La vie après la pratique

Les gens s’étonnent parfois d’apprendre que les médecins nourrissent des inquiétudes financières à l’approche de la retraite. Après tout, la profession médicale ne fait-elle pas partie des professions les mieux rémunérées ? Mais ce n’est pas aussi simple. Le fait de bien gagner sa vie ne mène pas nécessairement à une retraite confortable. Comme les médecins sont pour la plupart des travailleurs autonomes, la majorité d’entre eux ne bénéficient pas d’un fonds de pension, et leur retraite dépend quasi uniquement de leurs épargnes accumulées. Réussir sa retraite, dans ce contexte, exige une bonne planification. Les médecins sont-ils suffisamment préparés ?

Une enquête réalisée par la firme Environics Research pour le compte de Gestion financière MD a permis d’obtenir un aperçu de la situation. L’Enquête de MD sur la préparation à la retraite des médecins1 visait à déterminer comment les médecins envisageaient le jour où ils cesseraient de pratiquer et de quelle façon ils s’y préparaient. À cette fin, un sondage pancanadien en ligne a été effectué entre le 12 août et le 4 septembre 2018 auprès de médecins omnipraticiens et spécialistes de plus de 40 ans travaillant à temps plein. Au total, 402 médecins, âgés en moyenne de 55 ans, se sont prêtés à l’exercice. Voyons de plus près ce qui ressort de cette enquête.

Pas d’âge précis en tête pour la retraite

Parmi les médecins sondés, moins de la moitié ont un âge en tête pour tirer leur révérence. Pour les autres, l’âge prévu du départ est en moyen-ne 65,3 ans, et seulement 14 % envisagent de se retirer avant 65 ans.

L’âge souhaité de la retraite tend aussi à diminuer selon l’âge actuel des médecins d’après ce qu’a pu observer Catherine Fournier, planificatrice financière du bureau de Québec de Gestion MD limitée. « Les médecins de moins de 45 ans souhaitent arrêter plus tôt que la moyenne mentionnée dans l’étude. Il est d’autant plus important qu’ils réfléchissent à leur plan et qu’ils dressent des stratégies d’épargne adéquates tôt en carrière s’ils veulent y arriver. »

L’enquête démontre que plusieurs facteurs peuvent influer sur le moment du départ à la retraite. La valeur du portefeuille de placements prévu à cette fin est certes un élément déterminant, mais d’autres variables comme l’état de santé du médecin, son niveau d’énergie ainsi que la nécessité de soutenir financièrement ses enfants aux études ont aussi un rôle à jouer.

Par ailleurs, de nombreux médecins québécois (41 %) indiquent que les répercussions de leur départ sur leur communauté auront beaucoup de poids dans leur décision, ce qui n’a rien d’étonnant dans le contexte actuel de pénurie.

Après s’être dévoués entièrement à la pratique pendant des décennies, certains médecins appréhendent l’heure de quitter cette profession, qui fait intimement partie de leur identité, et vont choisir de se retirer progressivement. Cette approche leur permet d’apprivoiser graduellement leur nouvelle vie et toutes les possibilités qui s’offrent à eux.

Les pressions financières, source d’inquiétude pour plusieurs

Dans les années précédant la fin de leur vie professionnelle, 93 % des médecins sondés placent l’épargne pour la retraite en tête de leurs priorités financières. Ils sont aussi très nombreux à vouloir améliorer le rendement de leurs placements (92 %) et à prendre des mesures pour assurer leur protection et celle de leur famille en cas de maladie, d’invalidité ou de décès (87 %).

Aux yeux de Catherine Fournier, il est particulièrement important pour les médecins d’avoir une bonne assurance invalidité. « La qualité de vie de leur famille ainsi que tous leurs projets futurs reposent sur leur capacité à gagner des revenus dans les prochaines années, explique-t-elle. S’ils perdent cette capacité et que l’assurance n’est pas suffisante pour maintenir le niveau d’épargne requis, ils ne pourront malheureusement pas atteindre leurs objectifs, et leur situation financière pourrait s’en trouver compromise. »

la vie apres la pratique

Même s’ils gagnent bien leur vie, les médecins ne sont pas à l’abri des pressions financières. Certains doivent prendre soin de parents âgés, payer les études de leurs enfants et rembourser des dettes de consommation ou un emprunt hypothécaire. Jongler avec toutes ces obligations financières peut être stressant. L’enquête révèle que 16 % des médecins québécois sont préoccupés par le fait de pouvoir joindre les deux bouts d’un mois à l’autre, et 37 % trouvent difficile d’épargner pour la retraite. Plus de la moitié (52 %) craignent que des dépenses imprévues aient des répercussions sur leur plan financier.

Selon les conclusions de l’enquête, les médecins les plus susceptibles de s’inquiéter de leur avenir financier sont ceux qui ont moins de 50 ans, ceux qui ont des enfants vivant encore sous leur toit, ceux qui ont des dettes à rembourser, ceux qui ont accumulé moins d’actifs financiers et ceux qui n’ont pas de plan concret pour la retraite.

La retraite : plus de positif que de négatif

Outre l’aspect financier, d’autres facteurs suscitent de l’inquiétude chez les médecins à l’approche de la retraite. Bon nombre de sondés s’inquiètent à l’idée de vieillir et de voir leur santé se détériorer (52 %), de vivre avec moins de revenus à la retraite (45 %) et de perdre en partie leur identité (36 %).

Toutefois, la plupart voient dans cette prochaine étape de leur vie davantage de points positifs que de motifs de préoccupation. Les trois quarts des médecins se réjouissent à la perspective de pouvoir voyager, s’adonner à leurs passe-temps favoris, développer de nouveaux champs d’intérêt et consacrer plus de temps à la famille et aux amis. Les deux tiers voient aussi d’un bon œil la possibilité d’échapper au rythme effréné et stressant de la vie de médecin.

La planification favorise la tranquillité d’esprit

L’enquête met au jour le fait que les médecins s’investissent modérément dans la planification de leur retraite et le suivi de leurs placements. En effet, la moitié d’entre eux n’ont qu’une idée générale de ce qu’ils feront à la retraite, et environ le quart s’intéressent de près à leurs placements.

L’enquête indique toutefois qu’une planification réfléchie aide les médecins à envisager la retraite avec confiance. Le tiers des médecins ont établi un plan et des objectifs concrets pour la retraite. Comme ils savent davantage où ils s’en vont, ils sont plus nombreux à disposer d’un plan financier à long terme (96 %) qu’ils s’efforcent de suivre et à avoir confiance de se diriger vers une retraite confortable (88 %).

Avoir un plan a manifestement une incidence sur les actifs accumulés pour la retraite. On constate en effet que les médecins qui en ont un devancent leurs confrères au chapitre des économies accumulées. Ils sont en effet plus nombreux à avoir amassé 2 millions de dollars ou plus et à se sentir bien préparés pour la retraite.

la vie après la pratique

Si cette somme peut sembler élevée pour certains, elle sera insuffisante pour d’autres. « La somme d’actifs requise pour la retraite est totalement variable d’une personne à une autre, précise Catherine Fournier. On peut difficilement avancer de chiffre générique, car il y a trop d’hypothèses différentes qui entrent en jeu. Chaque médecin doit trouver les bonnes variables à utiliser en fonction de ses besoins : âge souhaité, projets, coût de vie prévu, risque de placement maximum, etc. La clé, c’est de commencer tôt et de mettre en place un plan financier qui lui permettra de jouir d’une belle retraite. »

Et vous, êtes-vous bien préparé ?

Préparer sa retraite, c’est avant tout prendre un temps d’arrêt pour réfléchir à ce que sera sa vie après la pratique. À quel âge envisagez-vous d’accrocher votre stéthoscope ? Que ferez-vous une fois à la retraite ? Comment occuperez-vous vos temps libres ? Allez-vous voyager, jouer au golf ? Comptez-vous déménager dans un logement plus petit ? Qu’arriverait-il en cas de problèmes de santé ou de mobilité ? Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses questions à se poser…n

  1. RÉFÉRENCE
    Environics Research (2018). Enquête de MD sur la préparation à la retraite des médecins. Récupérée sur le site de Gestion financière MD le 6 juin 2019. À moins d’indications contraires, les données fournies dans le présent article proviennent de cette enquête. Pour télécharger le rapport complet, s’inscrire.

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Publié dans

Nicolas Karaoglanian

Planificateur financier, Gestion MD limitée