Aller au contenu

Une relance verte exigée

Une partie du monde de la santé au Québec estime que la crise sanitaire causée par le SARS-CoV-2 devrait être une occasion de s’attaquer aux changements climatiques. Certaines de ces organisations demandent au gouvernement Legault une relance verte de l’économie.

Une lettre ouverte signée par vingt-cinq organisations du milieu de santé a été envoyée au premier ministre à la fin du mois de mai. « Nous étions déjà conscientisés par rapport aux impacts d’une crise climatique sur la population », souligne la Dre Sarah Bergeron, porte-parole de La planète s’invite en santé, le regroupement à l’origine de cette initiative.

« Dans un contexte de crise, il y a beaucoup d’investissements qui se font pour maintenir l’économie. On ne veut pas que l’environnement et la santé soient relégués au second rang quand on constate les impacts qu’une crise sanitaire peut avoir », ajoute-t-elle. L’organisation craint que les changements climatiques causent une surcharge dans le système de santé comme la pandémie de COVID-19 a pu le faire.

Parmi les signataires se trouvent les facultés de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) et de l’Université de Sherbrooke (UdeS), ce qui a surpris la Dre Bergeron. En entrevue avec Santé inc., la doyenne de la Faculté de médecine de l’UdeM, la Dre Hélène Boisjoly, explique qu’il ne s’agit de rien de moins qu’une responsabilité sociale pour la faculté.

verte-provost-fig2

« C’est important que les facultés de médecine soient engagées dans la société, pense-t-elle. Les changements climatiques affectent particulièrement les personnes vulnérables. On l’a vu avec la COVID-19 et les CHSLD. Les changements climatiques affectent souvent les gens à faible revenu, les femmes et les enfants. » Elle ajoute qu’il y a plusieurs maladies liées à la pollution, un argument qui résonne fortement auprès de l’École de santé publique de l’UdeM, qui a également signé la lettre.

« Le fait que l’air que nous allons respirer soit de moins bonne qualité va affecter la santé pulmonaire. On sait que toutes les maladies pulmonaires obstructives sont fortement influencées par la pollution, souligne Pierre Fournier, professeur titulaire et doyen par intérim de l’École. La pollution va aussi contaminer des sols dans lesquels poussent nos aliments et on va se contaminer par la source alimentaire. »

Un rapport de Santé Canada datant de juin 2019 estime à 14 600 le nombre de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique au Canada chaque année. L’organisme gouvernemental évalue aussi à 114 milliards de dollars la valeur économique annuelle des impacts sanitaires de la pollution de l’air.

L’adoption d’une loi « forte » pour atteindre la carboneutralité du Québec et la décarbonisation de plusieurs secteurs et municipalités sont notamment réclamées par les signataires. « Il y a une différence de coûts maintenant et un bénéfice qui va venir plus tard. On sait que le gouvernement fait ses calculs. C’est une économie à moyen-long terme », insiste la Dre Bergeron.

verte-provost-fig3

La pandémie actuelle donne un aperçu d’un monde avec moins d’émissions polluantes. Une baisse du niveau de pollution de l’air a été enregistrée dans plusieurs grandes villes de la planète à la suite de la mise en place de mesures de confinement. Ici, des analyses effectuées par Environnement et Changement climatique Canada ont révélé que les niveaux de dioxyde d’azote ont diminué de plus de 30 % dans les régions de Montréal et de Toronto.

Une bonne nouvelle ? Il faut être prudent avant de s’enthousiasmer, prévient Pierre Fournier. « Quelque part, il y a un effet bénéfique, mais cela se fait à un coût économique, social et psychologique important. On peut s’en réjouir, mais très indirectement », nuance-t-il.

Tous s’entendent pour vanter les mérites des transports actifs et des transports en commun comparativement à l’utilisation de l’automobile, alors que plusieurs villes dans le monde, dont Montréal, mettent en place des aménagements temporaires pour les déplacements des cyclistes et des piétons. « L’aspect du transport actif est intéressant, mais il y a une préparation à faire. Nous sommes convaincus que le kinésiologue a un rôle à jouer pour aider la personne qui aimerait aller travailler en joggant ou en pédalant », estime Marc-Antoine Pépin, vice-président de la Fédération des kinésiologues du Québec, qui fait également partie des signataires.

Il constate des problèmes comme le surplus de poids, le tabagisme ou une démotivation chez ceux qui souhaitent se remettre en forme et abandonnent après un certain temps. Le système de santé est axé sur les soins curatifs, estime-t-il, et il pense que l’aspect préventif devrait être plus présent.

Quant à savoir si le confinement a changé certaines habitudes de vie, Marc-Antoine Pépin souligne qu’il n’y a pas de données sur le sujet et qu’il est plus difficile pour les kinésiologues de faire un suivi avec leurs clients. Mais il remarque un changement. « C’est une observation personnelle, mais les gens marchent plus, joggent plus. Je pense qu’il y a une certaine conscientisation qui doit perdurer. »

verte-provost-fig4

Si certaines mesures exigent des changements plus en profondeur, la Dre Bergeron estime que des actions comme le verdissement pourraient se faire rapidement : il s’agit de changements concrets partant d’idées déjà mises sur la table par des spécialistes. « L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a déjà proposé de prendre 1 % des investissements annuels en infrastructures pour financer le verdissement urbain et limiter les impacts de la canicule et de la pollution de l’air », illustre-t-elle.

De son côté, la Faculté de médecine de l’UdeM planche avec d’autres facultés sur le développement d’un programme de recherche de troisième cycle sur le thème d’« une seule santé » (One Health), un terme porté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Très souvent, les recherches demandent à la fois des connaissances médicales, des connaissances populationnelles ainsi que des connaissances de la médecine vétérinaire », précise la Dre Hélène Boisjoly. Ces trois champs sont liés de « très, très près, ajoute-t-elle, et la médecine reste une dimension de la santé parmi d’autres. La crise de la COVID-19 en est la démonstration ».

LISTE DES SIGNATAIRES DE LA LETTRE POUR UNE RELANCE VERTE DU QUÉBEC

  • La Planète s’invite en santé (LPSS)
  • Faculté de médecine de l’Université de
    Montréal
  • Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (FMSS)
  • École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM)
  • Ingram School of Nursing of McGill
    University
  • Regroupement infirmier en santé mondiale et autochtone (GAIHN / RISMA)
  • Collège québécois des médecins de famille (CQMF)
  • Association des médecins d’urgence du
    Québec (AMUQ)
  • Fédération des kinésiologues du Québec (FKQ)
  • Association québécoise des orthophonistes et audiologistes (AQOA)
  • Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
  • Association pour la santé publique du
    Québec (ASPQ)
  • Jeunes médecins pour la santé publique (JMPSP)
  • Médecins du Monde
  • Médecins québécois pour le régime public (MQRP)
  • Canadian Association of Nurses for the Environment/Association d’infirmières et infirmiers pour l’environnement (CANE/AIIE)
  • Synergie Santé Environnement (SSE)
  • Ça marche doc !
  • Forum de la relève étudiante pour la santé au Québec (FRESQue)
  • Association étudiante en sciences
    infirmières du Québec (AÉSIQ)
  • Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ)
  • Fédération internationale des associations d’étudiants en médecine — Québec (IFMSA-Québec)
  • Association étudiante de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (AÉÉSPUM)
  • Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l’environnement (CINBIOSE)
  • Réseau intersectoriel de recherche en santé de l’Université du Québec (RISUQ)

Pour la lettre

Pour joindre l’organisme La Planète s’invite en santé

 

Publié dans

Anne-Marie Provost

Anne-Marie Provost est journaliste à la pige et journaliste-recherchiste pour différentes émissions à la radio d'ICI Radio-Canada Première.
Faire défiler vers le haut