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Les mille et une vies du vin

Entre deux bourrasques de flocons contre la fenêtre, vous préparez un café en observant la quinzaine de bouteilles de vin qui égaient votre cuisine. Récemment, vous vous êtes emporté et avez pétri, roulé, garni la pâte d’une vingtaine de tourtières, que vous avez ensuite enfournées. Un petit bonheur hivernal, malgré la cuisine enfarinée. Ce trop-plein de plats en croûte et l’amour des grandes tablées vous a poussé à réunir vos proches par une froide soirée d’hiver. Tout le monde a débarqué avec une bouteille sous le bras, et vous avez joué du tire-bouchon afin de satisfaire les envies de chacun. Mais il reste du vin dans les bouteilles, et l’idée de partager avec l’évier ne vous enchante pas tant que ça. Ne vous inquiétez pas. Du verre à la casserole, le vin a au moins deux vies.

Conserver les bouteilles entamées

Le vin est un produit vivant qui, contrairement à nous, n’est pas un grand goinfre d’oxygène, même s’il existe quelques exceptions – que nous tairons ici. Afin de préserver toute la passion d’un vigneron pour ses raisins, il importe de refermer rapidement une bouteille entamée. Bien qu’optionnelle, une petite pompe permettant de faire le vide d’air vous permettra d’obtenir de meilleurs résultats. Et puis hop, au frais ! C’est que l’action du froid ralentit la détérioration des vins. Il suffira de sortir le rouge quelques heures avant sa consommation afin de l’apprécier pleinement. Ces bouteilles préservées pourront servir à trinquer dans les jours qui suivent.

Profitez du choix – et de petites gorgées – afin de découvrir d’heureux accords mets et vins. Les essais-erreurs sont souvent propices à de surprenantes trouvailles. Clin d’œil aux chips et champagne, ou aux charcuteries et vin blanc. Votre palais est votre meilleur ami. Si une bouteille destinée à être consommée dans les jours qui suivent ne vous plaît pas, direction cuisine ! La vie est trop courte pour boire triste.

Qu’ils soient blancs, rouges ou couleur princesse, les vins affectés à la popote méritent d’être, eux aussi, couverts d’un bouchon et conservés au réfrigérateur. N’hésitez pas à transvaser le reste d’une bouteille dans un contenant plus petit, à condition que celui-ci soit propre et bien hermétique. Le vin pourra ainsi égayer vos plats pendant trois à quatre semaines. Si un trop-plein de bouteilles entamées se présente, glisser le tout dans des moules à glaçons. Conservé au congélateur, chaque cube pourra combler une envie en cuisine. Et le vin bouchonné ? Dans les limites du raisonnable, ce dernier peut être récupéré pour cuisiner un bœuf bourguignon ou autre cuisson longue. Et l’effervescent dont les bulles ont rendu l’âme ? Utilisez-le comme un vin tranquille !

Cuisiner les couleurs

Advenant qu’il vous reste du blanc, ajoutez-en aux oignons qui frémissent dans votre poêle beurrée. Vous récupérerez ainsi les sucs de cuisson. C’est ce qu’on appelle déglacer. Si vous faites partie de ceux qui mettent des oignons dans leur pâté chinois, pensez-y ! Dans un registre océanique, faites une sauce au beurre blanc afin d’accompagner vos poissons ou pétoncles ou encore une prochaine soirée moules-frites. Plutôt terre que mer ? Optez pour un risotto garni selon vos petits plaisirs (truffe, shiitake, chorizo, poireau, etc.). En plus de muscler l’un de vos bras, vous y passerez une bonne quantité de vin. À cette époque de l’année, une fondue au fromage est aussi un choix judicieux.

À l’instar des petits oignons fondants, déglacez au moyen d’un reste de vin rouge une viande en fin de cuisson. Un petit fond agrémentera aussi une sauce bolognaise ou des œufs pochés en sauce meurette. Contrairement à la croyance populaire, le rouge se recycle très bien dans les recettes de desserts : poires pochées, caramel au vin rouge ou gâteau au vin rouge… Ce dernier est une recette alsacienne (région viticole du nord-est de la France) au goût de cannelle et de chocolat. Incroyablement moelleux et simple à réaliser, il bluffe à tous coups. Toujours en accord avec la saison, profitez d’un reste de bouteille entamée pour préparer un thermos de vin chaud délicieusement parfumé. Une option autre que le chocolat chaud qui aromatisera l’après-séance de raquettes.

En cuisine s’invite aussi le rosé ! Quelques gouttes parfumeront votre sauté de crevettes ou d’émincés de poulet. Et pourquoi ne pas réaliser un coq au vin… rosé ? Ses airs polyvalents font écho en cuisine, où il anime de nombreuses combinaisons. Oserez-vous l’essayer ?

Dans l’effervescence des parfums d’intérieur orange-cannelle qui teintent la saison à nos portes, le vin en extra se glisse dans votre quotidien plus souvent qu’à l’habitude. Exploitez cette occasion afin de regoûter une boisson qui vous a plu la veille ou de partager quelques lampées avec vos recettes. De quoi donner un petit oumph à vos coups de fourchette ! Dans un élan de motivation, il est même aussi possible de fabriquer son vinaigre maison. C’est que le monde du vin est rempli de subtilités et de possibilités. Comme le statuait Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Sourire en coin, prenez soin de ranger au frigo une bouteille qui chatouille votre fibre gastronomique. Après tout, vous vouliez aussi faire des pâtes au saumon, non ?

 

LES SUGGESTIONS DE JESSICA

COUR-CHEVERNY, FRANÇOIS 1ER, DOMAINE DES HUARDS, 2016
[CODE SAQ 12476452]
PRIX 33,25 $

Le Cour-Cheverny est une appellation du Vignoble de Touraine (Loire) et se distingue par son cépage rare, le romorantin. J’apprécie tout particulièrement cette cuvée, issue de vignes d’environ 75 ans. D’explosifs arômes d’agrumes, typiques du cépage, valsent dans le verre. À cela s’ajoute un brin de fleurs, de miel et de mirabelles. En bouche, le vin recèle un étonnant équilibre entre finesse et puissance. Fraîcheur et minéralité signent la finale, persistante. Pensez pâtes au pesto ou tartare d’écrevisses et avocat.

MINERVOIS, LA MÈRE GRAND, LE VIGNOBLE DU LOUP BLANC, 2015
[CODE SAQ 10528221]
PRIX 28,35 $

Le Vignoble du Loup Blanc est né d’une passion commune pour le vin entre Alain Rochard, Laurent et Carine Farre, et Nicolas Gaignon. Les deux premiers font partie de ces Français qui ont vécu le rêve québécois. Leur talent d’entre­preneur recense des adresses réputées, telles que le Bar à vin Rouge Gorge (Montréal). Issue d’un assemblage de grenache, de carignan et de syrah, cette cuvée du Languedoc-Roussillon dévoile des arômes de tapenade, de cassis et de notes torréfiées. En bouche, les tanins charnus appellent un cassoulet, ou encore un pâté chinois relevé (et ses petits oignons fondants). En finale, notes de moka et délicate amertume se côtoient. Charmeur !

AMERMELADE, APÉRITIF À BASE DE GENTIANE, LES SPRITUEUX IBERVILLE
[CODE SAQ 14070966]
PRIX 21,30 $

Les Spiritueux Iberville allient brillamment le savoir-faire italien aux ingrédients québécois. Ainsi est né le premier apéritif amer de la Belle Province. Inspiré par ses cousins — Aperol et Campari —, l’Amermelade présente quelques subtilités, notamment dans le mélange d’herbes qui le compose. Le gingembre, la verveine, le myrique baumier et l’argousier, entre autres, permettent de trinquer à des saveurs familières aux Québécois. Cet apéritif sent bon les agrumes et le sapin. En bouche, l’amertume s’impose sous des airs de pamplemousse rose et d’eucalyptus. Ajoutez-y une lampée d’eau gazéifiée (idéalement québécoise), et d’effervescent (idéalement québécois aussi) et une poignée de glaçons. Voilà un beau spritz pour les apéros.

Pour joindre Jessica Ouellet : jss.ouellet@gmail.com

Publié dans

Jessica Ouellet

Sommelière et blogueuse vins (Le Cellier de Jess).
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