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Lire et relire

Dans chaque numéro, découvrez les bonnes lectures qu’a dénichées notre journaliste, que ce soit pour décrocher du travail ou régler les problèmes de l’humanité (ou au moins, de notre système de santé).

REPENSER LES CHSLD ET LES EHPAD

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De plus en plus, et surtout en cette période de pandémie de COVID-19, la population, les résidents et leurs proches, les professionnels, les gestionnaires et les décideurs publics appellent tous à une transformation des établissements de soins de longue durée. La publication du livre Les organisations de soins de longue durée : Points de vue scientifiques et critiques sur les CHSLD et les EHPAD tombe à point nommé.

La première partie s’attarde à la gestion des organisations de soins de longue durée et à la façon dont on y travaille. Au Québec, les CHSLD accueillent 3 % des personnes de 65 ans et plus. Les auteurs partent de la prémisse qu’ils demeurent nécessaires. Il ne s’agit pas d’une attaque en règle de ces organismes, mais d’un état des lieux et d’un questionnement sur leur gestion. Les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ont à peu près la même mission que les CHSLD. Or leur fonctionnement juridique est plus complexe.

L’ouvrage s’attarde particulièrement aux préposés aux bénéficiaires, des employés au bas de l’échelle pour qui la hiérarchie a peu de considération. Au Québec, c’est un métier genré : 82 % des employés sont des femmes. Parmi ces travailleurs, 20 % proviennent également des minorités culturelles. Une des lacunes du système québécois se trouve dans la faible autonomie décisionnelle des préposés.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs se plongent dans la réalité de la vie des organisations de soins de longue durée. Ils abordent la maltraitance, souvent surmédiatisée. Le témoignage d’une préposée qui œuvre dans le réseau depuis vingt ans se révèle éclairant. L’ouvrage se termine par une réflexion sur la transformation de ces organismes, plombés par une hypernormativité et pour lesquels les normes sont complètement déconnectées de la réalité.

LES ORGANISATIONS DE SOINS DE LONGUE DURÉE

Sous la direction de François Aubry, Yves Couturier et Flavie Lemay
Les Presses de l’Université de Montréal
Montréal, 2020
276 pages

PAROLES DE FEMMES QUI N’ONT PAS ACCOUCHÉ

Hamac_Nullipares

Nullipare : se dit d’une personne qui n’a jamais accouché. Nullipare comme dans nulle ? Le sujet s’avère encore tabou, et l’auteure Claire Legendre a décidé de le prendre à bras-le-corps en demandant à des femmes de lettres d’en parler dans Nullipares, un collectif publié chez Hamac. Dix femmes, dont Monique Proulx, racontent leur nulliparité, parfois voulue, parfois survenue par la force des choses.

Agathe Raybaud, enseignante en lettres et en théâtre française, n’a pas choisi de ne pas avoir d’enfants. À l’âge de 25 ans, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Ses médecins lui conseillent une ovariectomie, ce qu’elle refuse d’abord, ayant toujours voulu devenir mère, accoucher. C’est tout un deuil qu’elle aura à vivre. Pour Sylvie Massicotte, elle, ne pas enfanter est un choix existentiel, un choix de vie. L’écrivaine québécoise remarque que de ne pas vouloir d’enfants est toujours vu comme un geste égoïste.

« Ce n’est pas simple, aimer les enfants des autres », note pour sa part Martine-Emmanuelle Lapointe. Car le « choix » de la nulliparité vient avec le regard des autres sur soi en tant que femme. Et puis il existe le regret de ne pas donner de petits-enfants à ses propres parents. Dans toutes les sociétés, le ventre de la femme est considéré comme un temple. Il est donc sacré, il se doit d’enfanter. Mais, pour Claire Legendre, la nulliparité est une résistance.

De ces dix témoignages se dégagent différents vécus, parfois heureux, mais le plus souvent doux-amers. Dans tous les cas, le poids de la société, le regard des autres, et surtout des femmes, pèsent sur les femmes qui n’ont pas accouché, que leur nulliparité soit un choix ou non.

NULLIPARES

Collectif dirigé par Claire Legendre
Septentrion — Collection Hamac
Montréal, 2020
144 pages

FENÊTRES INTIMES SUR RIOPELLE

Jean-Paul-Couvert

Immense peintre, graveur et sculpteur québécois, Jean-Paul Riopelle a laissé une grande œuvre derrière lui. Il a passé les seize dernières années de sa vie avec Huguette Vachon, rencontrée en 1986 par hasard chez son encadreur, où la jeune femme travaillait. Coup de foudre, ouragan, grand amour qui durera jusqu’à la mort de l’artiste et que cette dernière conjointe raconte dans Jean-Paul : Fenêtres intimes.

Le début de leur histoire se passe dans la clandestinité : Huguette est mariée depuis seize ans et mère de deux enfants. Mais, rapidement, elle part vivre avec lui dans les Laurentides, dans la maison de l’artiste, qui est aussi son atelier (comme le seront toutes ses maisons, sauf la dernière). Elle découvre un Riopelle bon vivant entouré d’amis, aimant la bonne chère et les vins rares. Un de ses intimes était Champlain Charest, fondateur du Bistro à Champlain, dans les Laurentides, et grand collectionneur de vin.

Dans le récit d’Huguette Vachon, une figure trône, imposante : Joan Mitchell, artiste peintre américaine qui a partagé la vie du peintre de 1955 à 1979. Huguette l’aime et la craint tout à la fois. Il faut dire que Mitchell et Riopelle ont gardé des liens forts jusqu’à la mort de celle-ci. C’est à elle qu’il dédie sa grande œuvre Hommage à Rosa Luxemburg, l’histoire voulant que Riopelle appelât Mitchell sa « Rosa Malheur », faisant référence non seulement à la peintre et sculptrice Rosa Bonheur, mais aussi à la militante communiste Rosa Luxemburg.

Jean-Paul : Fenêtres intimes dresse le portrait d’un homme exigeant, fantasque (il roulait en corbillard, et aussi en Bugatti), aimant, s’entourant d’artistes, de collectionneurs, de restaurateurs, pratiquant la chasse et la pêche, et excessivement attentif à celle qu’il aime.

JEAN-PAUL : FENÊTRES INTIMES

Huguette Vachon
LEMÉAC
Montréal, 2020
224 pages

Pour joindre Sophie Bernard : sofbernard@gmail.com

Publié dans

Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste à la pige et journaliste pour Le Lien multimédia. Elle a également été recherchiste pour Radio-Canada et à déjà été rédactrice en chef pour Branchez-vous!
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