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Lire et relire

Dans chaque numéro, découvrez les bonnes lectures qu’a dénichées notre journaliste, que ce soit pour décrocher du travail ou régler les problèmes de l’humanité (ou au moins, de notre système de santé).

Trouver les mots pour raconter l’horreur

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La journaliste Michèle Ouimet a récemment pris sa retraite de La Presse. Pendant toute sa carrière au quotidien de la rue Saint-Jacques, elle a couvert une multitude de sujets. Pourtant, dans son récit Partir pour raconter, c’est particulièrement au temps qu’elle a passé dans des territoires déchirés par des conflits qu’elle s’attarde.

De l’Algérie, en 1993, à l’Afghanistan – de nombreuses fois –, en passant par le Rwanda de l’après-génocide, l’Iran des ayatollahs, le Pakistan et la Syrie, Michèle Ouimet a couvert les conflits les plus sanglants des quelque 25 dernières années. Elle raconte, pendant 284 pages, ses départs, laissant derrière elle sa fille et son conjoint, ses nuits agitées, sa relation avec ses fixers, ces accompagnateurs qui font le lien entre les journalistes et les parties prenantes d’une guerre, et une panoplie de gens rencontrés lors de ses reportages, dont plusieurs ont perdu la vie dans les affrontements.

Tout au long du récit, le lecteur se demande pourquoi la journaliste est partie, souvent à quelques heures d’avis, pour couvrir les horreurs qui s’abattent sur les populations démunies. La réponse arrive vers la fin du livre : « Parce que je sens une urgence, celle d’aller sur le terrain pour parler de la misère et de l’absurdité de la guerre, l’urgence de recueillir des témoignages, de mettre un visage sur les atrocités pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli, ce grand trou de l’histoire tellement commode pour soulager nos consciences. » Pourtant, Michèle Ouimet – elle le répète à quelques reprises – n’a pas la fibre d’une journaliste de guerre. On serait tenté de penser le contraire…

PARTIR POUR RACONTER
Michèle Ouimet
Les éditions du Boréal
Montréal, 2019
296 pages

Devoir de mémoire

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Le 6 décembre 2019, on commémorait les 30 ans de la tuerie de Polytechnique. Tous ceux qui étaient en âge de se souvenir à l’époque se rappellent cette fin de journée glaciale au cours de laquelle Marc Lépine a froidement abattu 14 femmes, dont 12 étudiantes en génie, une en sciences infirmières ainsi qu’une employée de l’établissement. Trente ans plus tard, Ce jour-là : Parce qu’elles étaient des femmes non seulement replonge dans l’horreur, mais s’interroge également sur la société québécoise avant et après ce 6 décembre.

Tout a été dit sur cette sombre journée, peut-on croire. Le livre s’ouvre sur la journée du 6 décembre, l’avant, le pendant et l’après-massacre. Minute par minute. Le récit est glaçant. Non seulement celui des événements, mais aussi celui des cafouillages du service de police et l’interminable attente des proches laissés sans information.

L’auteure se penche ensuite sur les 20 ans qui ont précédé la tuerie de Polytechnique, mettant en lumière les grandes batailles du féminisme québécois et ses pionnières. Droit à l’avortement, congés parentaux, réalité quotidienne des femmes québécoises depuis les années 1960, le livre propose un faisceau plus large que la tragédie à elle seule pour éclairer notre société sur son histoire.

L’attentat féminicide, nommé clairement ainsi seulement 30 ans plus tard, aura eu un effet de choc sur la population de la Belle Province. La polarisation des discours féministes et antiféministes, le contrôle des armes à feu, fait et défait selon les humeurs politiques, le regard de la presse sur les événements à travers le temps, la reconnaissance (tardive) de la violence faite aux femmes… Josée Boileau pose un regard essentiel sur le Québec d’aujourd’hui. Ce jour-là se clôt sur les portraits des 14 femmes, des proches se souvenant d’elles avant leur mort et qui ont appris à vivre sans elles.

CE JOUR-LÀ : PARCE QU’ELLES ÉTAIENT DES FEMMES
Josée Boileau
Les Éditions La Presse
Montréal, 2019
256 pages

Pour l’amour de l’université

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Médecin radiologiste de formation, recteur de l’Université de Montréal pendant près de dix ans, Guy Breton a commencé à écrire un blogue sur le site Web de son établissement. Le printemps érable venait de secouer – et diviser – le Québec, laissant des marques, assez profondes dans les communautés universitaires, et quelques cicatrices sur les finances des établissements universitaires, explique l’auteur dans l’avant-propos du recueil de plusieurs de ces billets de blogue, Les carnets du recteur.

Sur plus de 160 pages, Guy Breton aborde une foule de sujets, non seulement liés à l’université en général, évidemment, mais aussi à l’Université de Montréal en particulier. En fait, l’auteur tente de répondre à une question centrale : l’université, qu’est-ce que c’est ? Son ouvrage, il le dit clairement, se veut une lettre d’amour aux universités québécoises.

Le livre s’ouvre sur la science à l’ère postfactuelle et au rôle de l’université dans le contexte où les réseaux sociaux libèrent la parole. N’importe quelle parole. Les chroniques du recteur sont rassemblées en grandes thématiques (Montréal, métropole universitaire, Le juste prix du savoir, Réflexion d’un universitaire sur la gestion, La vie après l’université…), chacune abordant divers sujets. Guy Breton aborde coup sur coup l’inconduite scientifique et l’encadrement de la recherche, la scolarisation et l’innovation, la marchandisation du savoir et le rôle de l’université entrepreneuriale dans la formation de futurs travailleurs ou encore la commercialisation du savoir.

L’auteur s’intéresse également à la place des femmes dans l’université et à la question de la gratuité scolaire ainsi qu’à la francophonie. Le tout offre un regard intéressant sur l’éducation par un homme qui s’avère un fin observateur du Québec.

LES CARNETS DU RECTEUR

Guy Breton
Les Presses de l’Université de Montréal
Montréal, 2019
168 pages

Publié dans

Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!
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