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L’âme du plaisir

Ah ! Qu’est-ce qu’on avait hâte de pouvoir s’attabler de nouveau dans un restaurant, l’un des grands plaisirs de la vie dont la pandémie de COVID-19 nous avait privés. C’est là qu’on mesure à quel point la vie, par chez nous, en est une constituée de grands, d’immenses privilèges. Car il faut bien le reconnaître : il y a bien pire, vraiment pire, que de ne plus pouvoir savourer les plats nés de la créativité de nos chefs d’ici et d’ailleurs. On l’apprécie d’autant plus quand, avec les nouvelles mesures sanitaires mises en place dans les établissements de restauration, le partage d’un délicieux repas en bonne compagnie est désormais de l’ordre du possible. Bien sûr, la belle saison tire à sa fin. Il deviendra bientôt moins aisé de manger en terrasse… Aussi bien profiter des derniers relents d’été avant de retourner hiberner pendant des mois, en croisant les doigts pour que cela n’aille plus jamais jusqu’au confinement total…

Restaurant alma

Pour l’occasion, ma complice de dégustation et moi avons arrêté notre choix sur un restaurant au nom très évocateur (et indéniablement en phase avec l’esprit de cette chronique) : Alma. ‘Alma’ comme le mot ‘âme’ en espagnol. Allons-y donc pour l’âme du plaisir, car c’est en effet souvent dans la bonne chère qu’on la trouve.
L’Alma est un restaurant de quartier très intime d’inspiration catalane, sis sur la discrète avenue Lajoie, à Outremont, et dont beaucoup d’amateurs de mangeaille disaient grand bien depuis quelque temps déjà, notamment pour la nouvelle formule ‘poulet rôti et vins catalans’ de son Tinc Set (une formule pour emporter tout ce qu’il y a de plus anti-COVID-19 et dont le succès n’est plus à prouver à découvrir sur tincset.com).

Assises toutes deux sur la terrasse feutrée aux teintes assez foncées, ma comparse et moi dégustons un vin blanc bien frais par un chaud dimanche soir du mois d’août. La serveuse ose nous suggérer quelques plats de l’endroit — des plats faits pour être partagés —, et c’est en toute simplicité que s’amorce ce ballet qui nous avait manqué. Seul détail : pour être bien ‘COVID-proof’, mon invitée et moi séparons d’emblée en deux chacun des plats atterrissant sur notre table. Partager la bonne chère, oui, mais pas les virus mystérieux.
L’AME DU PLAISIR
On commence la soirée avec un pan con tomate, un beau pain frais et grillé nappé d’une sauce tomatée sur laquelle on a déposé deux beaux gros anchois blancs. S’il est un ingrédient typique de la cuisine catalane, c’est bien sûr la tomate. Et la tomate, ça ne pardonne pas. Pour réussir un plat à base de tomate, cette dernière doit être mûrie à point, sucrée. En un mot, elle doit être… estivale. Ici, dès la première bouchée, on dénote à quel point celle qui a été utilisée est d’une qualité inégalée. On en redemanderait, mais on veut pouvoir goûter à la suite…

Le plat qui suit ne fait pas exception, côté tomate. Ce sont de belles et dodues palourdes, encore dans leur coquillage, accompagnées d’un fumet tomaté, de persil, de feuilles de menthe et de sauce pil pil, une sauce typiquement basque faite d’huile d’olive, d’ail et de piment. Le plat est à se rouler par terre. Le mariage des saveurs crée ici une fusion parfaite. Qu’est-ce qu’on sait y faire avec la tomate par ici !

À ces deux belles entrées en matière succède un divin plat d’aguachile de flétan du Québec. L’aguachile est un plat mexicain (le chef, Juan Lopez Luna, est d’ailleurs mexicain d’origine) s’apparentant au ceviche péruvien, à la différence qu’il est le plus souvent constitué de crevettes, auxquelles on ajoute ensuite non seulement du jus de lime, mais aussi de la coriandre, du concombre, de l’oignon et du piment. Chez Alma, l’aguachile est superbement présenté, avec sa sauce orangée, ses verdures et ses fleurs comestibles. Le poisson est frais, et l’assaisonnement conféré par la sauce juste assez piquant et savoureux. L’Alma a incontestablement la main avec les sauces, purées et autres concoctions liquides ou semi-liquides. Chaque fois, ces dernières habillent les saveurs des plats les plus simples avec l’élégance de la soie.
Le pain, quant à lui, en plat ou en à-côté, est toujours délicieusement grillé. Même les férus de la diète cétogène stricte ne résisteront pas à cette belle miche striée de noir, je vous le garantis.

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Mise en garde : la description suivante pourrait vraiment vous donner l’eau à la bouche. Si, comme moi, vous adorez la pieuvre et les patatas bravas, et que vous voulez vous retrouver illico sur La Rambla de Barcelone, il faut que vous goûtiez le plat de pieuvre de l’Alma. Vous y trouverez un généreux morceau de pieuvre bien grillée, tendre à souhait, déposé sur des patatas bravas, et accompagné d’une quantité non négligeable (et nécessaire) de mayonnaise épicée. Olé !

Enfin, juste avant de passer au dessert, on dépose sur notre table un réconfortant plat de caramelle, des pâtes en forme de bonbons accompagnées de ricotta maison, de chanterelles et de champignons huitlacoche du Québec. Petit mot à ce sujet : les huitlacoche sont des champignons poussant traditionnellement sur le maïs mexicain. Considéré pratiquement comme une ‘truffe’ mexicaine, il est un produit rare, cher, et qui pourtant est aussi considéré comme une maladie du maïs. Omelettes au huitlacoche, sauces au huitlacoche, les Mexicains en raffolent et savent l’apprêter de mille et une manières. Il est donc très intéressant d’apprendre qu’on en cultive maintenant au Québec, un autre royaume du maïs, s’il en est… Mais pour en revenir au plat, ce dernier est savoureux, bien que la texture des pâtes nous paraisse légèrement trop dense et la sauce renfermant quelques huitlacoches plus amères. Pas assez pour être inintéressant, c’est même un plat savoureux, mais pas tout à fait la qualité à laquelle on s’attendait non plus.

On attaque ensuite avec enthousiasme les desserts : une moelleuse torta au chocolat et aux amandes, surmontée de fleur de sel, ainsi que des churros maison au sucre à l’anis. En général, je suis assez fan des churros, surtout ceux faits en longueur et fourrés au dulce de leche. Chez Alma, ils sont petits, il n’y a aucune farce à l’intérieur, et bien que l’extérieur soit doré, craquant et croustillant à souhait, l’intérieur semble manquer légèrement de cuisson et goûte beaucoup trop les œufs. Petite déception. En revanche, alors que je ne suis pas très ‘chocolat’, la torta est un véritable coup de maître de simplicité et de dosage parfait entre la texture et les saveurs. Peut-on en ajouter à notre prochain Tinc Set ? Une idée comme ça…

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Une visite à l’Alma est incontestablement la promesse d’une belle expérience gastronomique, que ce soit pour la sélection des vins (beaucoup de vins nature y sont offerts…) ou pour les plats à partager dont on décide de se sustenter. Si le plaisir a une âme, nul doute, on la retrouve bel et bien là, dans ce petit local outremontais.

On a beaucoup aimé : la pieuvre et les patatas bravas, les concoctions tomatées, le pain grillé, les vins nature, la torta au chocolat, le charme feutré de la terrasse.
On a moins aimé : de petits détails concernant le plat de caramelle et les churros.

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ALMA
1231, avenue Lajoie
Montréal
514 543-1363 almamontreal.com
Jeudi au dimanche soir, de 16 h à 23 h 160 $ pour deux, excluant taxes et service

 

Au Dr C. S., qui me racontait cet été que nos chroniques gastronomiques étaient parmi ses préférées.

Publié dans

admin

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