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Contrôler son bonheur ?

Peut-on être heureux malgré les coups durs, les accidents, les échecs et les malchances ? A contrario, est-on forcément heureux parce que la chance nous sourit ?

Prenez le temps de réfléchir aux deux situations différentes suivantes :

  1. Vous devenez millionnaire grâce à la loterie.
  2. Vous devenez paraplégique à la suite d’un accident de voiture.

Selon vous, dans un an, laquelle de ces deux situations vous procurera le niveau de bonheur le plus élevé ?

Bien entendu, la première situation nous semble un choix évident. Et pourtant, des chercheurs de l’Université Northwestern(1) ont démontré qu’un groupe d’individus devenus paralysés à la suite d’un accident avait atteint sensiblement le même niveau de bonheur qu’un groupe de gagnants à la loterie un an après l’événement qui a changé leur vie. Qu’est-ce qui explique un tel constat ?

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D’une part, Daniel Gilbert, professeur de psychologie à l’Université Harvard, avance qu’il est possible d’être heureux, et ce, malgré la survenue d’une situation dramatique(2). Selon lui, l’être humain a la capacité de se sentir bien même lorsqu’un événement malencontreux se produit, comme une rupture amoureuse ou un échec professionnel. En effet, il est d’avis qu’on a tendance à surestimer les conséquences négatives d’un incident traumatisant sur notre niveau de bonheur ; c’est ce qu’on appelle le « biais d’impact ».

D’autre part, la psychologue Sonja Lyubomirsky affirme que notre aptitude au bonheur est déterminée à 50 % par notre patrimoine génétique et à 10 % par des circonstances extérieures, deux éléments sur lesquels on n’a aucune influence. Pour les 40 % restants, notre bonheur dépend de nous et de notre quête, c’est-à-dire de nos actions, de nos efforts, de nos pensées et de notre volonté(3).

En fin de compte, pour répondre à la question posée dans le titre, on a donc, oui, une certaine emprise sur notre niveau de bonheur. Le but de cet article est de vous faire part de cinq conseils pratiques — et simples ! — à appliquer pour cultiver votre bonheur.

  1. Pratiquez la gratitude. Cette technique permet de diriger votre attention sur les aspects heureux de votre vie et de la détourner de ce qui vous manque. D’ailleurs, selon une équipe de chercheurs(4), le simple fait de tenir un journal dans lequel on note quotidiennement des éléments de satisfaction et d’appréciation (p. ex. : merci pour la santé, merci pour la belle soirée passée en famille, merci pour le service rendu par mon ami, etc.) nous rend plus alertes, plus généreux, plus heureux et plus optimistes.
  2.  Dormez suffisamment. Lorsqu’il est question d’améliorer notre forme physique, on pense à adopter une alimentation saine et équilibrée et à pratiquer une activité physique. Toutefois, une bonne hygiène de sommeil est aussi primordiale, la fatigue chronique étant un facteur de risque de maladies comme l’obésité, le diabète, l’hypertension et la dépression(5). De plus, même une privation partielle de sommeil a un effet néfaste sur notre humeur. Ainsi, après avoir dormi seulement 4,5 heures par nuit pendant une semaine, les participants à une étude(6) ont indiqué qu’ils ressentaient plus de colère, de tristesse et de stress. Lorsqu’ils ont repris leur cycle normal de sommeil, ils ont noté une nette amélioration de leur humeur.
  3. Profitez de la nature. Lors d’une expérience(7), on a demandé à des participants de marcher pendant 50 minutes. Ils avaient avant tout été séparés en deux groupes. Le premier s’est baladé en milieu naturel, tandis que le second s’est promené en ville. Les résultats confirment les bienfaits de la nature : une diminution plus importante du niveau d’anxiété et du nombre de pensées négatives envahissantes ainsi qu’une plus grande facilité à éprouver des émotions positives.
  4. Socialisez. Saviez-vous que, pour notre santé, le fait d’être isolé correspond à fumer quinze cigarettes par jour (8) ? D’après Julie Lévesque, conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, l’isolement social augmente le risque de mort prématurée dans une proportion de 20 % à 50 %(9). Auparavant, la solitude était surtout le lot des personnes âgées. Aujourd’hui, la sociologue Cécile Van de Velde parle d’épidémie, puisque la solitude descend la pyramide des âges(10). La solution pour contrer ce fléau réside dans la qualité de nos relations sociales. Après avoir observé le quotidien de 724 hommes pendant 75 ans, les scientifiques de l’Université Harvard ont conclu ceci : les personnes les plus proches de leur famille, de leurs amis et de leur cercle social sont plus heureuses et en meilleure santé que celles qui sont isolées(11).
  5. Offrez-vous des expériences. L’adaptation hédonique est le principe selon lequel notre cerveau s’adapte continuellement à ce qu’on vit. C’est pourquoi on s’habitue rapidement à notre nouvelle console de jeux vidéo, à une nouvelle voiture ou à une nouvelle maison. Toutefois, après un certain temps, le plaisir procuré par le bien matériel nouvellement acquis diminue au point de disparaître. En investissant plutôt dans des expériences comme un concert, un voyage ou un souper entre amis, on a plus de chances que ce souvenir dure en raison de l’unicité du moment vécu(12). En outre, on profite de deux bienfaits inattendus. D’abord, on est plus enthousiaste à l’idée de vivre une expérience que de se procurer un nouveau bien matériel(13). Par conséquent, notre bonheur s’étend au-delà du moment précis où on vit l’expérience. Ensuite, lorsqu’on raconte une expérience à quelqu’un, ce dernier a une opinion plus favorable à notre égard que si on lui parle de l’achat d’une nouvelle paire de chaussures, par exemple(14). Ainsi, on dégage une impression plus positive lorsque notre bonheur repose sur des valeurs plus profondes.

Qu’en est-il de l’argent ?

Maintenant, vous vous demandez sûrement quelle est l’influence de l’argent sur le degré de bonheur. Dans un sondage(15) mené auprès de quelque 25 000 diplômés et étudiants universitaires, le réseau social professionnel LinkedIn a posé la question qui suit :

Dans votre recherche d’emploi, quels sont les cinq principaux critères qui guident votre décision ? Sans surprise, l’aspect financier était le facteur le plus important.

Rémunération 61 %
Équilibre de vie 56 %
Avoir un impact 40 %
Culture 39 %
Cheminement de carrière 37 %

Or, les répondants ne voient peut-être pas tout à fait juste. Certainement, l’argent contribue à améliorer la qualité de vie, mais son effet est marginal sur l’humeur au quotidien. D’après le psychologue Daniel Kahneman et l’économiste Angus Deaton, une personne peut être très à l’aise financièrement tout en étant très malheureuse. En effet, ce qu’on ressent au jour le jour est variable. Est-on anxieux, euphorique ou en colère ? Peu importe la rémunération, tout le monde vit des hauts et des bas émotionnels. De plus, d’après les mêmes chercheurs(16), il semble qu’au-delà d’un revenu annuel de 75 000 $, notre degré de bonheur est beaucoup moins influencé par un accroissement de la richesse.

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Également, on est constamment en quête d’un meilleur salaire sous prétexte que cela nous rendra plus heureux. Cependant, c’est un idéal qui n’est jamais atteint, accompli. Par exemple, on a demandé à des gens gagnant respectivement un revenu annuel de 30 000 $ et de 100 000 $ de nous indiquer le salaire requis pour être heureux(17). Pour le premier groupe, le montant moyen nécessaire était de 50 000 $, alors que, pour le second, il était de 250 000 $. À ce propos, une étude révèle que, pour chaque augmentation salariale de 1 $, on aurait souhaité recevoir une hausse de 1,40 $(18) ! Comme quoi notre appétit pour l’argent semble insatiable !

« Rien n’est bon ni mauvais en soi, tout dépend de ce que l’on pense. »

– William Shakespeare, dramaturge, écrivain et poète anglais

Les conseillers financiers accompagnent leurs clients dans tous les aspects de la planification financière et de la gestion de portefeuille afin qu’ils puissent atteindre leurs objectifs financiers. Malheureusement, plusieurs facteurs qui échappent au contrôle des premiers peuvent nuire au bonheur des seconds, comme le décès d’un proche, un congédiement, un divorce ou une performance boursière décevante. Les trucs proposés ci-dessus vous aideront à mieux composer avec les aléas de la vie, car, après tout, comme l’adage le dit si bien… « l’argent [seul] ne fait pas le bonheur ! »

 

RÉFÉRENCES

  1. Brickman, Philip, Dan Coates et Ronnie Janoff-Bulman (1978). Lottery winners and accident victims: is happiness relative? Journal of Personality and Social Psychology, 36(8), 917–927.
  2. Daniel Gilbert (2007). Stumbling on happiness. Vintage Canada.
  3. Sonja Lyubomirsky (2008). The How of Happiness: A New Approach to Getting the Life You Want. Penguin Books.
  4. Robert Emmons (2010). Why gratitude is good. Greater Good Magazine.
  5. Colten, Harvey R. et Bruce M. Altevogt (2006). Sleep disorders and sleep deprivation: an unmet public health problem. Washington, DC: The National Academies Press.
  6. Dinges, David, F. Pack, K. Williams, K. A. Gillen, J. W. Powell, G. E. Ott… A. I. Pack. (1997). Cumulative Sleepiness, mood disturbance, and psychomotor vigilance performance decrements during a week of sleep restricted to 4–5 hours per night. Sleep, 20(4), 267–277.
  7. Bratman, Gregory N., Gretchen C. Daily, Benjamin J. Levy et James J. Gross. (2015). The benefits of nature experience: improved affect and cognition. Landscape and Urban Planning, 138, 41–50.
  8. Holt-Lunstad, Julianne, T. B. Smith, M. Baker, T. Harris et D. Stephenson. (2015). Loneliness and social isolation as risk factors for mortality: a meta-analytic review. Perspectives on Psychological Science, 10(2), 227–237.
  9. Marie-France Bélanger (2019). La solitude est-elle une maladie ? [Webradio] Dans la série Le bar des sciences de l’émission  Les années lumière. ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-annees-lumiere/segments/entrevue/116515/science-bar-des-sciences-medecine-sante-isolement-solitude-est-elle-maladie.
  10. Marie-France Bélanger (2019). « La solitude est-elle une maladie ? » Les années-lumière. Radio-Canada.ca.
  11. Liz Mineo (2017). Good genes are nice, but joy is better. The Harvard Gazette.
  12. Van Boven, Leaf et Thomas Gilovich (2004). « To do or to have? That is the question ». Journal of Personality and Social Psychology, 85 (6), 1193–1202.
  13. Kumar, A., M. A. Killingsworth et T. Gilovich (2014). Waiting for Merlot: anticipatory consumption of experiential and material purchases. Psychological Science, 25(10), 1924–1931.
  14. Van Boven, Leaf, Margaret C. Campbell et Thomas Gilovich (2010). Stigmatizing materialism: on stereotypes and impressions of materialistic and experiential pursuits. Personality and Social Psychology Bulletin, 36(4), 551–563.
  15. LinkedIn Survey (2014). What recent grads care the most about.
  16. DKahneman, Daniel et Angus Deaton (2010). High income improves evaluation of life but not emotional well-being. Center for Health and Well-being. Princeton: Princeton University.
  17. Sonja Lyubomirsky (2008). The How of Happiness: A New Approach to Getting the Life You Want. Penguin Books.
  18. Van Praag, Bernard et Paul Frijters (1999). The measurement of welfare and well-being: The Leyden approach. Dans E. Diener, D. Kahneman et N. Schwarz (dir.), Well-Being : The foundation of hedonic psychology (p. 413–433). New York: Russel Sage Foundation.
Publié dans

Jonathan Bolduc et Daniel Ouellet

Groupe Ouellet Bolduc
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