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Pour ne pas devenir fou

PRÉSERVER SA SANTÉ MENTALE QUAND ON EST AU FRONT

par Anne-Marie Provost, journaliste   |   annemarie.provost137@gmail.com

En Chine, une proportion considérable de professionnels de la santé a développé des symptômes de dépression, d’anxiété, d’insomnie et de détresse pendant la crise de la COVID-19. C’est le constat peu encourageant d’une étude publiée le 23 mars dans le Journal of the American Medical Association1. Les auteurs ont sondé 1257 professionnels de la santé de 34 hôpitaux à travers la Chine recevant des patients atteints de la COVID-19.

Face à cette réalité inquiétante, que peuvent faire les médecins du Québec pour préserver leur santé mentale ? Santé inc. a posé la question à la directrice du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), la Dre Anne Magnan.

 

Jusqu’à quel point le PAMQ reçoit-il des appels de médecins concernant la COVID-19? Quelle est la nature de ces appels?

La majorité des médecins est préoccupée par la pandémie, et ceux qui appellent au Programme, au moment où on se parle [3 avril 2020], nous confirment que c’est un sujet d’inquiétude. Ils vivent un stress d’anticipation : crainte d’attraper le virus et de contaminer leur famille, de manquer d’équipement de protection, d’être affectés à un autre champ d’exercice, etc. Ceux qui traversaient déjà des périodes difficiles ont vu leur situation se compliquer davantage.

Comment intervenez-vous auprès de ces médecins, quelles recommandations vos médecins-conseils leur donnent-ils

Il faut normaliser les réactions de stress. Il faut s’autoriser à en avoir, les accueillir et ne pas les juger. Il faut leur rappeler qu’ils sont engagés dans un marathon et non un sprint. Prendre soin de soi est très important dans un contexte comme celui-là.

Il est possible que les moyens qu’on avait l’habitude de prendre en temps normal pour évacuer le stress ne soient plus accessibles et qu’on doive réfléchir à d’autres façons de faire. Par exemple, si on faisait de la course à pied et qu’on ne peut plus en faire, il faut trouver une autre manière de décompresser. Il est primordial de prendre un temps de repos, un temps pour soi où on n’est pas sollicité. Évidemment, il faut privilégier le sommeil et bien s’alimenter. On peut cuisiner si on aime faire la cuisine, écouter de la musique, etc. L’important, c’est de se donner du temps et des moyens pour décompresser. C’est capital.

Qu’auriez-vous à dire aux professionnels de la santé qui sont inquiets?

La pandémie entraîne inévitablement de nombreuses inquiétudes et réactions de stress chez les professionnels de la santé, et c’est normal. Pour préserver sa santé, il est important de porter attention à ses propres réactions. On peut suivre les conseils suivants au besoin :

  • S’écouter : prendre conscience de sa réaction et la reconnaître.
  • Accepter ses réactions sans se juger soi-même : s’autoriser à avoir une réaction et faire preuve d’autocompassion.
  • Tenter de déterminer la cause de ses réactions : de quoi ai-je peur ? Qu’est-ce qui m’inquiète ?
  • En parler : notre entourage, même à distance, est une source de soutien et peut nous aider à trouver de nouvelles façons de faire.
  • Agir : lorsque notre pouvoir est limité, il est utile de se concentrer sur ce qu’on peut faire et ce qu’on peut changer. Une fois la cause de notre inquiétude déterminée, on doit se demander : quels sont les éléments sur lesquels j’ai du contrôle ? Quelles actions puis-je mettre en place pour me sécuriser ?

Qu’avez-vous à conseiller à un médecin infecté par la COVID-19 à son travail?

Le premier conseil est de prendre soin de soi physiquement et de s’assurer d’avoir du soutien autour de soi. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide à son entourage, même virtuellement. C’est justement ce qui va permettre de récupérer plus rapidement. Ce n’est pas le moment de refuser de l’aide.

Ensuite, il est essentiel de se rassurer. Sans nier les risques associés à la maladie à coronavirus (COVID-19), il faut se rappeler que 80 % des personnes infectées guérissent sans traitement particulier. Le gouvernement du Québec a conçu un guide d’autosoins qui présente les précautions à prendre pour soi et pour ses proches si on est atteint de la COVID-192.

Comment le PAMQ s’adapte-t-il à la crise de la COVID-19 et quelle est la nature de vos discussions à ce sujet?

On travaille à déterminer comment maximiser nos interventions de manière à aider au mieux le plus grand nombre de gens. On est prêts à répondre aux demandes, à continuer de faire de l’intervention individuelle et à donner des recommandations ciblées pour outiller les médecins face à la situation.

On évalue différents scénarios et, si la demande augmente, on sera en mesure d’y répondre. On s’assure de pouvoir compter sur un réseau efficace de médecins-conseils et de ressources externes (médecins, psychologues, psychiatres) pour soutenir ceux qui sont sur le terrain actuellement.

Que faites-vous pour protéger vos propres professionnels?

Dans le contexte, nos médecins-conseils font leur intervention à distance, par téléphone ou par vidéoconférence.

Avez-vous d’autres conseils à donner aux médecins pour les aider à préserver leur état mental?

Il ne faut pas hésiter à faire appel au PAMQ, un programme de soutien par les pairs qui appuie les médecins du Québec depuis 30 ans. Plus que jamais, le Programme est là pour les soutenir, les accompagner et les aider à préserver leur santé psychologique.

Le mieux est d’appeler aussitôt qu’on se pose des questions et de ne surtout pas attendre de vivre de la détresse. On sait comment aider et on est là pour ça, de médecin à médecin.

Pour joindre le PAMQ :
1 800 387-4166 / 514 397-0888
info@pamq.org / www.pamq.org

 

RÉFÉRENCES

1   Lai, J., Ma, S., Wang, Y. Factors associated with mental health outcomes among health care workers exposed to coronavirus disease 2019, Journal of American Medical Association, consulté le 22 avril 2020.

2   Guide autosoins COVID-19, gouvernement du Québec.

Publié dans

Anne-Marie Provost

Anne-Marie Provost est journaliste à la pige et journaliste-recherchiste pour différentes émissions à la radio d'ICI Radio-Canada Première.
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