Ouvrir grand les ailes

En matière de bons restaurants et de bonnes brasseries d’influence parisienne dans la métropole, on a déjà quelques très bonnes adresses où s’attabler dignement : L’Express, le Leméac, Le Café Cherrier, L’Entrecôte Saint-Jean. Des institutions de haute volée qui fonctionnent toujours très bien.

S’y ajoute incontestablement le Monarque, qui trône au sommet de la liste des restos de l’heure, mais qui saura, à mon avis, faire tant de nombreux adeptes qu’il deviendra le cocon de prédilection de gastronomes, tous portefeuilles confondus. Tout ce qui s’en dégage évoque la solidité, la pérennité. Tout d’abord, les lieux. Avec ses 127 pieds de long (c’est vraiment immense !), le restaurant, qui traverse tout l’espace existant entre la rue Saint-Jacques et la rue Notre-Dame, est divisé en deux : section brasserie et section salle à manger.

Côté brasserie, où l’on peut accueillir entre 52 et 82 personnes – dont 19 dans de très confortables sièges au bar –, l’ambiance est d’un chic que je qualifierais de « bon enfant ». C’est chic sans être guindé. Dans l’espace de la salle à manger, d’une capacité de 80 à 110 personnes, les nappes blanches marquent la distinction des espaces. Côté brasserie, il n’y en a tout simplement aucune. Tout l’espace respire le bon goût, des jolis motifs de céramique au sol aux splendides murs de brique, en passant par les grandes baies vitrées, tout au fond.

Les fourchettes sont simples et jolies, les gros glaçons cubiques des cocktails portent quant à eux tous le sceau du restaurant (un papillon, évidemment), et le personnel est non seulement souriant, mais très affable. Si vous y allez deux ou trois fois, il y a de bonnes chances qu’on se souvienne de vous. Et on a pensé à tout pour vous mettre à l’aise. Même au stationnement, qu’on vous facture 10 $ à votre table, à la fin du repas ! Elle est pas belle, la vie ?

Dans l’assiette, c’est la fête. La brasserie et la salle à manger ont leur menu respectif, de l’entrée au dessert, et ce soir-là, nous sommes allées tester le menu brasserie seulement. Le chef, le talentueux Jérémie, ne laisse absolument rien aux désordres du hasard. Ça roule et ça roule au quart de tour. Et quelles équipes ! Une pour la brasserie, une pour la salle à manger.

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Des exemples de ce qu’on peut y déguster ? En brasserie, un succulent tartare de truite de mer avec aubergine au miso, radis et moutarde, ou encore un os à moelle avec escargots ou un généreux parfait de foie gras. Pour ma part, j’ai eu un coup de foudre, un vrai, avec toutes les émotions qui s’y rattachent, pour la pieuvre grillée avec fattouche, labneh et chermoula. Le céphalopode est d’une exquise tendreté et ses accompagnements, d’une fraîcheur inouïe.

Mon invitée et moi avons aussi été soufflées par ce farrotto (un risotto à base de farro, un grain qu’on appelle aussi épeautre) au homard, roquette et citron. Une petite merveille réconfortante, presque autant que les raviolis d’agneau braisé accompagnés de pois frais, de menthe et de pecorino ou la boulette de veau au taleggio et sa polenta.

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Ah ! Et le clou : ces belles frites dorées de brasserie. Elles arrivent dans un cornet, nombreuses, salées et croustillantes à souhait. Tout amateur de frites sera conquis, c’est assuré. Et les gougères, pseudo-innocentes entrées chaudes à déguster (ou à engloutir, pour certains). Aériennes, douces et tièdes, on ne pourrait demander mieux en la matière. C’est le nouveau péché mignon à se mettre sous la dent…

Et les desserts ? Lisa Yu, chef pâtissière et conjointe du chef, se surpasse. Reprendriez-vous encore un peu de cette légère pavlova au fruit de la passion à la craquante meringue ou de cet impressionnant gâteau blanc recouvert de ricotta crémeuse, de fraises fraîches et de compotée de fraises et de rhubarbe ? Sinon, le kouign-amann à l’érable est admirablement bien réussi.

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Qu’on s’installe à une chic table nappée dans la salle à manger ou dans l’un des confortables sièges du bar, en solo, en duo ou en groupe, on ne peut tout simplement pas passer un mauvais moment au Monarque. Olivier Visentin, maître d’hôtel, est un hôte tout ce qu’il y a de plus chaleureux. Lui aussi fils de restaurateurs, tout comme le chef, Jérémie Bastien (fils de Richard Bastien, également copropriétaire du Leméac et propriétaire du Mitoyen, à Laval), il connaît la business et saura exactement ce qu’il faut faire pour vous mettre à l’aise dès le pas de la porte de l’établissement franchi. Il vous attend. Et c’est vrai : on se sent attendu. Comme les monarques en été. Ainsi enveloppés, le cœur léger, on peut aisément déployer nos ailes. Le restaurant, quant à lui, vous ouvre grand ses bras pour vous faire papillonner de saveur en bonheur, et de bonheur en souvenir.

Longue vie au roi !

MONARQUE

406, rue Saint-Jacques Montréal
514 875-3896
restaurantmonarque.ca
Brasserie 11 h 30 à minuit du lundi au vendredi
17 h à minuit le samedi et le dimanche
Salle à manger 11 h 30 à 14 h du lundi au vendredi
17 h 30 à 22 h du lundi au dimanche
Réservations en ligne
Environ 115 $ pour deux sans alcool, taxes et service (en brasserie)
Salle privée : 32 personnes max.

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Marie-Sophie L'Heureux

Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice du magazine Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à la radio d'ICI Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et journaliste voyage pour d'autres médias.