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L’art du tchin

L’automne sera là dans quelques semaines déjà. La douce saison des pulls amène, pour beaucoup, une irrépressible envie de cocooning à la maison. La cuisine s’enivre alors de parfums qui font écho à la nature ; la tarte à la citrouille et le thé chai vivent leur petit moment de gloire. Pendant ce temps, les amoureux du vin sont souvent de sortie. C’est que l’automne est souvent riche en événements liés au bien boire. L’occasion d’échanger avec les humains qui le produisent et de faire le plein de coups de cœur. Malgré son caractère résolument convivial, le jus de raisin fermenté exigera une retenue exceptionnelle en cette année VINVIN. Le coronavirus ne freine pas les pop ! certes, mais il nécessite des mesures particulières lorsqu’on trinque à plusieurs. Coup d’œil sur quelques astuces en vue de votre prochaine dégustation.

Malgré tous les salons thématiques, fêtes des vendanges et animations vinicoles, inutile de tapisser votre agenda pour ne rien manquer. Êtes-vous en quête de bouteilles pour remplir votre cave ? Souhaitez-vous (re)découvrir une région précise ? Un petit tour d’horizon de vos besoins et de vos envies permettra d’optimiser votre temps. Pour citer Mies van der Rohe, « Less is more. »

Vous avez trouvé le salon ou l’événement qui vous intéresse ? Prenez le temps de vérifier les domaines participants, et sélectionnez-en quelques-uns. Arriver tôt et en petit comité — voire seul — permettra de maximiser vos dégustations ainsi que vos échanges auprès des vignerons. Avis à bon entendeur : nos perceptions de dégustation sont plus efficaces le matin. Sachez donc que l’heure de l’apéro ne constitue donc pas le meilleur moment pour faire vos courses de produits à boire.

Wine tasting

C’est le jour J. Avant de vous rendre à votre événement, optez pour un repas dont les saveurs ont peu de persistance en bouche. La puissance du ristretto attendra demain. Il en est de même pour la sauce au chipotle ou votre irrépressible envie de poulet général Tao. Un ventre rempli avec modération vous aidera à maintenir un esprit clair. Dans la salle de bain, vous devrez omettre volontairement l’étape du parfum et, bien sûr, les vêtements blancs, parce que tout le monde n’est pas habile avec un verre de rouge à la main. L’antisudorifique, quant à lui, n’est bien sûr pas optionnel… Avant de partir, munissez-vous d’une petite bouteille d’eau, d’un stylo… et d’une petite bouteille de gel désinfectant hydroalcoolique.

Vous y êtes ! Afin qu’on verse un peu de vin dans votre verre, tendez-le par la tige et gardez-le en main. À ce sujet, une sangle de support (tour de cou) évite les manipulations inutiles. Malgré son manque de chic, elle nous évite de poser notre verre ici et là. Lors de la dégustation, vous remarquerez certainement des crachoirs mis à disposition. Ces derniers ne sont pas réservés aux professionnels. En d’autres mots, utilisez-les ! Sous leur air imposant, ils vous permettront de garder l’esprit clair. Dans tous les cas, le crescendo suivant évitera de saturer vos papilles : effervescents, blancs vifs, blancs corsés, rosés, rouges légers, rouges puissants, moelleux. Bien sûr, qui dit crachoir dit gorge et dit gouttelettes, alors redoublez de prudence avec la COVID-19 potentielle si les crachoirs sont communs… Lavez-vous bien les mains entre les manipulations !

Lors de l’événement, profitez de la présence des vignerons pour poser des questions. Faites part de vos opinions tout en laissant de côté les recommandations personnelles. Celui qui se fait donner des conseils dans l’élaboration de sa prochaine cuvée pourrait écourter diplomatiquement la discussion. Quelques bouteilles font chanter vos papilles ? Dégainez votre téléphone pour prendre des notes en cours de route. Certains rassemblements proposent un carnet d’exposants. Le stylo dans votre poche prend alors tout son sens. Bien sûr, rien ne vous empêche de noter le tout dans votre téléphone intelligent.

Au fil des dégustations, votre nez sera saturé d’odeurs. Inspirer de toutes vos forces ne vous aidera pas à retrouver le flair. Distrayez plutôt votre nez ! Pour vos récepteurs olfactifs, votre peau est neutre. Humez simplement votre avant-bras pour permettre à votre nez de faire une micropause. Le sens du goût tendra aussi à s’affaiblir. Un coup d’eau — à ne pas cracher cette fois — nettoiera votre langue. Et hop !

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Du jaune citron au rouge carmin, en passant par l’orangé, les couleurs flamboyantes du paysage annoncent le retour d’heureux événements autour du vin. Ces derniers permettent d’élargir vos connaissances… et aussi d’élargir votre cave. Cette année, il sera essentiel de préparer vos dégustations, et d’adapter votre visite selon les mesures exigées par chaque rassemblement. Les astuces proposées ne sont que quelques pistes. Dans tous les cas, gardez le sourire, et restez curieux. Fortement touchés par la crise sanitaire, les vignerons seront plus que jamais impatients de parta-ger le produit de leur labeur avec vous. 

LES SUGGESTIONS DE JESS

Boisson alcoolisée d’érable, Ambré, Millebois
Typiquement québécoises, les boissons d’érable fermentées — aussi appelées acer — mettent en valeur la richesse des saveurs de l’érable. Sous le nom Mille Bois, l’érablière Roger Masson (Compton) propose quelques cuvées innovantes, dont l’Ambré ! Au nez, cette boisson dévoile des parfums de sirop d’érable qui mijote sur le feu (avant d’être joyeusement déversé sur la neige). En bouche, l’attaque rappelle les traditionnelles sucettes en forme de feuille, puis dévoile une fine et agréable amertume. Résolument gourmande, la boisson surprend par une finale fraîche. Accompagne brillamment un vieux cheddar. Les becs sucrés opteront pour une crème brûlée à la vanille Bourbon. L’accord sera tout aussi épatant.

Nuits-Saint-Georges, Les Terrasses des Vallerots, Domaine Bertrand et Axelle Machard de Gramont, 2016 [code SAQ 13994649] 83,75 $

 Axelle est une vigneronne dynamique et engagée à Nuits-Saint-Georges. Il y a de cela quelques années maintenant, son père, Bertrand, s’est donné le défi — immense — de replanter les spectaculaires terrasses des Vallerots, un coteau abandonné et très accidenté sur les hauteurs de Nuits-Saint-Georges. Le spectacle, résolument magnifique, dévoile aujourd’hui douze niveaux de terrasses plantés sur des friches. Complet et complexe, ce rouge, produit à environ 6000 bouteilles par année, est aussi la cuvée phare du domaine. Dans le verre, ça sent bon les violettes et les fruits acidulés. En bouche, le vin est sec et charmeur. L’acidité du fruit côtoie des tanins fins et très légèrement accrocheurs. Un rouge ferme, structuré et délicieusement raffiné. Son caractère puissant invite à l’accompagner de viandes vieillies. Demandez à votre boucher !

Vouvray blanc, Épaulé jeté, Catherine et Pierre Breton, 2019 [code SAQ 12103411] 24,40 $

 Le chenin est un cépage complexe qui sculpte des effervescents et des vins tranquilles, parfois secs, parfois liquoreux. À l’instar du riesling, son profil varie au gré des sols qui le portent et du vigneron qui le peaufine. Ici dans sa Loire natale, la cuvée de Catherine et Pierre Breton fait déjà battre les cœurs. Le verre révèle des arômes de pomme verte, de poire et de melon. En bouche, le vin jongle entre fraîcheur, légèreté et fruit savoureux. L’élevage de six mois en cuve d’inox contribue à conserver le croquant de fruit et un fort indice de « buvabilité ». Idéal pour clore la saison du chalet au bord de l’eau. Envie de cuisiner pour l’accompagner dignement ? Optez pour un risotto aux Saint-Jacques.

 

Pour joindre Jessica Ouellet : jss.ouellet@gmail.com

Publié dans

Jessica Ouellet

Sommelière et blogueuse vins (Le Cellier de Jess).
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