fleuve de France : il fait un peu plus de 1000 kilomètres de long. Le Pays de la Loire est constitué de cinq départements : la Loire-Atlantique, la Vendée, l’Anjou, la Mayenne et la Sarthe.

TRANSPORTER SON VÉLO EN TRAIN

Il est possible de transporter son vélo en train en territoire français, que ce soit à bord d’un TGV Inoui, d’un TER, d’un Intercités, d’un Ouigo ou d’un Transilien. Vérifiez sur le site de Rail Europe et de la SNCF avant de partir et avant de réserver votre siège, car les règles ne sont pas toutes les mêmes selon le mode de transport.
Parfois, on exige que vous démontiez votre vélo et que vous le rangiez dans sa valise ou housse à cet effet. Parfois, on vous permettra de le transporter sans démontage entier selon le moment de votre achat.

www.raileurope.ca
www.sncf.com

Santé inc. tient à remercier l’Agence régionale du Pays de la Loire, et tout particulièrement Loire-Atlantique Développement, Anjou tourisme, Destination Angers et Mayenne Tourisme, Rail Europe ainsi qu’Atout France/France.fr, sans qui la réalisation de ce voyage n’aurait pas été possible.

Publié dans

Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice du magazine Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et journaliste voyage pour d'autres médias.