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Seuls ensemble

Seul, oublié.

« L’admission arrive ! » On se campe le long des murs glauques et violets du corridor du 8eD, accrochés comme des mouches sur les barrières en plastique, observant la scène.

Le patient arrive, intubé, à moitié découvert, nu et vulnérable au milieu de son lit. Il doit avoir à peu près 50 ans, ou un 40 abîmé par les épreuves du temps. On voit son crâne chauve, sa longue barbe terne, grisonnante, devenue asthénique avec les années. La mâchoire découpe un cou maigre, à l’allure rêche comme du papier sablé, qui trône sur un corps qu’on dirait sorti d’un camp de concentration, affamé de plaisirs et d’amour, avec, en complément, une chair cendrée et sclérosée décorant les plis des coudes et quelques tatouages déformés par la peau flétrie. Quelques bâtons de pierre ponce atrophiés pendouillent en guise de jambes et de bras rachitiques. Le tout assaille nos narines d’une odeur nauséabonde grimpant en volutes vers le carrelage du plafond.

Un parfait inconnu l’a retrouvé face contre tuile, dans le métro, les yeux révulsés et asynchrones, les lèvres trempant dans sa bile et son sang. Il n’avait pas de pouls à l’arrivée des ambulanciers. Il semblerait que ça a pris quatre chocs avant de le sortir de la fibrillation. La majorité des côtes ont été pulvérisées par le processus. Les hématomes et les contusions colorent les piqués d’un graffiti vermeil. Dans la chambre, on le déshabille. On le lave : il est souillé de selles et d’urines. Il a peut-être convulsé. On lui met une sonde urinaire : l’urgence a oublié de le faire. C’est serré un peu, ça saigne, mais ça passe. On lui met des voies veineuses, artérielles, on le branche à un moniteur cardiaque, à un ventilateur mécanique.

On attend.

Il n’avait rien sur lui. Ni portefeuille ni argent. On ne sait pas qui il est. Il a peut-être eu une enfance difficile, une mère toxicomane et monoparentale. Ou peut-être l’inverse, une adolescence sans histoire, dans un rang de maisons toutes plus identiques les unes que les autres, avec un chien, un chat et une pelouse bien verte, tondue au ras du sol chaque dimanche matin par le paternel en robe de chambre, café encore chaud dans sa tasse. Peut-être est-il un écrivain, un architecte ou un misérable de la société, peut-être aime-t-il les pique-niques d’après-midi d’été, baguette et pâtés sous la main, étendu sur l’herbe fraîche, ou une partie de billard éthylique un vendredi soir, avec quelques inconnus dans un sous-sol miteux de Saint-Henri, une cigarette à la main. Peut-être aime-t-il, par un matin brumeux, le bruit des vagues bleues se fracassant sur les rochers d’une plage déserte, ou peut-être a-t-il une affection particulière pour l’odeur du pain frais émanant des boulangeries les lundis matin.

Pour l’instant, on attend. On attend de savoir qui il est.

Sur le tableau de répartition, un nouveau nom est apparu dans la case attitrée à la chambre 822.

Nom : Masculin

Prénom : Inconnu

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Seule, inconnue

« J’ai rompu avec François. C’est pour ça que je voulais qu’on se voie ce soir. »

On est tous les deux assis au petit bar d’un restaurant branché, sur des tabourets de cuir craquelé, tachés par l’exposition aux produits ménagers et par le denim des jeans de quelques solitaires passés par là. Je pose le verre de cidre sur le bois de chêne fendu. Ça doit faire au moins quinze, vingt ans qu’il n’a pas été sablé ou verni. Un peu plus haut, les rayons de quelques néons en forme de flamants roses et de palmiers tropicaux se déforment en passant à travers les bouteilles de fort, soulignant à traits grossiers les âmes autour de nous. Je me rends compte qu’elle a déjà fini son verre.

« J’étais trop seule pour lui. Il ne comprenait pas. Il ne me connaissait pas. »

Elle rit nerveusement et se tait. S’ensuit un lourd silence, massif comme le bois du bar. Un silence qui nous englobe et retarde le temps qui passe entre nous. Elle connaît le paradoxe, elle sait que je la comprends et que je ne la comprends pas en même temps. Pendant un moment, il n’y a que le bruit blanc du restaurant qui coule entre nos oreilles, comme des fractions d’acouphènes, trop fortes pour entendre les blessures non dites.

Elle finit par parler après quelques verres de plus. La gorge nouée, elle me livre son histoire nue, sauvage, ponctuée de pauses pour laisser à son cœur la chance de reprendre sa respiration, une histoire de désirs éthérés et de regrets éparpillés entre deux gardes. Elle me dessine, mot par mot, le récit de son propre corps, comme une plante sans soleil et sans eau, sprintant de projet en projet, le souffle court et les crampes au bonheur, se sublimant dans les sables mouvants du travail pour s’oublier soi-même.

« C’est le prix à payer pour avoir une carapace. »

Elle m’explique qu’il est plus facile d’être soignant que soigné. Qu’après des histoires d’horreur, de viols, les malheurs des uns passés de force dans la conscience, elle n’avait d’autre choix que, en arrivant chez elle, de s’asseoir sur son canapé, et d’être seule à côté de lui, comme un animal blessé, ambivalent, à la recherche de chaleur inanimée. Elle me parle, l’âme en tempête, de la douleur de l’évaluation perpétuelle de la performance et de la peur de décevoir. Avec le temps et les consultations, elle a cessé d’exister, vivant au jour le jour comme une copie carbone, un vaisseau vide, abandonné, réquisitionné pour répondre à l’offre et la demande. Elle est un produit des temps modernes, métallique et huilé, sans faille, réglé au quart de tour comme l’homme-machine de Metropolis.

« On n’est pas étonnés que quelqu’un qui tombe du 7e étage se casse les côtes. Pourquoi est-ce qu’on est surpris qu’un résident fasse un burnout ? »

Un autre long silence. Le barman me demande si je veux un autre verre. Elle me demande si je veux un autre verre. Je réponds par l’affirmative. Sous les néons flamants roses et autres couleurs ludiques, assis inconfortablement sur les tabourets de cuir grinçants, on trinque à nos cendres et à quelques feux à moitié éteints.

Solitude dion

Seul, abandonné

Devant la civière, la résidente de nuit me raconte tout ce qui s’est passé avec mon patient. Elle tente de m’expliquer la situation avec moult détails. C’est compréhensible. Il va mourir dans les prochaines heures.

Il a été envoyé par son CHSLD il y a environ deux jours. Détresse respiratoire, nous a-t-on dit. Il n’y avait personne à son chevet, comme d’habitude. Il était connu pour sa démence avancée. Il avait fort probablement une grosse pneumonie. Aucun contact avec lui n’était possible. Il n’y avait pas de capitaine dans l’avion. Il était indéniablement humain, mais tout ce qui le caractérisait était porté disparu ; ses amours, ses passions et ses dégoûts, à présent recherchés, leurs visages maintenant placardés sur tous les lampadaires de la ville. Il errait comme le fait un coquillage au gré des marées, en bordure de plage. Il errait comme le font les samares des érables, virevoltant sous les canopées en septembre.

Il s’est détérioré durant la nuit. Épistaxis massive sur coagulopathie. On a décidé avec le curateur de passer aux soins de confort. On a accéléré le transfert à l’étage. Il n’est pas question de mourir dans le corridor. Personne ne devrait mourir dans un corridor, pas même un fantôme d’une ancienne vie.

Dans la chambre, il n’y a aucun bruit à l’exception de râles lents et intermittents, transperçant la quiétude des murs immaculés. La pièce me semble trois ou dix ou cent fois plus grande qu’à son habitude, presque vide à l’exception du corps échoué entre quelques couches de tissus tachés de bourgogne. Son nez et sa bouche béante, créatures nées de l’imagination de Francis Bacon, salies d’un noir ébène et poisseux, sont assommées par un cocktail de narcotiques et de sédatifs. Je quitte rapidement pour me distraire à d’autres besognes. On me rappelle à peine quelques minutes plus tard.

« Oui, je vous appelle pour vous dire que le monsieur qu’on vient de monter, il ne respire plus. Pour le constat. »

Je suis à son chevet en moins de cinq minutes. Deux préposés m’accompagnent pour nettoyer son visage pendant que je déclare le décès.

Comme un zélé, je cherche frénétiquement un numéro de téléphone dans le dossier antérieur. Il est évident que cet homme a été important pour quelqu’un, n’est-ce pas ? Il ne peut pas s’en aller ainsi, sans persister dans la mémoire de quelqu’un, n’est-ce pas ?

Heureusement, il y a un numéro dans le dossier. C’est un ami de longue date. Il ne l’a pas vu depuis quinze ans. Est-ce qu’il a des enfants, dites-moi ? Oui, mais l’un est décédé et l’autre a coupé les ponts il y a des lustres. Peut-être une conjointe, ou d’autres amis ? Il n’y a aucune réponse de l’autre côté. Est-ce que vous seriez intéressé à le voir une dernière fois, ou à récupérer le corps pour des arrangements funéraires ? Il s’excuse. Il me dit que non merci, monsieur.
Il raccroche.

Je retourne dans la chambre. Je m’imagine lui gonfler une dizaine de ballons d’hélium de couleurs psychédéliques pour les attacher à ses membres flasques. Je m’imagine ouvrir tranquillement la fenêtre, sentir la brise des printemps passés, le laisser flotter par-dessus la ville, et voir les nuages s’écarter sur son passage, tirant leur révérence sur son existence. Je zieute le tout du rebord de la fenêtre du 19e étage, alors qu’il disparaît de l’horizon, sous le regard bienveillant du soleil couchant.

Les préposés drapent le corps. Du poste, je le vois, ce corps, descendre vers la morgue pour disparaître à jamais.

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Seule, vivante

Ça fait déjà quelques jours que je la suis. Quelque chose de simple – de l’hypertension post-partum. C’est une patiente comme les autres, mais certainement plus timide et réservée que la moyenne. Nos échanges se sont limités à quelques mots dans sa langue natale. Elle ne parle ni français ni anglais. Elle serait arrivée ici il y a à peine quelques années. Je lui fais des signes maladroits pour lui exprimer mon désir de l’examiner. Elle acquiesce, me fixant de ses grands yeux noirs, sans broncher, comme pour me transmettre le poids de ses longues années d’emprisonnement, me transperçant par la simple émotion du regard.

Elle doit avoir la mi-quarantaine. Quelques mèches grasses encerclent ses oreilles. Sous sa rangée de cils battent deux paupières boursouflées. Et sous ses paupières du bas plongent de grands demi-cercles violacés, comme de grandes chutes tracées au crayon-feutre, témoignages indélébiles du temps qui passe. Ici et là, au pourtour, les rides creusent leurs sillons comme des tranchées de Verdun, fusillées lentement par une artillerie incessante. Sur le ventre, de grandes vergetures pourpres, de longs fleuves tranquilles zigzaguant au pourtour de l’ombilic, irriguant ses plaines fertiles. À l’intérieur de ses deux bras repose un bambin de quelques jours, qu’elle allaite de manière incertaine et cabotine, comme un enfant apprenant à attacher ses lacets pour la toute première fois.

Même avec l’interprète, elle s’ouvre à nous au compte-gouttes. Une histoire complexe, ambivalente. Elle navigue seule dans sa maison depuis bientôt trois ans. Au fil de notre entrevue apparaissent progressivement des traits complexes, mélange de honte et de fierté, de colère et de joie, de tristesse et de bonheur. Elle nous défile le film de sa vie, un scénario dégoulinant de pauvreté et de dépendance. Elle s’effondre là, dénudée devant nous comme une cassette VHS à rembobiner, la bande magnétique éparpillée sur le sol. Ses rides hurlent qu’elle sera incapable, à 40 ou à 45 ans, d’accepter ce petit humain dans sa vie, elle qui n’a rien ni personne à qui s’accrocher. Je le vois, le long des joues pendantes et bouffies, ce texte d’une femme qui n’a rien d’autre qu’elle-même à donner et nulle part ailleurs à offrir.

Les jours passent. Elle est jumelée à une infirmière qui parle sa langue natale. On profite de l’occasion pour discuter de ce qu’elle est. Elle aime les blockbusters américains. Elle déteste les produits laitiers. Elle aime les jours pluvieux, humectés de brouillard. Elle n’aime pas le café refroidi trop rapidement. Elle aime la sensation tactile des mains plongeant tête première dans la terre battue et humide de son jardin de fortune, sur une petite planche de bois jaunie dans sa cuisine. Elle raconte ce petit plant de basilic qui pousse, lentement mais sûrement. Et peu à peu elle émerge, de terrain vague à miracle botanique, étirant ses pétales comme un paon étalant son plumage. Presque du jour au lendemain, elle éclot en une magnifique rose, l’engrais du contact humain ayant aidé la photosynthèse, comme une femme forte, déterminée, blagueuse et espiègle.

Le service social la rencontre à de multiples reprises. Elle obtient son congé quelques jours plus tard. Je la croise en quittant l’étage. Elle me sourit et me regarde encore. Je lui réponds de manière identique. Elle me remercie de manière télépathique, mais non, non, c’est moi qui la remercie.

Seul, toi

Tu rentres à la maison, épuisé par les heures de travail. Tu déposes ton sac bruyamment sur le sol, défait par la gravité. Tu fais exactement la même chose avec ton manteau. Tu essuies ton nez écarlate, violenté par le froid de l’hiver. Tu regardes dehors pour constater la violence de la tempête qui sévit. Tu constates qu’il verglasse. Tu défais ta chemise rapidement, trempée de ta sueur de la journée. Tu détestes les chemises, et pourtant tu les portes, parce que ce sont ce que les médecins font. Tu te dis qu’ils font bien des choses qu’ils ne veulent pas faire, les médecins.

Il te demande comment s’est passée ta journée, tu ne réponds pas. Tu ne veux pas lui faire part des obstacles encombrants de la journée. Il ne comprendra pas. Tu ne veux pas lui faire part de chaque nouvelle cicatrice qui orne tes coronaires à chaque cas lourd, à chaque cas qui t’a insulté, craché au visage. À chaque cas que tu as sauvé. Tu n’as envie que d’être seul, dans ton monde, à l’extérieur de tout. Tu fermes les yeux et libères ton chemin. Tu erres le long des rues des banlieues, sous le verglas, où les maisons se ressemblent toutes et où personne n’a de visage. Tu regardes au loin, et tu vois les pylônes à genoux dans les champs et les lampadaires sans lueurs qui s’effacent sur les trottoirs. Tu trouves ça beau.

Plus tard, il te demande s’il y a quelque chose qui ne va pas. Tu dis que tout va parfaitement comme dans le meilleur des mondes. Tu te dis que tout ne va pas parfaitement dans le meilleur des mondes. Tu penses qu’il ne peut pas comprendre la fatigue accumulée, la paperasse, les projets de recherche, les nuits de garde et l’épée de Damoclès éternellement suspendue au-dessus de ta tête. Tu te dis qu’il ne fait pas ça, lui, s’occuper d’autres êtres humains, avec tout ce que ça implique. Tu penses à tes erreurs. Tu te sens coupable de toutes ces erreurs. Tu te regardes dans le miroir et tu sursautes. Tu vois l’ombre de quelqu’un.

Tu vois que ça l’énerve, ce jeu de cache-cache. Tu l’entends réitérer sa question. Tu casses. Tu brises. Tu exploses. Tu essaies de lui faire comprendre le poids porté sur tes épaules. Tu lui dis qu’il devrait y aller, une journée à l’hôpital, pour se mettre dans ta peau. Tu penses que ça lui donnerait une bonne leçon. Tu craches et tu arraches, comme certains de tes patients. Tu vois que ce que tu dis n’est pas beau. Tu es une bombe à hydrogène larguée au-dessus du Pacifique. Prêt à tout révéler. Tu es Hiroshima. Tu es incendie. Tu t’enveloppes dans le verglas pendant que les maisons sans âme brûlent, et la fumée ocre se lève pour couvrir tes réverbères. Tu lui dis la phrase, le mot, la syllabe, la voyelle de trop. Tu ne dis plus rien. Tu as envie d’en dire plus. Tu as envie d’exister. Tu as envie de partir. Tu lui dis que tu n’as pas envie de partir. Tu ne t’en vas pas. Mais tu ne peux pas t’en aller. Tu ne sais pas pourquoi tu ne peux pas t’en aller. Tu t’endors dans l’incompréhension la plus totale. En fait, tu sais exactement pourquoi.

Tu ne veux pas être seul. Tu ne veux pas être tout seul, avec tout ça. Tout ça.

Seuls, ensemble

Ça fait une semaine que le patient siège aux soins, intubé. Il s’appelle toujours Masculin, Inconnu. Personne n’est venu le chercher. On a tout essayé, même avec la police. Mais il est resté esseulé, à l’intérieur d’un petit cubicule, dans un coin sombre des soins intensifs. En d’autres mots, il existe, mais il n’existe pas.

On a fait le scan cérébral et tout le reste. Le test d’apnée est négatif. Le pronostic de récupération neurologique est nul. Le programme de dons d’organes refuse qu’il puisse vivre à travers quelqu’un d’autre.

18 h 30. On éteint le ventilateur et on retire le tube qui gardait le patient en vie. Cela prendra encore quinze minutes pour qu’on puisse observer lentement la baisse de ses paramètres vitaux. Vers 18 h 45, après une minute d’asystolie, on confirme le décès du patient.

On s’assoit au poste des infirmières.
Par-delà des fenêtres, on perçoit les lueurs des tours à bureaux du centre-ville qui scintillent à travers la nuit noire. Au-dessus, comme un reflet sur un étang tranquille, sans vent, la nuit étoilée renait.

C’est fou, quand on y pense, de constater que chaque petit point qui brille dans le ciel est séparé des autres par des années-lumière d’ombres et de ténèbres inconnues. Ils ne se rencontreront probablement jamais, et pourtant, ils semblent inexorablement liés par un destin inconnu, sautillant de parsec en parsec, espérant en trouver un autre sur son chemin.

Et pourtant, en toute connaissance de cause, ces étoiles valsent à l’infini dans une grande danse cosmique, comme quelques milliards de solitudes nous hantant, seuls ensembles, patients, infirmières, résidents, étudiants, médecins… et tous les autres.

Merci à DT, SS et AK pour leur participation.

Pour écrire à Gabriel Dion : gabriel_dion@hotmail.com

Précision : prière de noter que les opinions des auteurs des sections « Perspectives » et « Courrier des lecteurs » ne sont pas des positions officielles du magazine Santé inc. de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales. Les propos de ces sections n’engagent donc que la responsabilité de leurs auteurs respectifs.

 

Publié dans

Dr Gabriel Dion

Résident en médecine interne à l’Université de Montréal
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