Miser sur le processus

SAVOIR BRILLAMMENT CONTOURNER LE BIAIS DE RÉSULTAT

Plus tôt cette année, James Adducci, un Américain de 39 ans, a réalisé un exploit hors du commun en générant un rendement de 1300 % avec un seul investissement (1). Fort de cette seule information, seriez-vous prêt à lui confier votre fonds de retraite ?

Nous sommes convaincus que de nombreuses personnes seraient ouvertes à cette idée. De prime abord, la proposition semble alléchante. L’objectif principal d’un investisseur n’est-il pas d’obtenir un bon rendement ? Lorsqu’il s’agit d’acquérir un fonds commun de placement, il s’informe donc de la performance passée et prend souvent sa décision uniquement en fonction de ce critère. C’est ce qu’on appelle le « biais de résultat ». Toutefois, l’homme d’affaires et écrivain Rolf Dobelli, auteur du livre à succès The Art of Thinking Clearly, nous rappelle qu’il est nécessaire de se pencher aussi sur d’autres facteurs moins évidents comme la méthode utilisée, le degré de risque et la variabilité des rendements historiques.

Dans le cas de James Adducci, une analyse un peu plus approfondie de son approche nous révèle des lacunes en ce qui a trait à la qualité de son processus. En effet, au prestigieux Tournoi des Maîtres, il a misé 85  000 $ sur le golfeur Tiger Woods, même si ce dernier n’avait remporté aucun tournoi majeur au cours des onze dernières années. Mais ce qui est encore plus incroyable, c’est la raison qu’il a invoquée : d’après lui, la simple présence des enfants au golfeur suffirait à lui donner la motivation nécessaire pour offrir une brillante performance !

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« À la Bourse, il y a deux règles fondamentales à respecter. La première, c’est de ne pas perdre ; la seconde, c’est de ne jamais oublier la première. »

—Warren Buffett

Bien sûr, nous vous déconseillons fortement de tenter cette expérience. Or, nombreux sont ceux qui se comportent sensiblement de la même manière à la Bourse en se concentrant uniquement sur la performance. Ils oublient que le passé n’est pas garant de l’avenir. À titre d’exemple, plusieurs investisseurs font confiance au système de cotation d’une à cinq étoiles de Morningstar pour choisir un fonds commun de placement. Malheureusement, parmi les 248 membres cotés cinq étoiles du groupe en 1999, seulement quatre sont demeurés dans ce classement après une décennie et 87 d’entre eux ont disparu (2)…

La première fois qu’une organisation offre ses actions à la communauté financière, elle effectue un premier appel public à l’épargne (PAPE). Le but de cette opération est de lever des capitaux pour financer sa croissance. Il est reconnu qu’à très court terme, cette catégorie de placement procure des rendements spectaculaires. D’après Jay R. Ritter, professeur de finance à l’Université de Floride, le rendement moyen généré lors d’une première séance de négociation entre 1980 et 2014 a été de 18,6 % (3). Il est donc normal d’être tenté d’investir dans un PAPE, et ce, sans aucune analyse financière préalable. Or, d’après une étude menée et publiée en 2014 par deux chercheurs de la London Business School, la performance moyenne enregistrée par un PAPE dans les deux années suivant une entrée en Bourse est de 27 % inférieure à celle que génère un indice de référence pertinent (4).

Comme vous vous en doutez sûrement, il est impossible de prévoir avec régularité le comportement d’un titre ou la performance future d’un gestionnaire de portefeuille. Par conséquent, il faut accepter le fait que les transactions perdantes et les séquences de rendements décevants font partie de la réalité. Malgré tout, nous devons nous efforcer de mettre en place une procédure pour favoriser des choix éclairés. Pour ce faire, le Dr Andrew Menaker, psychologue et expert en coaching de performance pour les professionnels de la finance, recommande de classer les décisions d’investissement passées selon deux critères : la qualité de l’analyse et le résultat obtenu5 (tableau 1).

Décisions

Grâce à l’outil d’analyse du Dr Menaker, nous sommes en mesure de parfaire notre méthode d’analyse tout en conservant un niveau de confiance élevé lorsque nous sommes découragés ou que nous percevons une forme d’injustice par rapport aux résultats de certaines transactions (bonne analyse et résultat négatif).

Mieux vaut privilégier le style valeur, une approche qui a fait ses preuves. Grâce à une évaluation boursière abordable, une action de style valeur procure à la fois un potentiel de rendement intéressant et une marge de sécurité attrayante, en ce sens qu’elle offre une meilleure protection à la baisse. Investir dans des actions d’entreprises qui sont des chefs de file de leur industrie et qui répondent au « principe 3 pour 1 », c’est-à-dire que le prix cible doit offrir un potentiel de rendement au moins trois fois supérieur au prix plancher. Par exemple, si on détermine le prix plancher de l’action XYZ à 10 $ et que cette dernière s’échange à 15 $, le prix cible doit être au minimum de 30 $ pour que l’action mérite une place au portefeuille.

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Autrement dit, il faut faire la bonne chose au bon moment plutôt que de s’intéresser uniquement au résultat, un élément sur lequel nous n’avons aucune emprise. Miser sur le processus, c’est aussi miser sur une performance boursière satisfaisante à long terme.

RÉFÉRENCES

  1. Regina Garcia Cano (2019). Wisconsin man’s wager on Tiger earns him more than US$ 1.2M, CTV News, 15 avril.
  2. Spencer Jakab (2016). Heads I Win, Tails I Win. Portfolio/Penguin.
  3. Ibid.
  4. CFA Institute (2016). Understanding Behavioral Biases, Audio/Video Transcripts.
  5. Andrew Menaker (2011). Advanced Course: Master Yourself, Master Your Trading, Trading Psychology Consultant.

 

Publié dans

Jonathan Bolduc et Daniel Ouellet

Groupe Ouellet Bolduc