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À la bourse comme au basket

Le 26 janvier dernier, le décès tragique de Kobe Bryant a causé une onde de choc planétaire. Dans les jours qui ont suivi, nombreux sont ceux qui ont rendu hommage à cette ancienne vedette du basketball en se remémorant ses exploits sportifs.

Au cours de sa carrière de 20 ans avec les Lakers de Los Angeles, le double médaillé d’or olympique et quintuple champion de la NBA a inscrit un impressionnant total de 33 643 points, ce qui le plaçait au quatrième rang au chapitre des points marqués dans l’histoire de la ligue. Mais rares sont ceux qui ont souligné le fait qu’il détenait aussi un record peu enviable : celui du plus grand nombre de lancers ratés…

Eh oui ! Kobe Bryant a raté 14 481 lancers au panier, soit 1000 de plus que John Havlicek (13 417), le deuxième à ce chapitre ! Kobe Bryant avait pour seul objectif d’effectuer le plus de tirs au panier possible, car il savait bien que le succès réside dans la loi des grands nombres…

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Cette règle vaut également pour l’investissement boursier. En effet, au moment d’investir en bourse, deux modes de gestion sont possibles : la gestion passive et la gestion active. La première consiste à investir dans un produit conçu pour répliquer la performance d’un indice de référence. Par exemple, en achetant le fonds américain négocié en bourse SPY, l’investisseur obtient à faible coût le rendement du S&P 500. La deuxième repose sur l’idée que, moyennant certains efforts, on peut générer un rendement supérieur à celui offert par l’indice de référence après déduction des frais.

Un indice de référence sert d’étalon de mesure pour évaluer la performance d’un gestionnaire de portefeuille. Par exemple, au cours d’une année, un portefeuilliste canadien a produit un rendement annuel de 10 % alors que le S&P/TSX, principal indice de l’activité boursière au Canada, progressait de seulement 5 %. Il a donc créé de la valeur ajoutée en procurant un rendement de 5 % supérieur à celui de l’indice de référence.

Voici un tableau qui montre la valeur ajoutée annualisée créée par six gestionnaires de portefeuille qui se classent parmi la crème de la crème dans leur domaine (voir Tableau 1).

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À l’image de Kobe Bryant et de ses nombreux tirs ratés, ces grands de l’investissement ont aussi connu des passages à vide, en ce sens qu’ils ont déjà obtenu un rendement annuel inférieur à celui de l’indice de référence (voir Tableau 2).

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On doit donc juger de la qualité d’un gestionnaire de portefeuille sur une longue période en analysant un grand échantillon de transactions, car, à court terme, tout peut arriver. Malgré son expertise, le portefeuilliste peut connaître une malchance. Il n’est jamais à l’abri d’un événement imprévu qui aura une incidence négative sur le cours d’un titre en portefeuille comme un attentat terroriste, un scandale, le départ d’un membre clé d’une équipe de direction, le lancement par un concurrent d’un nouveau produit révolutionnaire… ou une crise sanitaire mondiale. C’est seulement grâce à un processus décisionnel rigoureux, à une gestion serrée du risque et à une grande expérience pratique qu’à long terme, un gestionnaire de portefeuille compétent prouvera son savoir-faire en matière de création de valeur ajoutée.

Malheureusement, on privilégie généralement la loi des petits nombres, c’est-à-dire qu’on a tendance à accorder une grande importance à une performance récente. Pour un gestionnaire de portefeuille qui commence sa carrière, la pression est donc très forte. Une étude1 a démontré que les gestionnaires de fonds communs de placement qui sont restés en poste pendant seulement trois ans avaient enregistré un rendement annuel moyen inférieur de 1,33 % à leur indice de référence. Par contre, ceux qui ont conservé leur emploi pendant au moins une décennie ont plutôt rapporté une valeur ajoutée moyenne de 1,18 % au cours de leurs trois premières années ! Advenant un faux départ, même le portefeuilliste le plus doué n’aura peut-être pas le temps de se faire valoir à sa juste mesure, ce qui est malheureux.

Garder son sang-froid face À l’incertitude

Supposons que vous êtes à la recherche d’un spécialiste pour gérer vos placements. La première étape consisterait à vérifier ses antécédents sur le plan du rendement, idéalement sur une période d’au moins 10 ans. Ainsi, vous seriez en mesure d’évaluer ses résultats dans différents cycles économiques et, surtout, durant des épisodes de baisse plus prononcée des cours boursiers.

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Sachant qu’il est reconnu que la douleur émotionnelle engendrée par une perte est deux fois plus forte que le plaisir ressenti par un gain équivalent2, on peut évaluer le travail d’un portefeuilliste en fonction de sa gestion du risque et de sa capacité à créer de la valeur ajoutée dans des contextes incertains. Le cas échéant, le gestionnaire de portefeuille qui a fait preuve de sang-froid possède un atout indéniable pour réussir.

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Dans l’éventualité où vous souhaiteriez faire confiance à un professionnel de la finance moins chevronné, le principe demeure le même. Par exemple, en l’espace de quelques semaines, les marchés boursiers ont perdu plus de 30 % en raison de la COVID-19*. La manière dont votre gestionnaire de portefeuille se comporte dans ce climat d’incertitude en dit long sur son niveau d’expertise.

Voici trois questions à vous poser afin
d’orienter votre décision :

  • Bien que personne n’ait envisagé un scénario d’une telle ampleur, est-ce que le portefeuilliste a démontré une compétence en matière de gestion du risque ?
  • Est-ce qu’il a été vendeur ou acheteur d’actions durant cette chute des cours boursiers ? Peu importe la stratégie utilisée, est-ce qu’il y avait une logique derrière son raisonnement ?
  • Est-ce qu’il est demeuré calme, discipliné et impassible en misant sur le respect de son plan d’action à long terme ?

Comme on l’a mentionné précédemment, dès que votre choix sera fait, il sera capital de donner la chance au coureur en lui laissant le temps de faire ses preuves (la loi des grands nombres).

Tout au long de sa carrière, Kobe Bryant a marqué en moyenne 25 points par partie. Or, au cours de ses trois premières saisons, sa moyenne n’avait été respectivement que de 7,6, 15,4 et 19,9 points. Imaginez si la direction des Lakers avait perdu foi en ce finaliste au Temple de la renommée du basketball ! Autrement dit, que ce soit dans le domaine du sport ou de l’investissement boursier, c’est sur le long terme que la magie opère chez une personne compétente.

*Ce texte a été rédigé à la fin de mars 2020.

RÉFÉRENCES

  1. Porter, G. E. et Trifts, J. W. (2012). The best mutual fund managers: Testing the impact of experience using a survivorship bias free dataset. Journal of Applied Finance, 22 (1), 1-13.
  2. Kahneman, D. et Tversky, A. (1979). Prospect Theory: an Analysis of decision under risk. Econometrica, 47 (2), 263-291.

 

Publié dans

Jonathan Bolduc et Daniel Ouellet

Gestionnaires de portefeuille et conseillers en placements Valeurs mobilières Desjardins, Groupe Ouellet Bolduc.
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