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VIOLENCE CONJUGALE CHEZ LES MÉDECINS

Par courriel

Bonjour, madame L’Heureux,

Un petit mot à propos de votre éditorial tellement touchant, intitulé « Failles » : magnifique texte, inspirant et empreint de sensibilité. Merci !

Dre Annie-Claude Gagné

Sur Facebook

Je dois avouer être bien déçue et franchement outrée de votre éditorial. Vous faites référence au meurtrier de la Dre Fric avec son titre professionnel, mais omettez celui de la victime. Cet homme a assassiné la Dre Fric, mère de leurs enfants, médecin de famille très impliquée dans sa communauté, adorée de tous. Cette histoire a chamboulé toute la communauté médicale, et nous crions haut et fort depuis contre la violence conjugale. Vos intentions sont bonnes, mais vous échappez la balle d’une manière bien triste en mettant l’accent sur le meurtrier. Il ne mérite pas qu’on souligne son titre professionnel. Il est source de honte, pour notre profession. Merci de corriger le tout, d’offrir vos excuses et de porter une attention particulière à cela à l’avenir. En agissant comme vous l’avez fait, vous faites partie du problème. Non à la violence conjugale. Ne soulignons pas les criminels. Honorons les victimes. De grâce, soyez vigilants.

Dre Cynthia Lauriault, M.D.

Réponse de Marie-Sophie L’Heureux :

Ce texte a été vu et revu par trois femmes médecins de famille avant d’être mis sous presse. Toutes les trois ont donné leur approbation à ce texte tel quel. La seule et unique raison, intentionnelle de surcroît, pour laquelle la particule de la Dre Elana Fric n’a pas été mise en début de texte, c’est que son mari, le criminel Mohammed Shamji, avait l’intention de tuer et a tué sa femme, et non « une médecin ». Son intention était de tuer une épouse. J’ai au contraire ajouté la particule de monsieur en début de texte pour bien appuyer sur le contraste : un médecin homme, chirurgien, image qu’on vénère avec facilité pour toutes sortes de raisons sociales. Un « médecin » qui est non seulement capable de faire preuve de violence dans sa vie personnelle, mais d’être carrément le meurtrier d’autrui, alors qu’il devrait, grâce à sa fameuse particule, protéger les gens et se soucier d’eux, d’autant plus si ce sont ses proches. Je ne crois pas que c’est une erreur d’avoir omis la particule en début de texte de la Dre Fric dans la mesure où quand on la décrit, elle, vers la fin du texte, la particule y est pour parler de sa carrière et de son héritage, car c’est d’elle — de sa personne et de sa carrière — qu’on doit se souvenir en priorité, et non du meurtrier. Cela a pu laisser croire que j’avais envie de démontrer plus de déférence envers l’homme meurtrier qu’envers sa femme, victime de ses assauts. Or, pas du tout. C’est même le contraire. À cet égard, je vous invite à lire également l’article traduit du CMAJ que j’ai choisi de publier dans notre dernier numéro en version papier (mai-juin 2019), sur la perception d’emblée trop souvent masculine qu’a justement le grand public du mot « docteur ». Il me semblait important de sensibiliser le corps médical à cette réalité. Il faut savoir parfois voir la forêt au lieu de ne voir qu’un seul arbre et de tirer sur les alliés.

Marie-Sophie L’Heureux, rédactrice en chef et éditrice

Médecins au spa

Lettre

Dr Landry,

Je ne peux m’empêcher de commenter votre article « Bombardier et les clémentines ».

D’abord, j’apprécie plusieurs de vos points de vue sur l’organisation financière du système de santé et je suis d’accord avec votre position quant aux cadeaux/repas qui n’ont pas lieu d’être de la part des pharmaceutiques lors des FMC.

Par contre, ce que vous dites des pratiques basées sur la pleine conscience (ou présence attentive), dont l’observation de la clémentine fait partie, m’a déçue. D’autant plus que c’est cette clémentine qui fait la une de cette édition de Santé inc.

Je donne moi-même des formations aux spécialistes et médecins de famille sur cette approche (mais pas au spa). Je me permets donc de vous répondre en toute connaissance de cause.

La façon dont vous en parlez démontre que vous ne l’avez jamais expérimenté vous-même, ce qui aurait été nécessaire pour comprendre minimalement cette pratique, classée comme psychothérapie dans nos guides de pratique en psychiatrie (par ex. : CANMAT sur le management de la dépression, 2016). Elle serait, selon certaines études portant sur certaines problématiques de santé mentale, aussi efficace que la thérapie cognitivo-comportementale (que vous devez, j’espère, connaître un peu mieux puisque plus ancienne).

En effet, de très nombreuses études evidence-based démontrent que les thérapies basées sur la pleine conscience améliorent l’attention, diminuent le stress et ses conséquences, modulent le SNA en le rendant plus flexible, augmentent l’empathie pour soi et autrui. (Il me semble avoir lu des articles sur l’usure d’empathie des résidents et médecins et ses conséquences pour les patients dans cette revue.) Bref, cela améliore le savoir-être qui est si important chez un médecin et si peu enseigné dans nos facultés, encore moins dans nos FMC.

Ces pratiques ne sont pas de la relaxation comme vous le prétendez. S’il y a relaxation, c’est un effet collatéral seulement. Elles visent à améliorer la présence, la conscience de soi, la présence à l’autre.

Les pratiques de pleine conscience aident et améliorent la qualité de vie des patients ayant des maladies liées au stress, des maladies chroniques, des maladies cardiaques, le cancer, des troubles anxieux, des troubles dépressifs récurrents, et ce, avec peu/pas d’effets secondaires. Les médecins sont très bien placés pour conseiller, suggérer, voire enseigner ces thérapies. Ils doivent d’abord les connaître minimalement ou, mieux, les avoir expérimentées eux-mêmes pour pouvoir ensuite en parler adéquatement.

Vous ne posez pas la question du financement des FMC (au spa ou ailleurs) sur les traitements pharmacologiques, si redondantes, souvent biaisées, ciblant une petite partie de nos patients seulement, mais vous décriez la FMC sur les approches basées sur la pleine conscience…

Décidément, je vous invite à participer à l’une de ces journées où l’on pratique la présence attentive avant d’écrire un autre article sur le sujet.

Dre Catherine Morin, psychiatre

Réponse du Dr Simon-Pierre Landry :

Dre Morin,

Merci pour votre commentaire. D’abord, je crois comme vous que notre système de santé doit apprendre à mieux valoriser l’approche psychosociale de la pratique de la médecine plutôt que la surmédicalisation et l’utilisation abusive de thérapies pharmacologiques. Ensuite, je crois que l’épuisement professionnel en médecine est une crise de santé publique. Je suis heureux de savoir que votre entreprise améliore la vie des médecins de façon concrète en leur enseignant les bienfaits de la méditation pleine conscience.

Cependant, j’ai du mal à comprendre le lien entre la validité scientifique de la méditation pleine conscience (que je ne nie pas) et mon texte, dont le propos porte sur l’utilisation des fonds publics pour un congrès dont le but avoué est de relaxer le médecin lors d’une fin de semaine au spa incluant une petite séance de méditation pleine conscience après une séance de gastronomie tonique. Mon propos n’est pas un débat scientifique et clinique. C’est un propos politique et économique.

J’aimerais maintenant élargir le propos sur des questions que font naître en moi notre échange. Je comprends que l’essence de votre argument est que, puisque la méditation pleine conscience est un acte thérapeutique, elle doit être reconnue comme de la formation médicale continue. Pour cerner l’argumentaire, mettons de côté le fait que le congrès se déroulait au spa, et concentrons-nous uniquement sur la valeur clinique de la méditation pleine conscience. Je ne nie pas sa validité scientifique, mais je me pose quelques questions : est-ce que la pratique de la méditation pleine conscience est la meilleure utilisation du temps du médecin pour ses patients ? Cet acte thérapeutique ne devrait-il pas être réalisé par un autre professionnel de la santé, dont la rémunération horaire est moindre que celle d’un médecin ayant réalisé au-dessus de sept années de formation biomédicale universitaire ?

Ainsi, plus largement, mon texte parle de priorités dans l’utilisation des fonds publics. Dans un monde aux ressources infinies, les hôpitaux paieraient pour envoyer leurs infirmières au spa afin d’augmenter leur sentiment d’appartenance à l’organisation et la qualité des soins donnés. Malheureusement, nous vivons dans un monde où les ressources sont limitées.
L’argent des contribuables subventionnant la formation médicale continue devrait servir à rembourser des formations désignées comme prioritaires pour un hôpital ou une clinique (par exemple, un interniste suivant des grossesses à risque qui est mandaté par son groupe pour aller à un congrès sur le sujet et ramener de l’expertise dans son hôpital).
Les médecins ont bien sûr complètement le droit de s’intéresser et de se former à la méditation pleine conscience. Cependant, l’argent des contribuables mis dans la formation continue doit aller à de la formation continue désignée prioritaire pour un hôpital ou un territoire.

Je ne nie pas que la méditation pleine conscience pourrait m’apporter individuellement des bienfaits. La détente d’une fin de semaine au spa aiderait probablement aussi mon moral. Mais ce qui me ferait le plus de bien, c’est un système de santé moins frustrant, et des conditions de travail qui nous permettent collectivement de concilier vie familiale, développement personnel et profession de médecin. Je pense que c’est là — dans l’amélioration de notre milieu de travail — que nous devons diriger nos efforts. J’ose croire que nos patients, nos « clients » qui paient pour une partie de notre formation continue, seraient d’accord. SPL.

Publié dans

Santé inc.

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